Une photographie de Mari Mahr

La sélection de juin 2004

Ce mois-ci le comité est comme ragaillardi, avec Luys Ramet et ses deux textes : "J'ai brûlé mes mots..." dont Guillaume nous dit : "beau texte lyrique, souple et ample comme un vent froid" ; Michel lui souligne des passages particulièrement réussis : " aujourd'hui je finirai par tuer mon poème sur la gorge du chant " ou encore " mon enfance d'avenir mon enfance des temps secrets ". Et "Une rose pour Yram" pour lequel le même Guillaume lâche : "j'aurais pu penser lire un inédit de Guillevic, le Guillevic plus métaphysique des derniers recueils... sous ma plume, c'est un beau compliment!" et dont Lucie trouve les métaphores sont intéressantes ; Michel lui apprécie partivulièrement l'enchaînement des mots : " parfois la rose est un mot simple qui traverse l'étoile et l'oiseau ".

Philippe Vallet qui ne nous est plus inconnu depuis longtemps nous offre son "Chaque buisson secoué agite l'air" qui a touché Michel par le thème et les images déployées. " Griffe perfide du croire possible " ou " brouillon d'océan secoué " ou encore cette petite perle : "du bleu du ciel qui se tend à nos mots ". Ses "belles expressions (parfoi) surannées" ont ému Noëlle et Lucie et ont attiré l'attention de Guillaume : "Très beau poème, qui propose un travail réussi sur le rythme et les mots: l'herbe appelle les humeurs folles, l'air se mue en ru puis en rue, mais toujours en douceur, sans emphase. En fin de compte, la description naturelle est-elle, ou non, une métaphore? Rien ne permet d'avoir une lecture réductrice de ce poème. Je regrette seulement que la dernière strophe "retombe" un peu, plus prosaïque: elle mériterait certainement d'être reprise, repensée, reformulée, adoucie..."

Quant à Jean-Michel Mayot avec son unique mais très beau haïku "pour Tanizaki Junichirô"* je laisse la parole à Guillaume une fois de plus : "Le häiku est un genre qui ne pardonne pas. Sa concision requiert un véritable orfèvre du langage et de l'indicible. Même s'il n'est nullement nécessaire de s'en tenir aux thèmes classiques du haïku et du renga japonais, trop d'explicite matérialisme tue le haïku... Autre remarque, plus formelle : s'en tenir au schéma métrique pentasyllabe-heptasyllabe-pentasyllabe est louable, mais, si cela doit se faire avec de nombreuses chevilles, il n'y a pas lieu de s'en féliciter. Dans ses "retouches" les plus brèves (je vous conseille la lecture de Sous-main ou de Hôtel de l'image, tous deux publiés chez Gallimard), Daniel Boulanger retrouve souvent la teneur originelle et picturale des haïkaï, sans s'en tenir strictement au schéma métrique...". Il me paraît intéressant de noter que spécialistes ou novices, ce texte a réussi à faire l'unanimité.

A vous d'en juger à présent.

*voir à son sujet le très beau site http://www.shunkin.net/tanizaki/accueil/accueil.html

Anita Beldiman-Moore