Une photographie de Doifel Videla

La sélection de février 2003

 

 

... Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes

Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux

Ils marchent dans l'horreur la tête dans des îles

Où n'abordent jamais les âmes des bourreaux...

Léo Ferré, Les Poètes

 

Bonjour à tous, lecteurs, poètes et amis. En février le comité de lecture vous retrouve riche de trois auteurs, de textes inédits et surtout d'un nouveau coup de cœur dont nous allons vous parler un peu plus bas. 

En attendant, je veux adresser une petite lettre aux poètes qui nous proposent leurs écrits. Ce mois-ci les membres du comité de lecture ont longuement discuté et voilà rapidement ce qui semble en ressortir : ne nous adressez pas de recueil (trop long) mais plutôt un à trois textes - parfois plus si vous ne pouvez vous en empêcher - ne nous proposez pas l'adresse de votre site afin que nous y sélectionnons vos meilleures productions : nous sommes un comité de lecture et non pas des chasseurs de te(x)tes. Auteurs de moins de 18 ans, la rubrique Mots-Garous vous attend (elle est encore dans sa phase de retructuration mais bientôt, vous pourrez vous y exprimer). Tous, j'aimerais aussi que vous sachiez que si nous sommes tellement longs à vous répondre, ça n'est pas par indifférence ou manque d'intérêt. Vous êtes si nombreux que les textes s'accumulent : chaque mois les membres du comité en lisent une cinquantaine qui ont été au préalable anonymés par mes soins (je ne vote pas moi-même car je connais l'identité des auteurs). Sur cinquante textes lus et commentés, nous en publions une quinzaine environ (douze ce mois-ci) : c'est peu, mais nous ne pouvons sincèrement pas aller au delà... L'un de nous écrit : "Poésie ne rime pas avec abstraction, et les auteurs débutants auraient peut-être intérêt à jongler avec des mots et des idées plus simples, plus universels. Je me pose la question..." Chantal English. Comme Chantal, nous nous posons la question et nous gardons bien de donner des conseils aux poètes. Parmi ceux qui nous proposent leurs textes, tous ne sont pas débutants. De plus, comme je l'écrivais dernièrement à un auteur qui regrettait de n'être pas publié sur Ecrits... Vains ?, "la non-publication de vos poèmes par notre comité ne signifie pas que votre texte n'a pas de qualité et ne marchera pas ailleurs ; il est simplement le choix majoritaire - et subjectif - de notre comité de sélection, étant bien entendu que certains d'entre nous ont pu l'apprécier." Maintenant je vous remercie tous pour votre générosité et votre partage des mots.

Il est temps maintenant de revenir à notre sélection. Nous vous proposons trois auteurs et douze textes : je vous ai parlé plus haut de notre coup de coeur. Il s'agit de Cathy Garcia que nous vous présentons avec 10 textes "Poupée du soir, poupée placard ", "Futilement vôtre ", "Non le monde n'a pas changé ", "Princesse ", "Le Un ", "La nuit de Narcisse ", "Les nuits abîmées ", "La nuit papivore ", "Le bol et le vide " et enfin "Silences ", avec une nette préférence pour l'étonnant Poupée du soir..., Les nuits abîmées et Silences. France Weber nous écrit très enthousiaste à propos de cet auteur " J'aime beaucoup l'élan de cet auteur ! Un véritable coup de coeur sur l'ensemble de ses textes... Décidément cet auteur en est un. Il jongle entre la poésie et la prose d'une façon délicieuse. J'adhère !". Effectivement vous allez découvrir une écriture en lisière de la prose, "border-ligne", à la fois hybride et très originale. Mais je n'en dis pas plus et laisse Dan vous la présenter :  Parmi le flot de textes que le comité de lecture a reçu, un auteur s’est tout particulièrement distingué. Phénomène rare, disons-le ouvertement, Cathy Garcia intrigue, place son lecteur en face de ses propres malaises et interrogations. Ainsi n’avons-nous pas hésité à vous présenter ses dix poèmes :

 La solitude dans « Poupée du soir, poupée au placard » est d’une effroyable lumière (si j’ose dire) : Isolement, exclusion, rejet intellectuel et moral, la Poupée du soir «griffe les murs de ses ongles en caoutchouc »  Et cette maudite araignée, symbole de l’indifférence qui nous entoure représente la chose la plus étouffante qui soit, bien plus que le fameux « placard »…

 « Futilement vôtre »… Nous vous invitons à découvrir ce poème dont l’amour est le centre. Non pas cet amour facile qui inonde les poésies de « Je t’aime » abrutissants et monstrueusement pâles, mais un envoûtement, une ivresse, une intelligence où l’imaginaire respire une autre dimension :

« Si par mégarde je m’approchais trop de toi, le rêve serait alors de se laisser glisser, un brin de folie clandestine en guise de corde »…

« Non le monde n’a pas changé »,  texte poignant, incisif, lucide, sans pour autant sombrer dans la petite morale mesquine ou le discours long à mourir. A découvrir comme l’Idée qui ne se referme jamais.

 « Princesse »… Aucun poème de cathy Garcia ne se ressemble et chacun de ses mots est une ouverture nouvelle sur la façon d’appréhender le monde. Princesse est d’une sensualité sulfureuse !

 « Le un »… Poème métaphysique : « Avec le deux, vient la confusion. Corruption et agonie »… Déroutant !

 Je vous laisse pénétrer l’univers déconcertant, audacieux des autres poèmes de Cathy Garcia :

 La nuit de Narcisse et « son grand miroir ovale »; Les nuits abîmées « les clochards ricanent sur leurs perchoirs ridicules »; La nuit papivore dont la chute est impressionnante ! ; Le bol et le vide dont le titre à lui seul est une aventure… Et enfin, Silences, « boutons d'étoiles mal cousus aux vestes des petits poucets »…

Les deux autres auteurs sélectionnés en février sont Laëtitia Cemara avec "La vie en poche " et Claire Cassagne avec "Ponts épuisés ". Nous connaissons la première et lisons régulièrement ses poèmes sur Pages Libres. Je suis très heureuse de l'accueillir et de vous présenter son texte qui "rend le désarroi avec une économie de moyens qui me plaît " précise Anita. Un extrait :

 « Je plie la vie en quatre comme un mouchoir tissé... "»

Laëtitia Cemara

 Ce poème est touchant.  Enfin, " Ponts épuisés" de Claire Cassagne est un texte simple et joli. Chantal English écrit à son propos : "... par des mots simples et grâce à sa finesse d'observation, l'auteur, par un jeu d'images et de musicalité singulière exprime sa sensibilité et son authenticité..." :

 

Tout ce qui en nous se tend,

Même la nuit dans nos rêves,

Ce qui étreint, caresse, prend.

Fortes artères du désir,

Ponts épuisés qui retombent

...

Claire Cassagne

Sur cet écrit et ceux qui précèdent, nous vous souhaitons une belle lecture à tous.

" Vous savez qui je suis maintenant ?

Le vent. Je suis le vent. "

                                                           Léo Ferré

Voilà donc ! Je n'ai pu m'empêcher de revenir au poète qui a ouvert la sélection. A bientôt,

Mireille Disdero, Dan Leutennegger 

Pour le Comité de Lecture en poésie – février 2003