La sélection de décembre 2001

La librairie

" Il faut que les mots nous laissent, nous
poussent à pénétrer seuls dans le pays, qu'ils
soient pourvus de cet écho antérieur qui fait
occuper au poème toute la place sans se 
soucier de la vie et de la mort du temps,
ni de ce réel dont il est la roue, la
roue disponible et traversière.
"

René Char

Bonjour à tous,

J'ai envie d'inaugurer pour vous ce nouveau cahier de poésie avec les mots de René Char. En les lisant, je pense à Bernard Flucha. Peut être pour des raisons poétiques ? Car la poésie n'est jamais un remède mais une expérience qui fore, "approfondit toujours davantage le manque et le tourment qui la suscitent" (Rob Cuffi). 
Voilà pourquoi je ne vous parlerai pas de Noël, de fêtes et de nouvelle année - bien que je vous souhaite le meilleur - mais de ces mots qui nous tiennent "par les cheveux de l'âme" et que vous nous adressez parfois.

Je vous retrouve aujourd'hui pour vous présenter les textes sélectionnés au mois de décembre par le nouveau comité de lecture en poésie. Après la très belle et substantielle sélection de novembre, nous allons vous paraître "pauvres" avec six textes et quatre auteurs seulement. En revanche, les écrits que nous vous offrons sont je crois à la hauteur de votre lecture.

Les membres du comité se sont enthousiasmés pour l'écriture de Eric Delandre. Nous le découvrons avec deux poèmes tirés de son recueil, D'une chinoise qui chante Brecht. 
Nous avons sélectionné "D'une chinoise qui chante Brecht" et "Place des fontaines, Trocadero". Le premier "Un beau travail d'écriture avec une construction harmonieuse" (Rob) est en effet "drôle, léger, bien construit, on y parle d'amour et de poésie sans gros sabots et sur un rythme sautillant comme mon coeur à moi." (Anita). Enfin, l'humour y travaille les mots, un "humour délicieux" (Julie). Il se passe quelque chose, la nouveauté est là ainsi que "le sourire qu’il a su m’arracher" (Michel).
"Place des fontaines, Trocadero" me paraît encore plus réussi. 
"comme décrire ce bijou ? Une telle fluidité serre le coeur et la gorge.
A publier forcément avec la version espagnole plus belle encore si cela est possible.
" Anita. "Humour, légèreté. Séduisant" (Julie). "ça vaut un coup de cœur" (Jean Barbé)
Vous êtes donc prévenus, nous avons apprécié.

Nous avons été sous le charme d'une autre écriture, déjà publiée sur Ecrits... Vains ? mais nous ne nous en lassons pas, il s'agit de celle de Jean Irygoéty. Nous vous proposons la lecture de son poème sans titre, qui commence ainsi : 

L'enfance disais-tu serait comme une voile
Que l'on tend au matin et s'habille de vent
Qui aurait pris la mer et son incertitude
Navigant au plus près des mille désespoirs

....

... Et l'enfance nous vient, avec sa "belle nostalgie comme je les aime" (Rob), avec ses images transformées jusqu'à la métaphore, ses airs marins, son atmosphère du creux des souvenirs, le passé antérieur conjugué au présent... :

C'est la main dans la main sur un cheval de bois
Quand arrive l'été l'hiver il fait si froid
Les deux poings dans les poches et la cour de récré 
Et tous ces deux et deux qui jamais ne font quatre

J'ai envie de vous le donner là, tout de suite, en entier, tant il me travaille le coeur. 
Le second texte que nous offre Jean "En plein midi j'ai rêvé" est un écrit qui coule de source, se déroule beau, simplement :

En plein midi j'ai rêvé

d'étrennes anguleuses 
à une voix limpide 
comme un verre de muscat
de cascades rieuses 
à l'ombre d'un tilleul
dans un pré d'herbe bleue 

...
Nous accueillons pour la première fois le troisième auteur sélectionné, Georges Friedenkraft
Il nous donne à lire "Etreinte", un bel écrit où, comme le précise Elodia, chaque partie, lue séparément à la façon des haï kaï possède clarté et grâce :

La lucarne est moite
fondent nos racines
le soleil plombe les moissons

(...)

Treize heures bourdonnent
au clocher des mouches
la nuit secoue ses grands jupons

Aurait-il ému Anita... : "très belle étreinte végétale où les corps et la nature s'épousent au grès d'un vocabulaire riche sans ostentation. "
Cet auteur porte l'Asie dans son écriture. Le poème que nous publions aujourd'hui est tiré de son recueil intitulé Images d'Asie et de femmes, Editions de la Jointée, Paris 2001. 

Enfin, Alain René de Nilperthuis, (ARN), très connu sur Ecrits...Vains ? nous propose "Tu es pierre"... Nous avons apprécié, en remarquant :
" Un texte bien rythmé, un peu chansonnier" (Rob) "on ne peut qu’apprécier la fraîcheur de ce texte, qui se veut léger, sans prétention. Je le prends comme tel, même si je tique sur les jeux de mots et les artifices d’écriture pour faire entrer de force le vers dans un carcan syllabique alors que ce n’était pas nécessaire" (Michel)
Et nous clôturons cette présentation de la sélection de décembre sur ces vers de Alain,

Ma maison serait
l'ombre d'un soleil
lit vide sans toi


Il joue avec les mots pour tenter de déjouer quelque chose de plus grave.

Maintenant, je vous invite à la lecture.

Mireille
Pour le comité de lecture en poésie