Créée à l'automne 2003 au théâtre
de Vidy-Lausanne à l'instar précédemment
de "La ménagerie de verre" où déjà
elle faisait équipe avec Romane Bohringer, la réalisation
d'Irina Brook irradie le théâtre de Chaillot en installant
"La bonne âme..." de Brecht en un véritable
état de grâce!...
Cette
histoire ramenée d'une lointaine province du Se-Tchouan
agit sur les consciences comme une parabole métaphysique
observant que les "bonnes actions" seraient issues directement
des "mauvaises" et bien entendu vice versa... dans une
nécessité confondante!...
De
cette dualité fondamentale sans qu'elle soit pour autant
aussi manichéenne que prévue, naîtrait l'un
des diaboliques paradoxes de l'humanité qui n'aurait en
l'occurrence, comme seul recours, que sa capacité à
en poser la problématique et à en réfléchir
la dialectique!...
Explicitant
donc ce thème du jeu du "bien" avec le "mal",
ainsi que leurs complémentarités, en l'illustrant
par l'ambivalence d'un personnage charismatique à double
identité et aux talents androgynes, Bertolt Brecht donne
l'opportunité à la metteuse en scène de faire
monter en puissance l'aspiration aux grands idéaux dans
sa confrontation radicale avec les forces de l'injustice, du mensonge,
de la lâcheté etc...
Il
faut dire que la jeune fille Shen Te, élue par un triumvirat
de dieux pour incarner sur la terre le modèle de la "bonne
âme", aura maille à partir au sein de son entourage
avec la convergence des intérêts privés sollicitant
son aide, en quête de son très mince pactole!...
Cependant
le revers d'une médaille symbolisant "un ange dans
une jungle malveillante" pourrait fort bien s'objectiver
sur l'autre face en un "démon policé"
et c'est ainsi que Monsieur Shui Ta, soit-disant cousin de Shen
Te pourrait fort bien en définitive se révéler
ne formant avec elle qu'une seule et même personne!...
Devant
un décor compressé de bric à brac hétéroclite
et coloré, Romane Bohringer entourée par une compagnie
merveilleusement polyvalente est littéralement portée
à l'excellence, dans un spectacle où tous, soit
une quinzaine de comédiens pour plus du double de rôles,
semblent happés par le souffle de la transcendance!...
Theothea
le 12/03/04