novembre  2001
 

une toile de Laurence de Sainte Mareville

Plaisir des mots pour tous les goûts

 par Anita Beldiman-Moore

Présentation des textes en prose choisis par le comité de lecture pour le mois de novembre 2001

 

Pour cette reprise du comité prose, nous avons sélectionné trois textes emblématiques à mon sens parce qu'illustrant des courants remarquablement différents mais une même rigueur narrative.

Le premier, "Feu rouge" de Daniel Bourrion, tel un flash de lumière dans la nuit, nous aveugle et nous laisse assommés par sa fulgurance et sa concision... ainsi que par la faille qu'il ouvre dans notre réalité pour y glisser un éclair de fantasmagorie, comme le dit si joliment Juliette Schweisguth : "J'aime bien cette étrange apparition et le fait que tout redevienne normal, juste, le changement des feux tricolores. Cette faille ouverte pour un seul homme, coïncidant presque avec le changement des couleurs du feu, et le reste inerte de la ville."
L'auteur, nouveau dans les colonnes d'E.V. a su en peu de mots nous entraîner dans une rencontre hors du commun qui marquera notre imaginaire.

Le second, "Vers le cimetière" de Dan Lungu se place plutôt dans la veine du réalisme social, du cinéma des années trente ou de certains films de Kusturiza.
"J'aime bien ce texte tout simple, presque aride. Pas d'effets grandiloquents, pas de tentatives de chercher une histoire complexe, surprenante ou originale, juste une attention envers les personnages." nous dit Pierre-Olivier Fineltin.
"J'aime beaucoup le personnage de la vieille femme, l'apparition du facteur et l'atmosphère de fatalité qui accompagne cet enterrement d'un homme honnête, de ces anonymes que l'on a l'habitude d'oublier." renchérit Eve Domeneghini.
Et Catherine Raucy d'ajouter : "Beaucoup de vérité et de dignité dans cette évocation d'un sujet fort et grave, à travers une scène très précise et bien rendue."
L'auteur a un style brut, aride comme l'a dit Pierre-Olivier, maladroit parfois comme le parler de ces gens simples, mais un style d'une force d'autant plus étonnante que le texte est une traduction : l'auteur est roumain en effet et, je dois avouer ici que je suis assez fière qu'E.V. ait réussi à jeter des passerelles vers cette autre rive de la francophonie ou du moins de la francophilie.

Le troisième enfin, "Amoureux des onze mille vierges" d'Alain Rebuschi, s'attache moins au récit qu'à la gourmandise du verbe. On aurait tort de se laisser rebuter par un lexique de prime abord suranné et extrêment recherché : "Légèrement suranné, complètement délirant, parfois agaçant mais au final une certaine maîtrise d'un style difficile, et une nouvelle vision du fin'amor...plus engageante, dirons-nous." souligne à nouveau Eve Domeneghini
"Un jeu avec les expressions toutes faites qui donne une sorte d'étrangeté à ce récit érotique à hue et à dia. J'aime bien le côté gai savoir du texte..." ajoute Paul Raucy
Et même ceux qui ont eu plus de mal à se frayer un chemin dans ce foisonnement lexical en conviennent à l'instar de Juliette Schweisguth : "C'est indéniablement bien écrit, le vocabulaire, les mots précieux, l'humour sont parfaitement maîtrisés" ou de Catherine Raucy : "Je reconnais que l'écriture est originale, et présente un vrai travail sur la langue".
Cet "Amoureux"-là est avant tout un amoureux des mots, comme au fond tous nos auteurs ce mois-ci et c'est en leur compagnie, non pas hétéroclite mais complémentaire, que je vous laisse.