février 2004
 

Une photographie de Stéphane Popu

Présentation de la sélection de février 2004 du comité prose d'Ecrits...Vains?

Par Anita Beldiman-Moore

 

"Je crois que c'est Gide qui a dit dans Prétextes, son meilleur livre, qu'une oeuvre d'art véritable c'était celle qui donnait de la nourriture à plusieurs générations. Car les générations ne demandent pas les mêmes nourritures. Souvent elles demandent le contraire de la génération précédente."

Francis Ponge - Le grand recueil, Méthodes (La pratique de la littérature)

Finalement notre ambition à tous c'est d'atteindre cela : du grain à moudre pour l'éternité. Et peu y arrivent, il faut en convenir. Mais comment savoir, ici et maintenant, ce qui fera date ?

Sur E.V.? lorsque les comités de sélection ont dû être créés pour faire face à l'afflux de textes, le débat a été rude. Comment "noter" (par oui, non, peut-être, par le bon vieux 10/10), et qui garder (celui qui fait une honnête moyenne ou celui encensé par l'un même si décrié par les autres). Et chaque mois, nous essayons de faire avec les régles que nous nous sommes données et qui en valent d'autres.

Peut-être sommes nous à côté de la plaque. Mais, parce que nous avons la possibilité, ici et maintenant, de donner à lire ce que nous croyons valoir la peine d'être lu, nous espérons chaque mois, en prose comme en poésie, nourrir plus d'une génération.

Quatre textes ont émergé avec des scores divers ce mois-ci (dont deux quasi unanimités) :

L'élixir du bonheur de Mary West qui, malgré un récit un peu prévisible accroche la lecture par un style agréable et abouti.

L'étrange maladie de François de Bernard Lancourt qui a séduit par son originalité, une écriture plaisante (Annie Dornic) et "une fin qui clôt le texte" (Tang Loaec).

Le Taureau de Michelle Rulence, belle façon d'écrire la belle et la bête, où "l'identification fonctionne" (Stéphanie Marie).

Et enfin, (surtout?) Les Papillons de Nicolas Kurtovitch auquel, à force d'être séduits par ses écrits, nous avons demandé de nous rejoindre (mais au comité poésie). Cette pièce de théâtre à deux personnages anonymes a partagé les avis des membres du comité. Certains ne sont pas entrés dans le récit, n'ont pas trouvé que la forme théâtrale lui convenait le pieux. Mais d'autres, plus nombreux ont été littéralement enthousiasmés : "A mon avis le meilleur texte de cette série. Une réserve ; je ne vois pas très bien l'intérêt d'une pièce de théâtre pour ce texte (mais je ne suis pas une spécialiste). Je l'aurais aussi bien vu sous forme de nouvelle" (Michelle Martinelli).
"C'est superbe mais complètement inachevé à mon goût. Je n'ai eu que l'histoire de trois papillons. Je veux celle des soixante et ainsi nous aurons un des plus beaux livres sur ces merveilleux insectes lépidoptères que j'ai jamais lue, surtout remise dans le contexte de cette prison innommable où les papillons lumineux ont sauvé le prisonnier de la folie et de la mort. J'ajoute que peu importe la forme théâtrale: C'est le revirement dans l'esprit du conteur quinze ans après la première rencontre qui est important. Il s'est rendu compte en mémorisant la forme, la couleur, le site dans lequel évolue l'insecte... que l'écriture est plus importante que l'action. Les papillons lui ont donné quand tout était perdu la force de supporter la souffrance, la torture, l'enfermement. Sa rencontre avec le "premier personnage" auquel il s'est tout d'abord heurté est aussi l'une des composantes de son arrivée en écriture. J'aimerais savoir où est le lycée Do Kamo 2001 et j'aimerais connaître l'auteur" (Lise Wilar).
"Beau texte sur l'écriture et la littérature. Je suis aussi une grande admiratrice des romans de Zweig." (Stephanie Marie)

Cette séléction n'est pas le reflet du vote de l'un ou l'autre membre du comité. Cette sélection n'est pas la somme de leurs votes. Cette sélection n'est pas la moyenne de leurs votes (même si techniquement c'est ce à quoi nous tendons). Cette sélection est le reflet de plaisirs et de désirs de lecture qui, par moyenne, par consensus, par débat contradictoire, se sont imposés à nous... Notre plus grande récompense serait qu'ils s'imposent à vous.

 

Anita Beldiman-Moore