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Toute
association de mots encourage son démenti,
court le soupçon d'imposture
- La tâche de la poésie, à travers son oeil
et sur la langue de son palais,
est de faire disparaître cette aliénation en la prouvant
dérisoire.
René Char,
Recherche
de la base et du sommet, Poésie/Gallimard 1971
A l'orée de l'été, nous vous
présentons cette fois quatre auteurs parmi lesquels des noms
qui ne nous sont pas inconnus : Muriel Modely, sélectionnée
dans l'anthologie Eros en poésie, aux éditions Librairie
Galerie Racine 2002. Philippe Vallet, Yann Venner. Enfin, Hervé
Chesnais notre coup de cur de cette sélection, publié
et collaborant à la revue La Page Blanche.
Avec Voyage en Alexandre, Muriel Modely nous propose un très
intimiste poème de forme libre, construit autour de quatre
moments avançant en crescendo. "Une écriture
maîtrisée, sans tapage, prosodie discrète, comme
une musique de fond, profondeur des personnages évoqués
(y compris la Polonaise de passage), la vie palpite entre les lignes
" Anita. Une invitation au voyage intérieur - son
atmosphère légèrement liquide, malgré
le mot qui tisse un fil au départ du poème : MOINEAU.
Tout ici procède d'un même mouvement de plongée
vers la "noyade-plaisir", au bord du lac Leman :
Sur le banc
........Je bascule la tête
Le Hilton me regarde
Mon sang bat à mes tempes
Mes yeux écarquillés
Voient trembler l'air ........les hommes
Des tout petits mirages
........Dans
une parfaite immobilité
La vie coule et me frôle...
Philippe
Vallet ensuite, nous propose "Solitude". Voilà
chers lecteurs et auteurs qui nous lisez aujourd'hui, "Tout
peut-être simple. Il suffit de faire comme si. Mais cette
simplicité est trompeuse, hérétique, parce
qu'elle transgresse l'orthodoxie, met à nu devant la loi,
chasse du cercle du feu, déclenche un retour vers des états
archaïques qui tuent ou refoulent dans des cavernes des mots
sans musique " - Habib Boulares, dans son Avant-dire au
recueil d'Elodia Turki, "L'Elle du doute" LGR 2000.
En revanche et en "Solitude", Philippe Vallet nous revient
sans perdre jamais la musicalité de son écriture poétique.
Il nous affirme dans son texte, avoir "perdu les mots".
Pourtant, nous, lecteurs le lisons. Les mots sont là. Son
écrit recèle "de très belles images
originales au service d'un désespoir résigné
" Anita. Son texte est triste, comme parfois. Mais derrière
la page - comme derrière la fenêtre du poète
- on sent s'agiter les moineaux... Ils partagent leurs nids et prennent
leur bain dans la flaque. Cette image est si vraie qu'elle éclabousse
d'eau et de vie la solitude du jour. Un écrit où le
lexique marqué par la pesanteur de la solitude (enchaîné,
gouffre, muette...) est démenti par l'image - même
niée. Et en poésie, nous savons l'importance qu'elle
revêt, métaphorique ou non... :
J'ai perdu les mots pour pleurer les nuages.
...
Doucement sans comprendre,
une marée fade m'inonde,
je disparais dans la chape accueillante d'un trottoir printanier.
Je vous invite donc à lire celui qui s'interroge sur "
l'écriture, sa force, sa capacité à faire partager
ce que nous pensions ne pouvoir dire...".
Yann Venner ensuite, dont Anita dit à juste titre qu'il est
"un bon auteur qui a du métier " nous propose
"Blues spirite" : un écrit " réjouissant
et fort bien troussé " (Anita), un texte qui surprend
et vous fait sourire, un brin décalé avec talent :
Un burlot farfadeur se rendait à la ville
un jour de marchadé pour y vendre sa claine.
Il espérait bien fort en tirer quelques mille
pour s'offrir par la suite une vaste putaine.
...
Avec
son deuxième texte sélectionné, " Le galet
rien ", nous ne quittons pas le fil thématique des précédents
écrits de cet auteur, mais la forme usitée change
encore. "Tout est affaire de décors " nous
a soufflé Aragon. Eh oui, la forme du poème tend ici
à jouer le rôle scénique d'un costume ou d'un
décor qui, aux différents actes d'une même pièce,
est revêtu par le personnage, l'auteur, "le poète
en sabots" galopant sur la scène des mots. A la fois
étrange, rythmique et musical, le texte s'impose peu à
peu :
...
et les flots de courir
les chevaux de hennir
le poète en sabots
s'ensable et sort de l'eau
Le poète en sanglots
...
Avec "Rêve métis" Yann Venner force la voix
à la façon d'un marin qui voudrait traverser l'épaisseur
du vent sur la mer, percer cette force de sa seule voix et nous
l'offrir. L'écrit comporte quelques "sonorités
ambitieuses" ("Ô Trégor bleu de lin drap
séchant sur le pré", il est tout aussi rythmé
que les précédents :
...
Elle sème des bateaux ivres dans le jusant,
des graines de héros, marins ou paysans ;
et la terre rugueuse palpite comme un cur
entraîné par le flot crépitant des danseurs.
...
Un auteur dont les poèmes pourraient être chantés,
tant le rythme y est présent.
Hervé Chesnais, sans doute l'auteur aux textes les plus aboutis
de notre sélection nous offre ses chroniques dont certains
passages à couper le souffle. Cet auteur est publié
dans la revue La Page Blanche
(http://www.lapageblanche.com/) ainsi que sur le très
beau site de Eric
Bertomeu (http://membres.lycos.fr/eric_bertomeu/). Vous trouverez
également ses trois premières Chroniques dans
notre librairie.
Ses Chroniques sont le coup de cur de notre sélection.
" Une écriture qui surclasse toute la fournée
" nous confie Rob Cuffi. Je ne sais pas s'il surclasse
; en tout cas il est impressionnant de talent et de beauté.
La forme des poèmes est libre, le flux de sens ininterrompu
; sa parole semble surgir d'un esprit qui a longtemps réfléchi
et senti, ressenti la vie à pleine peau. Une parole qui parle
des fondements de l'existence à l'échelle du quotidien
parfois, à l'échelle de l'humain toujours. Je ne vous
en dis pas plus et vous laisse avec quelques extraits de ses chroniques,
seuls juges du plaisir que vous allez trouver à le lire :
Chronique IV
...
- demain cailloux, bois, boue - que ton bras s'ouvre
pour que je me love dans cet angle tendre que tu sais inventer pour
mon repos. Notre sommeil.
Ainsi nous sommes.
....
Chronique V
...
Pour l'heure j'ouvre la chambre au vent
j'échange nos odeurs contre l'odeur de l'herbe et de la terre
humide
et l'on accepte cet échange et la poussière de mon
plancher
théorie d'étoiles domestiques s'envole le matin
étincelle sous le soleil - bientôt juin dit-elle bientôt
juin ! -
Patience !
Patience !
Et les poussières au vent d'incendier le matin où
nous sommes.
Notre regard invente un paysage où n'étant pas,
nous pourrons aller.
Nous remercions les auteurs pour lesquels nous avons envie de citer
ces paroles du philosophe :
La
vague ignore le repos
La nuit aime le jour radieux
Il est beau de dire "je veux"
Mais "j'aime" est encore plus beau.
Friedrich
Nietszche
Nous souhaitons maintenant de belles lectures à tous.
A bientôt,
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