| Pour cette reprise du comité prose, nous avons sélectionné trois textes
emblématiques à mon sens parce qu'illustrant des courants remarquablement différents
mais une même rigueur narrative.
Le premier,
"Feu rouge" de Daniel Bourrion, tel un flash de lumière
dans la nuit, nous aveugle et nous laisse assommés par sa fulgurance et sa concision...
ainsi que par la faille qu'il ouvre dans notre réalité pour y glisser un éclair de
fantasmagorie, comme le dit si joliment Juliette Schweisguth : "J'aime bien
cette étrange apparition et le fait que tout redevienne normal, juste, le changement des
feux tricolores. Cette faille ouverte pour un seul homme, coïncidant presque avec le
changement des couleurs du feu, et le reste inerte de la ville."
L'auteur, nouveau dans les colonnes d'E.V. a su en peu de mots nous entraîner dans une
rencontre hors du commun qui marquera notre imaginaire.
Le second, "Vers
le cimetière" de Dan Lungu se place plutôt dans la veine du
réalisme social, du cinéma des années trente ou de certains films de Kusturiza.
"J'aime bien ce texte tout simple, presque aride. Pas d'effets grandiloquents, pas
de tentatives de chercher une histoire complexe, surprenante ou originale, juste une
attention envers les personnages." nous dit Pierre-Olivier Fineltin.
"J'aime beaucoup le personnage de la vieille femme, l'apparition du facteur et
l'atmosphère de fatalité qui accompagne cet enterrement d'un homme honnête, de ces
anonymes que l'on a l'habitude d'oublier." renchérit Eve Domeneghini.
Et Catherine Raucy d'ajouter : "Beaucoup de vérité et de dignité dans
cette évocation d'un sujet fort et grave, à travers une scène très précise et bien
rendue."
L'auteur a un style brut, aride comme l'a dit Pierre-Olivier, maladroit parfois
comme le parler de ces gens simples, mais un style d'une force d'autant plus étonnante
que le texte est une traduction : l'auteur est roumain en effet et, je dois avouer ici que
je suis assez fière qu'E.V. ait réussi à jeter des passerelles vers cette autre rive de
la francophonie ou du moins de la francophilie.
Le
troisième enfin, "Amoureux des onze mille vierges" d'Alain
Rebuschi, s'attache moins au récit qu'à la gourmandise du verbe. On aurait tort de
se laisser rebuter par un lexique de prime abord suranné et extrêment recherché : "Légèrement
suranné, complètement délirant, parfois agaçant mais au final une certaine maîtrise
d'un style difficile, et une nouvelle vision du fin'amor...plus engageante,
dirons-nous." souligne à nouveau Eve Domeneghini
"Un jeu avec les expressions toutes faites qui donne une sorte d'étrangeté à ce
récit érotique à hue et à dia. J'aime bien le côté gai savoir du texte..."
ajoute Paul Raucy
Et même ceux qui ont eu plus de mal à se frayer un chemin dans ce foisonnement lexical
en conviennent à l'instar de Juliette Schweisguth : "C'est indéniablement
bien écrit, le vocabulaire, les mots précieux, l'humour sont parfaitement
maîtrisés" ou de Catherine Raucy : "Je reconnais que l'écriture
est originale, et présente un vrai travail sur la langue".
Cet "Amoureux"-là est avant tout un amoureux des mots, comme au
fond tous nos auteurs ce mois-ci et c'est en leur compagnie, non pas hétéroclite mais
complémentaire, que je vous laisse.
|