Une photographie de Stéphane Popu

La sélection de novembre 2002

 

" Il faut être absolument moderne " !

Pour Rimbaud tout doit être "nouveau", pas seulement la poésie, mais l'amour, la société, la science, les fleurs, le bruit... - le corps, surtout. Cette obsession se fonde sur une haine systématique de tout ce qui est "ancien", à laquelle n'échappent pas ses propres poèmes. Le nouveau n'est jamais assez nouveau, il reste à inventer.

 Alain Borer,

Rimbaud - l'heure de la fuite, Gallimard 1991

 

 

Cela ne vous rappelle-t-il pas un peu la "valse" des textes et documents qui circulent sur la Toile ? Un autre débat que celui de notre sélection de novembre. Je ne suis pourtant pas de l'avis de Mauriac qui pensait à propos de Rimbaud " Ce qu'il était venu nous dire, lui-même l'avait oublié ". Cette affirmation manque de rigueur. Enfin, vous allez comprendre plus bas - dans la présentation des textes poétiques - la raison de cette référence à Arthur...  

En cet automne que nous pouvons sans abus qualifier de saisons des pluies ou mousson occidentale, nous avons découvert de nouveaux écrits qui ont piqué notre intérêt. Le comité a donc sélectionné trois auteurs et leurs sept textes :

Paul Villain que nous accueillons sur Ecrits... Vains ? avec quatre poèmes dans l'air du temps : Les vies antérieures, Automne, Nostalgiques, C'est donc ainsi que vient la mort. Colin Lemaître avec Corps et répondances et D'hivers et d'autres jours sans soleil et enfin dadathithi (Thierry Roquet) avec Il me faut m'assoir... Dadathithi que nous ne vous présentons plus puisqu'il a été notre coup de coeur de la sélection d'octobre et que vous avez été nombreux à partager notre enthousiasme.

Tout d'abord Paul Villain : notre présentation de novembre s'ouvrant sur Rimbaud n'est pas un hasard mais un clin d'oeil amical et poétique à l'auteur qui lui aussi apprécie le poète. Paul Villain parfois dans ses textes sème des "repères" rimbaldiens. Il le fait avec talent. On sent donc parfois chez lui l'influence qui ne peut être que positive. Dans "Les vies antérieures",

J'étais un soldat blond, plein d'os, ivre de sang et de mort,

et je dormais, les pieds dans les glaïeuls et la nuque baignant dans le frais cresson bleu.

Délicatesse d'une écriture harmonique, à travers laquelle on peut entendre les "vieilles musiques rapiécées" gardant leurs sonorités en beauté nostalgique. Une écriture étonnante et belle. Je vous convie en son "Automne" pour entendre "les gouttes quitter la soie tendre des branches " pour pleurer des "bouquets défunts"... L'auteur nous écrit,

c'est donc ainsi qu'elle vient

boitant

tremblant

fripée par le voyage.

 

" Corps et répondances " de Colin Lemaître, étonne d’abord par son climat : dès la première phrase, le lecteur se sent immédiatement happé par une sorte de situation d’attente, " Je pose nu à ton regard et assieds mes monotones un instant ". Question de temps et surtout d’amour, loin des images épuisées, claquées à force de tournures décidément inaltérables, prévisibles en diable.

" Corps et répondances " est une histoire qui s’insinue, patine en nous sans le moindre obstacle. La rime formelle et exigeante est absente et c’est tant mieux car de cette " prose poétique " jaillit le véritable tourment, sans fioriture, sans l’agaçant petit tour de piste du farfouilleur de courbettes verbales.

Colin Lemaître écrit sans le souci de " poétiser " en gesticulant éperdument sa plume dans le pétri des bonnes manières.

C’est un homme libre, un audacieux.

Un Poète, en somme : " C’est des nouilles, plates pâtes qui clôturent la nuit et me plongent dans une autre… "

 " D’hiver et autres jours sans soleil " confirme le talent de Colin Lemaître à enfoncer le doigt dans la conscience aveugle du lecteur. Après l’amour, la révolte… sans exclamation boursouflée, sans redondance perverse, " comme ça pour rire… " nous dit-il en préambule. Cependant que " Guernica est ressuscitée à l’ombre de vos Mirages destructeurs je préfère mes rêves simples et indicibles je n’ose même pas avoir peur. "

 « De cette fugacité naîtrait l’impossible aveu d’être en soi d’être vu en soi

un accord une partition un orchestre et le silence »…

Thierry Roquet ferait pâlir plus d'un philosophe et pas des moindres. Loin du dithyrambe des plumes dopées à la "métamorphine ontologique" (honte aux logiques, devrais-je dire), l'auteur plante un miroir au cul de son lecteur.

 Face à face impitoyable où " l’œil scrute et me perd de vue "…

A lire absolument dans sa salle de bin’s.

 

Nous remercions les auteurs pour leur talent et vous invitons à les découvrir sans plus attendre.

Belles lectures à tous. A bientôt,

Mireille Disdero, Dan Leutennegger 

Pour le Comité de Lecture en poésie – novembre  2002