La sélection de février 2002
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Dans
la rue rien qu’une fenêtre, Antonin
Artaud, extrait de « La nuit opère » L’amour
est le thème de prédilection des poètes, l’Amour et la Mort qui se
rejoignent dans la solitude de l’extase. Le corps s’embrase vers
l’inconnu, jouissance extrême où l’on se retrouve seul, même si au
départ nous étions deux. Le départ… n’est-il pas à l’arrivée
finalement ? Instant fulgurant où l’esprit se balance par la fenêtre,
vertige insupportable, sublime, irrésistible : l’Amour est la Mort
idéale. Sans agonie, je nous défenestre avec l’espoir insolent de ne
jamais guérir de cette ivresse. A
l’unique fenêtre de la rue, le comité
de lecture s’est penché sans retenue, se jetant non pas dans le vide,
mais dans le lit de ces dix poèmes : Romance, de
Pierre Wolfcarius Rouge, et Poème sous menthe à l'Ô de U.
Donati, C'est comme si..., et Le fleuve à une seule rivière
de Constantin Pricop, poète roumain dont nous connaissons déjà le
talent Je la déchiffre à la hâte... de Alain Breton, Un extrait de La mémoire, le sable, de Jean Breton, Leda ou le songe des oiseaux, extrait
de Eve et Orphée d'Isabelle Jousseaume, L'inconnue, de Léa ObseXion, de Jean-Pierre Desthuilliers Pierre
Wolfcarius a fait l’unanimité au sein du comité de lecture avec
« Romance »,
car avant tout, il nous a surpris. « On
sent le plaisir que l’auteur a pris »
précise Jean Barbé, et vous savez l’importance de sa recherche, en
matière d’érotisme. Sans doute, ce texte sonnerait plus juste dans un
cabaret, car il est fait pour divertir. Le poète est d’ailleurs prévenu : Poète, dépose ton luth et
viens prendre ton pied Plante là choriambes,
anapestes et spondées Laisse-toi aller, néglige ta
muse, viens t’amuser « Dans
la forme, ce texte est davantage une chanson qu’un poème »
conclut Michel Bourhis. Avec
« Leda ou le songe des oiseaux »,
Isabelle Jousseaume nous invite à découvrir un poème où
l’intelligence et la douleurs des mots servent Eros, où l’écriture
dense appelle la connaissance du lecteur en matière de mythologie.
Souvenez-vous de Leda, fille de Thestios, roi d’Etolie et du fameux
cygne sous la forme duquel Zeus a approché Leda… : « Femme angoisse le CYGNE annonce sourd la rumeur du fleuve au sein de l'Ile l'ombre éclat du grand PARADlSIER couvre la femme étreint son ventre sa taille sa poitrine femme pressent la menace se redresse et cherche le CYGNE » Alain BRETON Il
est poète : Chute et
parfums ; Tout
est en ordre, sûrement ; Ça
y est, la vie ! ; Juste
la terre ; Bivouacs
; Une
chambre avec légende… « Je
la découvre… » Le style est alerte, pétillant. Les associations d’idées
fraîches, judicieuses, originales : « la
tue, l'empaille, la ressuscite, la serpe, enfume son cœur ».
quant à la chute, elle est irrésistible : « enferma-t-elle
toujours un peu de nuit dans sa culotte ». L’auteur nous
invite à admirer les étoiles de la luxure, le cosmos insensé, infini,
qui ne tient finalement que dans un petit bout de tissu. Excellent.
Jean
BRETON, Directeur de publication de la revue Les Hommes sans Epaules :
La
Mémoire, le sable.
« Beauté,
Bijou de Passe ». L’auteur nous en propose trois extraits. Ici,
l’impression d’une écriture charnelle et faite chair où la forme poétique
s’évase bien au-delà du simple vers. Une véritable écriture, sans
doute la plus aboutie de la sélection : « Le
déclic se joue dans son regard.
Le suivi est assuré par la
mise à disposition du corps, les gestes qui guident,
les mots à tâtons qui s’essoufflent, toute ponctuation perdue » LEA, « L’Inconnue » Un
poème où la dominance n’est pas donnée au verbe : « Jardin à l’Est de tous les interdits Luxuriance des délices à peine masqués Au crépuscule …………….. L’inconnue au regard de miel » Une
belle écriture féminine où l’on sent le temps Chronos, orchestrer
l’univers complexe de Eros. « Un
joli rêve… ou plutôt un conte » (Julie Bataille). Jean-Pierre DESTHUILLIERS, de la revue Jointure nous propose ObseXion Classé
X ? Equation à une inconnue que l’on n’a pas finit de résoudre.
De quoi nous réconcilier avec les mathématiques. Exhibitionnisme ?
Explosion des sens ? un sexe de zest-symbole : l’extincteur
est dans l’escalier…
Constantin
Pricop, poète roumain, universitaire, rédacteur en chef de la revue La
Page Blanche : « C’est
comme si... » Erotisme et apocalypse, contrastes subtils allant
de glissades en violence, du balbutiement à la confusion : « La
confusion des sens et les mondes s’écroulent » écrit entre
parenthèses futées le poète roumain. Tumulte dans la « poussière »,
désir épineux : « j’aime les chardons » : Le
temps n’a plus d’emprise sur les corps qui se rêvent. Le comité de
lecture a tout particulièrement été sensible à la cohérence
audacieuse de ce poème mordant, où le sens affronte les sens sur une
peau lumineuse. « Le fleuve à une
seule rivière »
Poème tout en métaphores éclatantes. Il faut y plonger, en oubliant tout repère inutile. L’amant songe à la femme idéale, celle qui « fait l’amour comme un fleuve à une seule rivière », alors qu’il cherche à tort (le « mendiant » amant ?) si loin, si haut dans le néant du ciel la foudre qui coule sous son regard. Ici, le poète nous apprend à voler sous l’eau. U.Donati 18 ans, étudiant : « Poème sous menthe à l’Ô » La langue
amante, menthe à la bouche… le parfum opiniâtre tourbillonne dans nos
têtes. Poivré, sauvage, un régal. « Morsure tissée, baveuse de
sang »… l’écriture est superbe. La sensualité est extrême. Un
jeune poète plein de fougue que nous encourageons tout particulièrement à
poursuivre l’écriture. Il n’écrit pas « pour écrire »,
en forçant quelques sentiments comme pour se convaincre d’y accéder un
jour. Des milliers d’émotions attendent encore ses mots ! Et maintenant, nous vous invitons à
la lecture, |
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Dan Leutenegger et Mireille Disdero-Seassau Pour le comité de lecture |
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