La sélection de septembre 2002

 

 

Que Paris était beau à la fin de septembre
Chaque nuit devenait une vigne où les pampres
Répandaient leur clarté sur la ville et là-haut
Astres mûrs becquetés par les ivres oiseaux
De ma gloire attendaient la vendange de l'aube

Vendémiaire. Apollinaire,  Poésie / Gallimard 1920

 

Bonjour à tous. Nous sommes très heureux de vous retrouver. Le comité de lecture vous revient pour la saison et le mois d'Apollinaire riche de nouveaux auteurs, de textes inédits et toujours animé du désir de partager avec vous nos découvertes et coups de cœur. Je vous souhaite donc une belle rentrée et vous propose notre dernière sélection, quatre auteurs parmi lesquels Léa avec Longue est la nuit, Robert Vitton, Chant de bataille et Les nuits rouges, Guillaume Vivier, Le Magicien et L'écu de dieu, Sonneur avec Voile, Chapitre vingt, Poème sans titre et Sur l'herbe à lire.

 Avec Léa, « Longue est la nuit »… Cependant le lecteur se laisse griser par cette insomnie colorée, captivante, dont l’intimité immense, lucide, rivalise sans cesse avec un univers apparemment clos. Ce poème est d’une clarté troublante qui remet en question l’obscurité de la nuit, de nos nuits, car la liberté est terrifiante.

« Un homme en blanc va passer comme chaque soir… », personnage « raisonnable » tant il croit à la nécessité de son rôle de passager en situation logique, tangible. Il va passer tel un aveugle le long de ce corps qui ne bouge pas : « Les mouvements sont suspects ici », mais l’esprit, loin d’être perdu, s’agite dans toute sa clairvoyance et c’est l’authenticité de l’être qui choisira le départ…

 "Chant de bataille" de Robert Vitton : comme il est difficile de parvenir à concilier poésie et révolte, sans sombrer dans la maladresse des vers adolescents, ou dans le ridicule du cri boudeur de l’écrivaillon.

« Chant de bataille » nous a convaincu à l’unanimité qu’il pouvait en être autrement, que la poésie n’était pas exclusivement réservée au domaine de l’esthétique pure, mais qu’elle pouvait également dénoncer tout en restant superbement musicale :

« Gardez vos faveurs vos largesses

Vos rosettes vos résédas

Je ne suis pas de vos soldats

Armés jusqu’aux dents de sagesse »

Robert Vitton

 Ce poème possède une maîtrise exceptionnelle étant donné le sujet traité. Il fallait oser, l’entreprise était périlleuse. Le pari est gagné ! Il ravira les contemplatifs autant que les assoiffés de prises de conscience…Chapeau !

 Nous vous présentons ensuite Guillaume Vivier, auteur de trois ouvrages traduits à l’étranger et d'une bonne centaine de collaborations dans les revues Alexandre, Cahier du sens, l’Arche d’Ouveze mais nouveau poète sur Ecrits... Vains ?. Nous vous proposons de découvrir son écriture qui dérange un peu la bonne pensée bien coiffée et toilettée. Avec cet auteur, on "s'accroche aux lustres" pour "grimacer au monde". Le désir, le sexe, la révolte ne sont ni tabous ni timides et l'élan un brin provoquant "dans le corsage qui courbe le cœur ". " ... il y a de vrais moments de magie, justement" dans ses mots, nous écrit Sandrine Bettinelli. L'auteur préféré de Dan pour cette sélection. Pourquoi ? Lisez-le, et devinez... :

 

L'écu de Dieu

Les puritains

Aux sexes de monastère

La tête au fric et mal au froc

Pardon seigneur

Les sœurs nos copines bougeoirs

...

 

Enfin, Sonneur, vous pouvez visiter son site (http://www.sonneur.net/ ). Une belle écriture ciselée. Une réflexion lucide et sans illusion sur les mots. Cette tentation de remettre en question un possible renouveau poétique, maintenant, après Villon, Dante, Baudelaire, Rimbaud, Breton.... Sonneur utilise le thème "j'écris" sans se prendre au sérieux, de façon esthétique. Sandrine nous dit de lui " J'aime beaucoup cette façon de se moquer du langage, des connaissances, de soi-même. Tout en restant élégant." Nous découvrons donc "Sur l'herbe à lire", "Voile", "Chapitre vingt" et "Poème sans titre" en nous souvenant de cette phrase de Valéry Larbaud,

"J'écris toujours avec un masque sur le visage", écoutez...

Une figure de style deux yeux et un nez

un visage sans verso

une bouche d'ombre sans la lumière du matin

le regard toujours au-delà de la face

J'écris

... 

Sur cet écrit, nous vous souhaitons donc une belle lecture à tous.

 

Mireille Disdero-Seassau, Dan Leutennegger 

Pour le Comité de Lecture en poésie – septembre 2002