Dans un magnifique décor (Nicolas Sire) de vieille librairie cossue à Saint- Germain des Prés évoquant à bien des égards une autre fameuse "boutique au coin de la rue", va se jouer en lutte intestine au rythme des allées et venues ponctuées par la clochette de la porte d'entrée, la dissection in vivo d'une amitié longue de quarante ans!...
Se réunissant tous les premiers mercredis de chaque mois pour un déjeuner à la bonne franquette, Paul, Walter et Jacques profitent de leurs retrouvailles périodiques pour refaire le monde en s'opposant à qui mieux mieux selon l'antagonisme de leurs caractères!...
Ainsi Jacques l'intellectuel professionnel affectionne de brocarder le commercial autodidacte Walter; la présence de son frère Gabriel (François Feroleto) jeune-loup velléitaire des mondanités littéraires échauffe encore davantage leurs esprits en attisant les partis-pris!... en cet apéritif prolongé, tous devisent donc dans l'effervescence rituelle, dans l'attente de Paul le cavaleur qui en retard comme à l'accoutumé... cette fois-ci ne les rejoindra jamais!...
C'est Clémence (Sophie Mayer) la fille de Walter qui, bouleversée, viendra leur annoncer la nouvelle du décès brutal de Paul, révélant simultanément à son père qu'elle en était la maîtresse!...
Seul avec Béatrice (Elisa Servier) l'épouse de l'ami désormais disparu à ignorer cette liaison, Walter va prendre conscience que ses proches craignaient jusqu'à cet instant fatal ses réactions à l'emporte-pièce et son attitude moraliste.
C'est ainsi que, peu à peu dans des reproches réciproques et des griefs portés aux uns par les autres, la belle affection risque de se dissoudre en un vaste déballage de torts, de lacunes, de défauts que nul ne sait véritablement assumer pour son propre compte!...
Le talent des deux jeunes auteurs (François Prévôt-Leygonie & Stéphan Archinard) est de constituer un psychodrame en une peinture portraitiste où la satire se pratique dans l'art de se mettre en boîte mutuellement!...
Cette joyeuse jonglerie des sentiments intenses et contradictoires vient conforter une mise en scène recherchant délibérément la grâce cinéphilique de l'association Dabadie/Sautet.
Comme dans une reviviscence sensitive, Bernard Murat et Michel Leeb entraînent leurs partenaires en un jeu où la vie s'improvise au fil des répliques!...
L'émotion se mélange d'autant mieux au rire que les joutes cordiales et autres chamailleries servies sur canapés de citations latines corroborent un immense besoin instinctif de fraternité partagée!... Comme dans une grande politesse du coeur!...
Theothea
le 03/02/05