Le mot de l'équipe
par Juliette Schweisguth

La librairie

"Sur la maison du rire
Un oiseau rit dans ses ailes.
Le monde est si léger
Qu'il n'est plus à sa place
Et si gai
Qu'il ne lui manque rien.
"
Paul Eluard, dans "capitale de la douleur"


Envie de vous saluer par ce poème, tout simplement parce que je l'aime, et il évoque la couleur de ces voix à découvrir. Poème-clin de cil à Ludovic Kaspar nous présentant un texte brut et léger.


C'est avec la voix d'Isabelle Servant, auteur-artiste très fine et sensible que nous commençons à courir dans la partition. C'est la première fois qu'elle ose nous proposer ses poèmes, et ils ont été accueillis avec beaucoup de succès. Je laisse d'abord la parole à Stéphane Méliade : " Un auteur qui n'est pas du tout dans mon "style natal", ni de lecture, ni d'écriture. Et pourtant, une connection s'établit, par un pont mystérieux. Puissance de feu et toucher de rose. Une sorte de croisement entre "Pulp Fiction" et "Love Story" ? Une mitraillette à pétales. (...) Je vois le vivant, cette quête de l'autre, cette intime antipode, quête à la fois nécessaire et impossible. Elle me semble exprimée ici avec à la fois souffle et finesse. Tu vas dire "voilà coquelicorail qui se met à flamber, ça lui passera etc...". J'espère bien que non ;-)"

Puis j'ai aussi envie de m'exprimer !

" J'aime le rythme, les mots qui coulent, l'émotion qui passe. J'aime ce balancement du je au tu avec toujours cette surprise de découvrir la différence de l'autre et sa présence. Toujours cette tendresse du regard. Ce sont des textes à chanson, c'est une voix qui m'est chère ..." (Juliette Schweisguth)
Ses quatre "textes à chansons" passent tous haut la main et ce sont les commentaires-coups de coeur de Stéphane Méliade que je vous livre en grande partie...



"Tu chanteras" : "J'aime les poèmes au futur. Ca donne une ampleur à la langue qui sied ici fort bien à ces alexandrins qui mêlent souffle et sens. Enchantement et désenchantement s'y tressent harmonieusement. S'y glissent en plus des images inattendues qui relancent l'intérêt ("intime oubli", "ton présent, ton noué"). À dire autant qu'à lire." (Stéphane Méliade)

J'ai envie de vous donner à entendre la fin :

"Un amour sans amour sans fond dans l'anormal
Je croirai que tu joues. Tu me diras que non
Et puis comme il se doit tu prendras tes quartiers
Ailleurs. Loin. Jamais plus. Ton présent ton noué
J'aurai comme une faille. Au clavier assourdi
Sur mes doigts insensibles au froid de la maison
Ne restera qu'une ombre où marqué dans la chair
De mon intime oubli, debout, tu chanteras.
"


"Il est peut-être l'heure" : "Appariant les anges et les noirs de fumée", classe. Et ce mot qui revient encore :"intime". Et effectivement cet auteur à l'étrange et belle capacité d'habiller l'intime dans une langue très ample. Pussance gracieuse."(Stéphane Méliade)

"Barcarolle" : "ce moment-clé "enroulé de ton rire" me plait infiniment, ce rythme en alexandrins, "cassé" par cet hexasyllabe qui en même temps l'emporte, l'enroule dans sa suite et crée une danse à deux voix, peut-être, à deux voix de joie se nouant"(Juliette Schweisguth) :

"Ma nuit de lune pleine aux entames de givre
Orage d'air glacé mes soupirs étouffants
Et mes agrumes verts d'acides peaux de langue
Enroulées de ton rire
"

"S'il m'est donné" : "Vers mon âme de sang", on n'est pas dans le petit, avec cet auteur ;-) Et toujours cet autre dont l'auteur montre bellement à la fois la profonde connivence et l'éternel mystère. "(Stéphane Méliade)

***

Bruno Lesage, auteur-découverte que le comité d'écrits-vains? accueille avec plaisir. Bruno Lesage, "Fantaisie et légèreté parfois tristes ou inquiétantes chez cet auteur attentif à la nature."(Anne Epo)
Bruno Lesage, trois poèmes sélectionnés, double coup de coeur pour "Valse d'automne" : "Coup de coeur : J'aime la résonance des images, de quelque chose qui vient doucement nous prendre par le bout du coeur. J'aime ce clown faisant danser les souvenirs. Cette valse où la pluie et le soleil sont mêlés aux larmes et aux rires de ce clown du dedans. Et cette impression de mouvement et de tremblement des images faisant penser à la valse et au balancement des feuilles d'automne, au balancement du temps, comme par exemple :
"Si le soleil brillait mais il tremblote aussi
D'un bleu qui tire au gris le chat sur le fauteuil
Je marche sous la tonnelle, de ce pas qui s'effeuille
Sur le seuil balayé d'un automne alangui
" (Juliette Schweisguth)

" mon coup de coeur. fibrillation.
"le clown pend à l'oeil des danseurs comme une goutte de pluie" .beau ,
avec un b majuscule
."(Aaron)

"Rythme excellent. Subtile mélange de tristesse et de gaieté, et cette phrase :
" et le clown pend à l'oeil des danseurs comme une goutte de pluie
"
ouah !"(Laurence de Sainte Mareville)

"une autre voix mais quelle qualité aussi(...)il y a surtout "Où le clown se pend d'un sourire d'autrui." qui palpite comme de l'or chaud.(Anita)

Voyez pas le passage d'une phrase coup de couleur ;-)

"Détachements" : De belles choses, toujours un jeu subtil de résonances, de miroirs internes, mais je sens une culbute de souffle au niveau de la ponctuation. Pourtant certaines expressions comme "le ciel a gros nuages" m'emportent au-delà même du tracé des mots, dans un chemin sensible et singulier. (Juliette Schweisguth)

Anne Epo écrit : "Goût pour les assonances internes, les reprises, les jolies sonorités ("troupeau grelots"), des mots inventés pour la nécessité de l'instant ("visquent flou"), ou détournés de leur sens ("esclaffé de chaleur"), de jolies trouvailles ("Un chemin se contredit, un autre se perd dans le maquis en vaines paroles d'asphodèles. Parfois un chêne en dit long sur le soleil mais il est midi à l'écho du clocher et l'ombre se rabougrit à force de ronces et de racines.")"

Hop, faites quelques pas de nuage :

"Dimanche promenade mes yeux dans le vague,
le ciel a gros nuages mais il est si vaste qu'il se détache encore bleu dans la nuance d'un charme calme.
Le ciel a gros nuage sur la colline comme un mouton qu'on égare aigri, troupeau grelots, la pluie, un peu, et puis il pleut même des grêles lourdes sur le toit courbe des arbres qui s'égrainent, remue-ménage dans le pollen, bourrasque à pleine voix du vent plainte qui s'élève le long des troncs pliés des chênes centenaires, qu'on égorge la jugulaire écorce!

Plus un cheveu de sec, comment ai je peint un tel mélange décoloré de sens ? Couleurs qui larment sur la toile, visquent flou le long du cou du chreview fou et flaquent en une boue flotte sous ses pas en forme de fer ou d'arc-en-ciel."



" Il y a des jours parfois " convainc par sa phrase finale :
" surtout pour la dernière phrase:

"il y a parfois des jours de trop comme un trou dans l'eau vague" oups,
ca va plaire à Coquelicoquilledecorail un truc comme ca
"(Aaron)

"Bingo Aaron, coquelicorail frétille au trou dans l'eau
vague. Doit être mon côté marée haute.
"(Stéphane Méliade)

"j'aime ce qui traverse le poème, mais, en même temps, je trouve que l'émotion aurait pu être être mieux partagée(...)Pourtant, je trouve la fin très belle "Il y a parfois des jours de trop comme un trou dans l'eau vague." (Juliette Schweisguth)

****

Ludovic Kaspar est un auteur toujours très surprenant. Quand nous pensons le connaître, hop, il trouve encore le moyen d'ouvrir une poche singulière et incnonnue ! Là encore, il a frappé fort avec ce texte tout court mais ô combien savoureux ! Hop, retenez-le un instant dans vos doigts avant qu'il se transforme et s'envole !

" C'est une farine qu'on écrit pas
Un mot sans poings
Une phrase molle
Ce n'est rien
Une pâte
Le pain blanc
D'une vie crue
Un avion papier
"

" Autre coup de coeur. Liqueur de poésie. Tant de choses dites en si peu de mots qui ne veulent rien dire "(Aaron)

" Ce genre de petite boîte à miel met de belle humeur le matin. Le genre de poème qui devrait être vendu en pharmacie. "(Stéphane Méliade)

" miam miam vole :-)"(Laurence de Sainte Mareville)

" difficile de juger l'auteur sur un seul texte mais ce texte-ci me plaît. Dans son rythme, dans sa simplicité désabusée et surtout dans la liberté totale qu'il laisse à l'imagination du lecteur."(Anita)

***

Enfin, voici Philippe Vallet, et là, Florence Noël dit en nous le dévoilant "cet auteur me tient à coeur et je souligne ici son acuité sensorielle, et aussi le substrat réllement vécu qui trame ses textes. Un auteur qui se dit lui même en atelier, en progresison et qui cherche, comme dans les thémas ou ateliers d'écritures à tracer une route d'encre et de sincérité."
Nous vous présentons deux textes :

" Réflexions sentinelles " : "On a l'impression d'un psychisme chancelant qui exprimerait avec justesse sa difficulté à se situer dans le réel."(Anne Epo)

Commençons par la fin !

"L'Epreuve du signe rassemble les lambeaux du présent;
S'emparer du hasard, de parcelles, d'empreintes solaires
Reconstruire les limites transparentes des mensonges persistants ;
Regarder derrière : les tourments.
Reprendre un geste pour exister,
Enfouir sa chair dans la plaie ouverte d'un avenir aveugle
Briser le triomphe du corps.
Vivre de raison
la nécessité d'exister.
"

"Réalité éclatée" : "Pas si éclatée que ça, cette réalité. J'y recueille à la lecture une cohérence, un chemin d'images. Chemin de naissance aussi, sensation confirmée par l'apparition, l'émergence du "je" à la fin du texte"(Stéphane Méliade)
"L'orange, oui ultra connue, mais ça me fait toujours autant d'effet, allez savoir pourquoi. Orange et le bleu côte à côte...
hmm cela me fait penser à un de mes tableaux commencé et non fini, mais fini dans ma tête...Bon bref j'aime ."(
Laurence de Sainte Mareville)
" Ici les hallucinations sont moins âpres, plus doucement éperdues."(
Anne Epo) On termine par le début ! Allez, zou :

" Réalité éclatée :
Une orange posée en quartiers.
Un vide trop profond s'évanouit
vivace et bleu
le frotter,
le déchirer pour me perdre.
"

***

Laurence évoque "la terre est bleue comme une orange"
de ...? Vous vous souvenez, Paul Eluard en prélude, et bien, le voici dans un autre poème, moins connu, qui pourtant me semble lui aussi en phase avec Philippe Vallet et tous ces coloris de voix. Petit interlude avant de vous quitter :

"Au plafond de la libellule
Un enfant fou s'est pendu,
Fixement regarde l'herbe,
Confiant lève les yeux :
Le brouillard léger se sèche comme un chat
Qui se dépouille de ses rêves.
L'enfant sait que le monde commence à peine :
Tout est transparent,
C'est la lune qui est au centre de la terre,
C'est la verdure qui couvre le ciel
Et c'est dans les yeux de l'enfant,
Dans ses yeux sombres et profonds
Comme les nuits blanches
Que naît la lumière.
"
Paul Eluard, dans "Capitale de la douleur"

Bon appétit de mots à vous tous, lecteurs-goûteurs de lumière...

Juliette Schweisguth, pour le comité poésie

 

                                                                                  

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