Une photographie de Mari Mahr

La sélection de juillet 2003

Six auteurs et 10 textes…

Pour cette dernière sélection de l’été, un auteur (encore lui !) nous a terriblement marqué. Je parle d’un certain Pascal-Ludovic Saissi dont le talent fait l’unanimité du comité de lecture en poésie.

Très peu d’élus cette fois… Manque d’originalité, de travail, d’idées. Mais si d’un côté notre déception est grande, quel plaisir de vous donner à lire ces quelques poèmes, si éloignés des petits journaux intimes que nous avons l’habitude de recevoir.

Bonnes vacances.

Dan


Pascal-Ludovic Saissi donc qui sélection après sélection taille son chemin avec l'élégance du désespoir

Dans la ZAC où coule encore

- Beau, désespéré, de très belles trouvailles : « l'Espoir est une mer absente » (dommage pour les majuscules auxquelles je suis allergique), « les fesses moulées dans l'été », « La grande fourmilière a bougé ». Nos semblables sont vivants et précisément semblables et non pas des pantins allégoriques esclaves de la rime.

Anita.

- On y est en poésie et dans la ZAC et je suis comme le poète, terrifiée et terriblement triste :

Dans le bal céleste des habitudes
Je meurs d'ennui
Et ronge mes doigts jusqu'au premier sang…
Aglaé

Sweet Sandy

- Jolie ballade mélancolique et quelques trouvailles : « Sandy songe cernée / par les brumes légères de son sommeil ».

Anita

- Tout un climat de troquet fatigué et de tabac froid. Cette femme usée. C'est beau.

Aglaé.

Le hors-champ

Juste dans l'économie même des mots.

Anita

 

 

Viennent ensuite...

Philippe Vallet qui est loin d'être un inconnu, infatigable chroniqueur de l'intime

Je ne crois plus au silence

Prédestinés, condamnés sous la plume de l'auteur qui donne de si belles images de notre enfer : « le claquement sur les pierres du chemin où la chaussure se plante d'un coup sec dans la flaque », « les gouffres noirs qui nous démembrent ». 

Anita

 

Ludovic Pautier qui d'épure en épure bâti un univers ouvert en éternelle interrogation

Fenaison des yeux clos

- Un peu elliptique mais la fin est splendide.

Anita

Cracher

- Beau rythme, une belle progression.

Anita

 

Emmanuel Norman un nouveau venu sur Ecrits...Vains? plein de talent

Sans titre

- Implacable, l'air de ne pas y toucher, il y a plus de cruauté dans la simplicité de ce poème que dans les discours les plus menaçants.
Anita

 

Pierre Badie qui entre poésie et chanson pousse la mélancolie à son comble

La voilà

- « Tu peuples mes nuits et désosses mon corps » est torride selon moi. Et « Des cargos délainent des sentiments pour l'hiver » en disent plus sur la nostalgie et la mélancolie que tout le reste du poème. Anita


- On est en poésie et l'air est léger :
Avec tes mains comme le flair d'un clébard
Qui renifle mes mots mais s'en tient à l'écart

Tiens, il y a du soleil dans ta rue
Dévore ce bout de rayon à en être perdue.

Aglaé

 

Sans titre

- Je confonds poème et chanson peut-être, mais c'est limpide avec un thème qui touche, un joli refrain... c'est pas faisandé, pas tarabiscoté... il va faire des progrès celui-là c'est sûr, s'il sent que nous l'avons aimé comme il est...

Aglaé

 

Philippe Leteissier enfin qui a motivé un coup de coeur de France Weber

Sans titre

J'aime l'ensemble de ces textes, le rythme, la démesure, les non sens, et même les fautes (!)
Le tout est incongru, je pense que c'est volontaire, vu la maîtrise que je perçois derrière cette écriture.
J’ai trouvé le tout désarmant, interrogeant, intéressant et beau.

La chute me donne à travers ce texte une explication de cette tentative interpellante.
Elle pose la question de savoir si on peut changer la place des mots en se livrant à l'expérience d'une écriture où l'on oublierait ses savoirs sur la langue pour extraire la perle de « l'auteur huitre ».
Je trouve cet auteur très courageux, et il me tarde de connaître son nom. Si par contre je me suis échafaudé cette explication de texte et qu'elle n'a pas lieu d'être parce que l'auteur n'y avait pas mis ces intentions, je maintiens tout de même la note pour chacun de ses textes, ne serait-ce que pour leur rythme interne... mais je serais très déçue !

France

 

Dan Leutenegger