" Il faut être absolument
moderne " !
Pour Rimbaud
tout doit être "nouveau", pas seulement la poésie, mais l'amour,
la société, la science, les fleurs, le bruit... - le corps,
surtout. Cette obsession se fonde sur une haine systématique de
tout ce qui est "ancien", à laquelle n'échappent pas ses propres
poèmes. Le nouveau n'est jamais assez nouveau, il reste à inventer.
Alain Borer,
Rimbaud
- l'heure de la fuite, Gallimard 1991
Cela
ne vous rappelle-t-il pas un peu la "valse" des textes et documents
qui circulent sur la Toile ? Un autre débat que celui de notre
sélection de novembre. Je ne suis pourtant pas de l'avis de Mauriac
qui pensait à propos de Rimbaud " Ce qu'il était venu nous
dire, lui-même l'avait oublié ". Cette affirmation manque
de rigueur. Enfin,
vous allez comprendre plus bas - dans la présentation des textes
poétiques - la raison de cette référence à Arthur...
En
cet automne que nous pouvons sans abus qualifier de saisons
des pluies ou mousson occidentale, nous avons découvert de nouveaux
écrits qui ont piqué notre intérêt. Le comité a donc sélectionné
trois auteurs et leurs sept textes :
Paul
Villain que nous accueillons sur Ecrits... Vains ? avec quatre
poèmes dans l'air du temps : Les vies antérieures, Automne,
Nostalgiques, C'est donc ainsi que vient la mort. Colin Lemaître
avec Corps et répondances et D'hivers et d'autres
jours sans soleil et enfin dadathithi (Thierry Roquet)
avec Il me faut m'assoir... Dadathithi que nous ne vous
présentons plus puisqu'il a été notre coup de coeur de la sélection
d'octobre et que vous avez été nombreux à partager notre enthousiasme.
Tout
d'abord Paul Villain : notre présentation de novembre s'ouvrant
sur Rimbaud n'est pas un hasard mais un clin d'oeil amical et
poétique à l'auteur qui lui aussi apprécie le poète. Paul Villain
parfois dans ses textes sème des "repères" rimbaldiens. Il le
fait avec talent. On sent donc parfois chez lui l'influence qui
ne peut être que positive. Dans "Les vies antérieures",
J'étais
un soldat blond, plein d'os, ivre de sang et de mort,
et
je dormais, les pieds dans les glaïeuls et la nuque baignant dans
le frais cresson bleu.
Délicatesse
d'une écriture harmonique, à travers laquelle on peut entendre
les "vieilles musiques rapiécées" gardant leurs sonorités
en beauté nostalgique. Une écriture étonnante et belle. Je vous
convie en son "Automne" pour entendre "les gouttes quitter
la soie tendre des branches " pour pleurer des "bouquets
défunts"... L'auteur nous écrit,
c'est
donc ainsi qu'elle vient
boitant
tremblant
fripée
par le voyage.
" Corps et répondances "
de Colin Lemaître, étonne d’abord par son climat :
dès la première phrase, le lecteur se sent immédiatement happé
par une sorte de situation d’attente, " Je
pose nu à ton regard et assieds mes monotones un instant ".
Question de temps et surtout d’amour, loin des images épuisées,
claquées à force de tournures décidément inaltérables, prévisibles
en diable.
" Corps et répondances "
est une histoire qui s’insinue, patine en nous sans le moindre
obstacle. La rime formelle et exigeante est absente et c’est
tant mieux car de cette " prose poétique "
jaillit le véritable tourment, sans fioriture, sans l’agaçant
petit tour de piste du farfouilleur de courbettes verbales.
Colin Lemaître écrit sans le souci de " poétiser "
en gesticulant éperdument sa plume dans le pétri des bonnes
manières.
C’est un homme
libre, un audacieux.
Un Poète, en somme : " C’est des nouilles,
plates pâtes qui clôturent la nuit et me plongent dans une autre… "
" D’hiver et autres jours sans
soleil " confirme le talent de Colin Lemaître à enfoncer
le doigt dans la conscience aveugle du lecteur. Après l’amour,
la révolte… sans exclamation boursouflée, sans redondance
perverse, " comme ça pour rire… "
nous dit-il en préambule. Cependant que " Guernica
est ressuscitée à l’ombre de vos Mirages destructeurs je
préfère mes rêves simples et indicibles je n’ose même pas
avoir peur. "
« De cette
fugacité naîtrait l’impossible aveu d’être en soi
d’être vu en soi
un accord une
partition un orchestre et le silence »…
Thierry
Roquet ferait pâlir plus d'un philosophe et pas des moindres.
Loin du dithyrambe des plumes dopées à la "métamorphine ontologique"
(honte aux logiques, devrais-je dire), l'auteur plante un miroir
au cul de son lecteur.
Face à face impitoyable
où " l’œil scrute et me perd de vue "…
A lire absolument dans
sa salle de bin’s.
Nous
remercions les auteurs pour leur talent et vous invitons à les
découvrir sans plus attendre.
Belles
lectures à tous. A bientôt,