Dois-je
répéter - mais chacun sur le site connaît mon hobby pour le scrabble
- que je me suis toujours intéressée à la francophonie. On sait
que mon jeu a son propre dictionnaire
« L’Officiel du Scrabble » (ODS) qui intègre
non seulement les mots du Petit Larousse et du Robert mais fait
une part importante à ceux de la francophonie belge, suisse, luxembourgeoise,
québécoise, maghrébine, africaine… ainsi qu’aux anglicismes qui
sont (pour le meilleur et pour le pire) passés dans notre langue.
Plusieurs de mes Mots…dits ont eu pour thème des écrivains québécois
et acadiens tels que Michel Tremblay et Antonine Maillet mais
si j’ai cité des poèmes du grand Léopold Sedar Senghor à l’annonce
de son décès, je n’ai pas abordé jusqu’à présent deux sujets qui
font à la fois partie de la francophonie et veulent s’en démarquer
: d’un côté la Négritude, de l’autre l’Antillanité et la Créolité
dont je ne sais s’il faut l’appeler une variante ou au contraire
l’affirmation d’une spécificité qui exercerait son influence sur
toute la Caraïbe francophone. (Je voudrais ajouter ceci :
les deux derniers termes que je viens d’employer, termes reconnus
et utilisés non seulement par tous les écrivains de l’Antillanité
et de la Créolité mais par leurs lecteurs ne sont toujours pas
entrés dans nos dictionnaires, traditionnels comme le Larousse
ou « d’avant-garde » comme l’ODS.)
La
Négritude
Ma
Négritude point n’est sommeil de la race mais soleil
De
l’âme, ma négritude vue et vie
Ma
Négritude est truelle à la main, est lance au poing
Réécade.
Il n’est question de boire, de manger l’instant qui passe
Tant
pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !
Ma
tâche est d’éveiller mon peuple aux futurs flamboyants
Ma
joie de créer des images pour le nourrir,
Ô
lumières rythmées de la Parole !
Léopold
Sedar Senghor
Ce
mouvement est né de la rencontre entre Aimé Césaire, Léopold Sedar
Senghor et le poète guyanais Léon-Gontran Damas. Ils voulaient
affirmer par leurs écrits et leurs poèmes la grandeur de l'histoire
et de la civilisation noires face au monde occidental qui les
avait jusque là dévalorisées. Ils se refusaient l'existence d'une
essence noire mais voulaient faire de leur identité nègre et de
l'ensemble des valeurs culturelles du monde noir une source de
fierté. Pour Césaire, il s'agissait de bâtir une nation et de
fédérer un peuple en rompant un silence collectif. Dans ses écrits,
il aborda le thème du héros noir, du colonialisme, de l'émancipation,
de la révolution, de l'Afrique et de la tyrannie. Il a voulu comme
Senghor après lui redonner au peuple noir la fierté de ses racines
africaines. Aimé Césaire et Léopold Sedar Senghor mais surtout
Léon-Gontran Damas ont eu des contacts avec les mouvements américains
de la Négritude : celui de W.E.B. Dubois qui écrivit en 1905
Ames noires dans le contexte d'une Amérique raciste :
Je suis un nègre et me glorifie de ce nom et celui de la
Negro ou Harlem renaissance dominée par Langston Hugues,
Claude Mc Kay... qui revendiquaient l'appartenance à la société
américaine et leur identité noire : moi aussi, je suis
l'Amérique. C’est sans nul doute André Breton qui, en découvrant Le Cahier d’un retour
au pays natal en 1941 dans la revue Tropiques, a reconnu
que la poésie engagée d’Aimé Césaire entrait dans le cadre de
la négritude ou mieux en définissait le concept. En vérité, les
deux œuvres qui sont (me semble-t-il) les piliers de la Négritude
sont Le Cahier de Césaire et Chants d’Ombre de
Senghor.
Le
terme « Négritude » a été très employé après la Seconde
Guerre Mondiale parce ce qu’il représentait à la fois une révolte
contre le colonialisme, la glorification du passé africain et
une nostalgie vis-à-vis de la beauté et de l’harmonie de la société
africaine traditionnelle. Pour les tenants de l’Antillanité et
de la Créolité, le concept était et demeure désuet parce
qu’il appartient à un passé esclavagiste, colonialiste et plus
franco-africain que caribéen.
Des
écrivains tel que Daniel Maximin ou le poète et romancier Bertène
Juminer ainsi que Xavier Orville, romanciers latino-américains
influencés par le surréalisme, sont également dans le sillage
littéraire de Césaire alors que Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau
et Raphaël Confiant sont les représentants de l’Antillanité et
de la Créolité. Je parlerai de chacun de ces auteurs ci-dessous :
Aimé
Césaire
Et
moi, et moi,
moi
qui chantais le poing dur
Il
faut savoir jusqu'où je poussai la lâcheté.
Un
soir dans un tramway en face de moi, un nègre.
C'était un nègre grand comme un pongo qui
essayait
de se faire tout petit sur un banc de
crasseux
de tramway ses jambes gigantesques et
l'avait
laissé, le laissait. Son nez qui semblait
une
péninsule en dérade et sa négritude même qui
se
décolorait sous l'action d'une inlassable
mégie.
Et le mégisser était la Misère. Un gros
oreillard
subit dont les coups de griffes sur ce
visage
s'était un ouvrier in fatigable, la Misère,
travaillant
à quelque cartouche hideux. On voyait
très
bien comment le pouce industrieux et mal-
veillant
avait modelé le front en bosse, percé le
nez
de deux tunnels parallèles et inquiétants,
allongé
la démesure de la lippe[, et par un chef-
d'oeuvre
caricatural, raboté, poli, verni la plus
minuscule
mignonne petite oreille de la création.
C'était
un nègre dégingandé sans rythme ni mesure .
Un
nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.
Un
nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient
de
façon assez puante au fond de la tanière entre-
bâillée
de ses souliers.
La
misère, on ne pouvait pas dire, s'était donné
un
mal fou pour l'achever.
Elle
avait creusé l'orbite, l'avait fardée d'un
fard
de poussière et de chassie mêlées.
Elle
avait tendu l'espace vide entre l'accroche-
ment
solide des mâchoires et les pommettes d'une
vielle
joue décatie. Elle avait planté dessus les
petits
pieux luisants d'une barbe de plusieurs
jours.
Elle avait affolé le cur, voûté le dos.
Et
l'ensemble faisait parfaitement un nègre
hideux,
un nègre grognon, un nègre mélancolique,
un nègre affalé, ses mains réunies en prière
sur
un bâton noueux. Un nègre enseveli dans une
vieille
veste élimée. Un nègre comique et laid
et
des femmes derrière moi ricanaient en le regardant.
Il
était comique et laid,
comique
et laid pour sûr.
J'arborai
un grand sourire complice
Ma
lâcheté retrouvée!
Aimé Césaire
(Extrait du Cahier d’un retour au pays natal)
Aimé
Césaire est né en Martinique en 1913. Il a obtenu en 1931 une
bourse qui lui a permis de poursuivre ses études à Paris. C’est
après avoir achevé son cursus à Normale Supérieure qu’il a fondé
avec Léopold Sedar Senghor la revue L’Etudiant Noir. Il
a épousé en 1937 Suzanne Roussi puis est rentré en Martinique
où il a enseigné au lycée de Fort de France. Il est maire de Fort
de France depuis 1945.
Je
ne citerai pas ici la bibliographie d’Aimée Césaire. Chacun peut
s’y reporter et la compulser à son aise. Je dirai seulement que
son influence s’est exercée à la fois sur toute la Caraïbe, le monde littéraire américain,
européen et africain et je me permets de souligner qu’un texte
publié en 1994 dans La République Internationale des Lettres l’année
même de sa création par l’écrivain et poète haïtien René Depestre
est la meilleure image qui m’ait été donnée du grand Césaire.
Je n’oublierai pas de mentionner quelques poètes haïtiens car
personne sinon les initiés ne peut se rendre compte du nombre
d’écrivains et de poètes qui se sont battus dans cette ancienne
possession française d’un point de vue politique car ils étaient
en général très orientés à gauche et pour défendre leur langue.
Mais revenons à notre grand poète : je pense que la meilleure
façon de l’honorer est de dire un autre de ses poèmes :
Ex-voto pour un naufrage
Hélé
helélé le Roi est un grand roi
que
Sa Majesté daigne regarder dans mon anus pour voir
s'il
ne contient pas des diamants
que
Sa Majesté daigne explorer ma bouche pour voir com-
bien
elle contient de carats
tam-tam
ris
tam-tam
ris
je
porte la litière du roi
j'étends
le tapis du roi
je
suis le tapis du roi
je
porte les écrouelles du roi
je
suis le parasol du roi
riez riez tam-tams des kraals
tam-tams
des mines qui riez sous cape
tam-tams
sacrés qui riez à la barbe des missionaires de vos
dents
de rat et d'hyène
tam-tams
de la forêt
tam-tams
du désert
tam-tam pleure
tam-tam pleure
brûlé
jusqu'au fougueux silence de nos pleurs sans rivage
et
roulez
roulez
bas rien qu'un temps de bille
le
pur temps de charbon de nos longues affres majeures
roulez
roulez lourds délires sans vocable
lions
roux sans crinière
tam-tams
qui protégez mes trois âmes mon cerveau mon
coeur
mon foie
tam-tams
durs qui très haut maintenez ma demeure
de
vent d'étoiles
sur
le roc foudroyé de ma tête noire
et
toi tam-tam frère pour qui il m'arrive de garder tout le
long
du jour un mot tour à tour chaud et frais dans ma
bouche
comme le goût peu connu de la vengeance
tam-tams de Kalaari
tam-tams
de Bonne-Espérance qui coiffez le cap de vos
menaces
O
tam-tam du Zululand
Tam-tam de Chaka
tam, tam, tam
tam, tam, tam
Roi
nos montagnes sont des cavales en rut saisies en pleine
convulsion
de mauvais sang
Roi
nos plaines sont des rivières qu'impatientent les four-
nitures
di pourritures montées de la mer et de vos cara-
velles
Roi
nos pierres sont des lampes ardentes d'une espérance
veuve
de dragon
Roi
nos arbres sont la forme déployée que prend une
flamme
trop grosse pour notre coeur trop faible pour un
donjon
Riez
riez donc tam-tams de Cafrerie
comme
le beau point d'interrogation du scorpion
dessiné
au pollen sur le tableau du ciel et de nos cervelles
à
minuit
comme
un frisson de reptile marin charmé par la pensée
du
mauvais temps
du
petit rire renversé de la mer dans les hublots très beaux
du
naufrage
Si
le poète Césaire est important à mes yeux, il ne peut effacer
l’homme politique qui a lancé chaque fois qu’il l’a jugé bon un
cri d’alarme en direction des chefs africains de mouvements de
libération, Sékou Touré, Modibo Keita, Ben Bella, Patrice Lumumba
ou à ceux de mouvements révolutionnaires tels que Mao, Ho Chi
Minh, Fidel Castro… Il a toujours pensé que les despotes, les
dictateurs, ceux qu’on appelle les néocolonialistes, pouvaient
détourner les hommes de leurs rêves et de leur espérance d’émancipation.
Je crois qu’il avait raison en ce qui concerne l’Afrique et la
Chine en tout cas et j’aimerais aujourd’hui lui poser la question :
« Que pensez-vous, Aimé Césaire, de la Guerre d’Iraq, de
ses protagonistes et du dictateur Saddam Hussein ? »
Léopold
Sedar Senghor (1906 – 2001)
Femme nue, femme noire
Vêtue
de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai
grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes
yeux
Et
voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi,
Je
te découvre, Terre Promise, du haut d’un haut col calciné
et
ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle
Femme
nue, femme obscure
Fruit
mûr à la chair ferme, sombres extases de vin noir,
Bouche
qui fait lyrique ma bouche
Savane
aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du
Vent
d’est
Tamtam
sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta
voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée
Femme
noire, femme obscure
Huile
que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de
L’athlète,
aux flancs des princes du Mali
Gazelle
aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de
ta peau.
Délice
des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se
moire
A
l’ombre de ta chevelure s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains
de
tes
yeux.
Femme
nue, femme noire
Je
chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
Avant
que le destin jaloux ne te réduise en cendre pour
nourrir les racines les racines de la vie
Poète sénégalais et homme d’Etat,
il fut un des tenants du concept de Négritude, défini comme l’expression
littéraire et artistique de l’expérience Noire Africaine. Dans
son contexte historique le terme a été ressenti comme une réaction
contre le colonialisme français et une défense de la culture africaine.
Il a profondément influencé le renforcement de l’identité africaine
dans le monde noir francophone :
« L’émotion
est nègre, la raison est hellène. »
« La
Négritude est la somme des valeurs culturelles du Monde Noir. »
Léopold
Sedar Senghor est né à Joal, un petit village de pêcheurs à cent
kilomètres environ au sud de Dakar. Son père était d’ascendance
noble et un riche marchand. Sa mère appartenait à la communauté
peuhle, pastorale et nomade. Plus tard Senghor a écrit :
« J’ai grandi au cœur de l’Afrique à la croisée des chemins,
des castes, des races et des routes. » Il a passé les
sept premières années de sa vie à Djilor avec sa mère et ses oncles et tantes maternels. A douze ans, il est entré
à l’école de la mission catholique de Ngazobil. Il a ensuite étudié
au Séminaire Libermann et au lycée Vollenhoven, terminant ses
études secondaires en 1928.
Muni
d’une bourse, Senghor est ainsi monté à Paris et a terminé avec
succès ses études au Lycée Louis-Le-Grand en 1931. Durant ces
années parisiennes, il a lu les poètes afro-américains de la Renaissance
de Harlem et Rimbaud, Mallarmé, Baudelaire, Verlaine, Valéry…
Parmi les amis de Senghor de ces années de jeunesse figurent évidemment
Aimé Césaire mais également Georges Pompidou, le futur Président
Français qu’il a connu à Louis-le-Grand.
De
même que pour Aimé Césaire, je pense qu’il existe assez de biographies
exhaustives de cet homme aux multiples facettes et que chacun
peut s’y reporter à loisir. Il suffit de rappeler qu’après avoir
exercé son métier de prof dans plusieurs lycées de France, il
a rejoint l’armée française puis a été fait prisonnier, profitant
de cette période pour écrire des poèmes qui ont été publiés dans
Hosties Noires (1948). Sa première collection de poèmes,
Chants d’Ombre (1945) dans laquelle il abordait les thèmes
de l’exil et de la nostalgie lui a été inspirée par le philosophe
Henry Bergson. En 1945 et 1946 Senghor a été élu représentant
du Sénégal dans les Assemblées Constituantes françaises. Avec
l’aide de Alioune Diop, un intellectuel sénégalais vivant à Paris,
il a créé en 1947 Présence Africaine, un journal culturel
auquel ont participé André Gide, Albert Camus et Jean-Paul Sartre.
En 1948 Senghor a été nommé professeur à l’Ecole Nationale de
la France d’Outre-Mer. De 1946 à 1958 il a été constamment réélu
à l’Assemblée Nationale Française. En 1960, il est devenu le premier
Président du Sénégal et l’est demeuré jusqu’en 1980 puis il a
partagé son temps entre Paris, la Normandie (dont sa seconde femme
était originaire) et Dakar. Il a été élu membre de l’Académie
Française en 1983 et il est mort en France le 20 décembre 2001.
Au moment de son décès, j’ai dit combien grande fut ma stupéfaction
et ma tristesse devant l’absence du Président Chirac et du Premier
Ministre Jospin aux obsèques de ce grand homme qui représentait
tout ce que le monde littéraire et politique avait de meilleur.
J’ai eu véritablement honte pour mon pays de cette défection « au
plus haut niveau. »
Dans
sa poésie Senghor invite le lecteur à sentir l’essence quasi mystique
de l’Afrique. Sa philosophie et son concept de la négritude ont
reçu à la fois des louanges et des critiques. Selon Senghor, « le
Noir est intuitif alors que l’Européen est plus cartésien. » Ce concept n’a pas plus à tout
le monde mais Sartre a déclaré que la Négritude était un
racisme antiraciste dans sa préface intitulée « Orphée
Noir » de l’Anthologie de la Nouvelle Poésie Nègre et
Malgache(1948).
Hymne National du Sénégal composé
par Léopold Sedar Senghor
Pincez tous vos coras, frappez vos balafons
Le lion rouge a rugi. Le dompteur de la brousse
D'un bond s'est élancé dissipant les ténèbres
Soleil sur nos terreurs, soleil sur notre espoir.
Refrain :
Debout frères voici l'Afrique rassemblée
Fibres de mon cœur vert épaule contre épaule
Mes plus que frères. O Sénégalais, debout !
Unissons la mer et les sources, unissons
la steppe et la forêt. Salut Afrique mère.
Sénégal, toi le fils de l'écume du lion,
Toi surgi de la nuit au galop des chevaux.
Rends-nous, oh ! rends-nous l'honneur de nos Ancêtre
Splendides comme l'ébène et forts comme le muscle !
Nous disons droits – l'épée n'a pas une bavure.
Sénégal, nous faisons nôtre ton grand dessein :
Rassembler les poussins à l'abri des milans
Pour en faire, de l'est à l'ouest, du nord au sud,
Dressé, un même peuple, un peuple sans couture,
Mais un peuple tourné vers tous les vents du monde.
Sénégal, comme toi, tous nos héros,
Nous serons durs, sans haine et les deux bras ouverts,
L'épée, nous la mettrons dans la paix du fourreau,
Car notre travail sera notre arme et la parole
Le Bantou est un frère, et l'Arabe et le Blanc.
Mais que si l'ennemi incendie nos frontières
Nous soyons tous dressés et les armes au poing :
Un peuple dans sa foi défiant tous les malheurs ;
Les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes.
La mort, oui ! Nous disons la mort mais pas la honte.
Léon Gontrand Damas
Sonne
et Sonne et Sonne
sonne
à mon coeur mariné dans l'alcool
dont
nul n'a voulu tâter à table hier
Sonne
et sonne
minuit
de clair de lune à trois
dont
l'image est à jamais en UNE
FEMME
entrevue en l'Ile aux mille et une fleurs
assise
au pied des mornes verts
et
filaos échevelés
et
flûte de bambou du pâtre éveillé modulant
la
rengaine en sourdine
et
le bruit court dans les halliers
et
ma voix clame en EXIL
et
l'EXIL chante à deux voix
et
voici ELYDÉ
et
réveillé net de nouveau se déroule le film du rêve recréé…
Issu
de la bourgeoisie guyanaise, dont il a fustigé le mode de vie
et de pensée dans le poème Hoquet, Léon Gontrand Damas
a fait la connaissance d'Aimé Césaire au Lycée Schoelcher de Fort-de-France.
Les deux jeunes gens se sont retrouvés à Paris, où Damas a poursuivi
des études d'ethnologie. En 1937 parait le recueil Pigments
puis Shine, Rappel, Il est des nuits, La complainte
du Nègre. Un temps député de la Guyane, Léon Gontran Damas
fit une carrière à l'UNESCO.
Daniel
Maximin
Né
à Saint-Claude (Guadeloupe) le 9 avril 1947, Daniel Maximin s'est
installé avec sa famille en France en 1960. Après des études
de lettres et de sciences humaines à la Sorbonne, il est devenu
chargé de cours à l'Institut d'Etudes Sociales et professeur de
lettres à Orly. De 1980 à 1989, il a été directeur littéraire
aux Éditions Présence Africaine et produit l'émission « Antipodes »
sur France-Culture. En 1989, il est retourné en Guadeloupe
où il a été nommé Directeur régional des affaires culturelles.
Depuis 1997, il est chargé de la mission interministérielle pour
la célébration du cent cinquantième anniversaire de l'abolition
de l'esclavage.
Bertène
Juminer
Né
en 1927 d'un père guyanais et d'une mère guadeloupéenne. Agrégé
de médecine, il a exercé à Tunis, Dakar, Amiens et au Maroc avant
de devenir recteur de l'Université Antilles-Guyane. Romancier,
il vit à Pointe-à-Pitre. A notamment publié Les Bâtards,
(Présence Africaine, 1961), Au seuil d'un nouveau cri,
(Présence Africaine, 1963), La revanche de Bozambo (Présence
Africaine, 1968), Les Héritiers de la presqu'île, (Présence
Africaine, 1979), La Fraction de seconde (Présence Africaine,
1990.)
Xavier
Orville
Né
le 3 janvier 1932 à Case-Pilote, Professeur agrégé d’espagnol.
Il fut Conseiller culturel de 1979 à 1982 de Léopold Sedar
Senghor et d'Abdou Diouf. Ses principaux ouvrages sont : Délice
et le Fromager, 1977, prix des Caraïbes, la Tapisserie
du temps présent, 1977, l'Homme aux sept noms et
des poussières, 1981, le Marchand de larmes, 1985, Laissez brûler
Laventurcia, 1989, Cœur à vie, 1993, prix Frantz-Fanon,
la Voie des cerfs -volants, 1994,
Moi, Trésilien Théodore Augustin, 1996.
Les
poètes haïtiens
Comme
je l’ai dit plus haut, il est impossible de parler de tous les
mouvements littéraires se réclamant soit de la Négritude, soit
de l’Antillanité et de la Créolité sans citer quelques poètes
haïtiens :
René
Despestre que j’ai déjà cité pour son éloge d’Aimé Césaire, écrivain
et poète a composé la majeure partie de son oeuvre en exil. Elle
est marquée par une grande sensibilité et comporte en particulier
le roman Hadriana dans tous mes rêves couronné en 1988
par le Prix Théophraste Renaudot et le recueil de poème Journal
d’un animal marin dont je vous donne un avant-goût ci-après :
Ce n'est pas encore
l'aube dans la maison
La nostalgie est
couchée à mes côtés.
Elle dort, elle
reprend des forces,
ça fatigue beaucoup
la compagnie
D'un nègre rebelle
et romantique.
Elle a quinze ans,
ou mille ans,
Ou elle vient seulement
de naître
Et c'est son premier
sommeil
Sous
le même toit que mon cœur...
Jean-Price
Mars (1876-1969) est l’auteur de Ainsi parla l’Oncle, un
texte dans lequel il demande aux écrivains de se pencher sur la
culture populaire, les contes créoles et le vaudou. A son époque
cependant, il doutait que le créole puisse un jour non seulement
devenir la langue majeure de la Caraïbe en même temps qu’une langue
écrite.
Jacques
Roumain (1907-1944) fut un écrivain et poète marxiste, fondateur
en 1927 de La Revue Indigène. Inspirateur de la prise de conscience
par les Haïtiens de leur négritude, son chef d’œuvre posthume
Gouverneurs de la Rosée (1944) a fait le tour du monde noir. Voici
des poèmes extraits de Bois d’Ebène :
Si l'été est pluvieux
et morne
si le ciel voile
l'étang d'une paupière de nuage
si la palme se
dénoue en haillons
si les arbres sont
d'orgueil et noirs dans le vent et la brume
si le vent rabat
vers la savane un lambeau de chant funèbre
si l'ombre s'accroupit
autour du foyer éteint
si une voilure
d'ailes sauvages emporte l'île
vers les naufrages
si le crépuscule
noie l'envol déchiré d'un
dernier mouchoir
et si le cri blesse l'oiseau
tu partiras
abandonnant ton
village
sa langue et ses
raisiniers amers
la trace de tes
pas dans ses sables
le reflet d'un
songe au fond d'un puits
et la vielle tour
attachée au bout de sa laisse
et qui aboie dans
le soir
un appel fêlé dans
les herbages...
Nègre colporteur
de révolte
tu connais tous
les chemins du monde
depuis que tu fus
vendu en Guinée
une lumière chavirée
t'appelle
une pirogue livide
échouée dans la
suie d'un ciel de faubourg
Cheminées d'usine
palmistes décapités
d'un feuillage de fumée
délivrent une signature
véhémente
La sirène ouvre
ses vannes
du pressoir des
fonderies coule un vin de haine
une houle d'épaules
l'écume des cris
et se répand dans
les ruelles
et fermente en
silence
dans les taudis
cuves d'émeute
Voici pour ta voix
un écho de chair et de sang
noir messager d'espoir
car tu connais
tous les chants du monde
depuis ceux des
chantiers immémoriaux du Nil
Tu te souviens
de chaque mot
le poids des pierres
d'Egypte
Et l'élan de ta
misère a dressé les colonnes des temples
comme un sanglot
de sève la tige des roseaux
Cortège titubant
ivre de mirages
sur la piste des
caravanes d'esclaves élèvent
maigres branchages
d'ombres enchaînés de soleil
des bras implorant
vers nos dieux
Mandingue Arada
bambara Ibo
gémissant un chant
qu'étranglaient les carcans…
Jacques
Roumain a rencontré Langston Hugues que j’ai mentionné plus haut
à propos de la Harlem renaissance lors du seul voyage que le second
fit en Haïti.
Magloire-Saint-Aude
(1912-1971) est né à Port-au-Prince. Il a publié ses premiers poèmes
dans les revues La Relève et Le Matin. Il a participé au
mouvement indigéniste des Griots aux côtés de Carl Brouard et du
jeune François Duvalier dont on connaît le parcours tragique pour
ses concitoyens. En 1941 parurent Dialogue de mes lampes et
Tabou, en 1956, Déchu.
De mon émoi aux
phrases,
Mon mouchoir pour
mes lampes.
Recroquevillé
dans mes yeux effacés,
La
peine le poème hormis les causes.
Limité
aux revers sans repos
Edith
blanche ma face moi-même.
Rassasiant
mes yeux
Du
convoi de mes yeux ressuscités…
Dialogue
de mes lampes
Né
à Jérémie le 5 février 1903, Emile Roumer a fait ses études classiques
à Saint-Louis de Gonzague à Port-au-Prince. Il a étudié
la philosophie au Lycée Michelet à Paris où il a collaboré à plusieurs
publications. Tenant de l'école indigéniste, Emile Roumer
s’est révélé un grand chantre de la nature haïtienne, un poète
du terroir, un patriote convaincu et un ardent défenseur du créole.
Son œuvre comporte Poèmes d'Haïti et de France (1925), Poèmes en vers (1947) où figure l'une des poésies les plus
célèbres de la littérature haïtienne Marabout de mon cœur :
Marabout de
mon coeur aux seins de mandarine
Tu m'es plus savoureuse
que crabe en aubergine
Tu es un afiba
dedans mon calalou
le doumdoueil de
mon pois mon thé de zherbe à clou…
L'Antillanité
« Forgé
à la fin des années 60 par Edouard Glissant, ce mouvement naît
d'un constat : la société antillaise est malade. Elle souffre
d'avoir subi une politique de colonisation « réussie. »
Face à ce diagnostic, Glissant propose un remède : la quête de
l'identité antillaise. L'Antillanité est une volonté de reconstituer
les déchirures sociales, de remplir les trous de la mémoire collective
et d'établir des relations hors du modèle métropolitain. L'objectif
de Glissant est de mettre à jour le réel antillais à travers l'histoire
commune de la plantation sucrière que caractérisent le cloisonnement
social, la couleur de la peau, l'héritage africain et la langue
créole. Il affirme la spécificité des Antilles dans leur diversité,
leurs langues et leurs histoires. L'Antillanité est une identité
ouverte et plurielle. En fait, il s'agit de s'approprier l'espace
accaparé par les colons et l'histoire occultée par la période
de l'esclavage. »
Edouard
Glissant
Soleil
de la Conscience
Quand je possèderai
vraiment ma terre, je l’organiserai selon
mon ordre de clartés,
selon mon temps appris. Cela veut dire
que la quête du
vent libre (l’apprentissage de la terre) est chaos
et démesure, paysage
forcené, foret sans clairière aménagée;
mais que c’est
la mesure (labours, semailles, récoltes) qui est liberté.
Docteur
ès lettres, Edouard Glissant « l'un des plus grands écrivains
contemporains de l'universel » est né à Sainte-Marie (Martinique)
le 21 septembre 1928. Formé au lycée Schoelcher de Fort-de-France,
il a poursuivi des études de philosophie à la Sorbonne et d'ethnologie
au Musée de l'Homme.
Ses
premiers poèmes Un champ d'îles, La terre inquiète et Les Indes
lui ont valu de figurer dans l'Anthologie de la poésie nouvelle
de Jean Paris. Il a joué un rôle de premier plan dans la renaissance
culturelle négro-africaine (congrès des écrivains et des artistes
noirs de Paris en 1956 et de Rome en 1959) et a collaboreé à la
revue Les Lettres nouvelles. Le prix Renaudot, remporté
en 1958 pour son premier roman, La Lézarde, a consacré sa renommée.
Co-fondateur avec Paul Niger en 1959 du Front antillo-guyanais
et proche des milieux intellectuels algériens, il fut expulsé
de la Guadeloupe et assigné à résidence en France. Il a publié
en 1961 une pièce de théâtre, Monsieur Toussaint, et en
1964, un second roman, Le Quatrième Siècle.
Rentré
en Martinique en 1965, il a fondé un établissement de recherche
et d'enseignement, l'Institut martiniquais d'études et une revue
de sciences humaines, Acoma. Son oeuvre ne cesse de croître
en ampleur et en diversité: une poursuite du cycle romanesque
avec Malemort, La Case du commandeur et Mahagony, un renouvellement
de la poétique avec Boises, Pays rêvé, pays réel et Fastes
et trois essais majeurs,
L'Intention poétique, Le Discours antillais et Poétique de
la relation.
De
1982 à 1988, il fut Directeur du Courrier de l'Unesco. En 1989,
nommé «Distinguished University Professor» de l'Université d'Etat
de Louisiane (LSU), il y dirige le Centre d'études françaises
et francophones. Depuis
1995, il est «Distinguished Professor of French» à la City University
of New York (CUNY).
La Créolité
« Ce
mouvement littéraire est apparu à la fin des années 80. Son fondement
conceptuel repose sur un manifeste : l'éloge de la Créolité
écrit par J. Bernabé , Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant.
Il s'agit de poursuivre par le biais de l'écriture et du langage,
la recherche identitaire entamée par la Négritude et l'Antillanité.
La démarche intègre l'histoire des Antilles et l'imbrication des
différents peuples qui sont arrivés, volontairement ou pas. La
Créolité rejette l'unicité, l'universel, la pureté et la transparence.
Elle prône la diversité. »
Jean Bernabé
« Il
est temps pour le vieux roi d'aller dormir » écrivait Césaire
dans La tragédie du Roi Christophe. Les enfants spirituels
ont tué leur père. On le vérifie dans Eloge de la créolité,
cet ouvrage collectif signé Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et
Raphaël Confiant, réédité en édition ‘bilingue’ chez Gallimard.
Ouvrage d'autant plus fondamental qu'il préfigure un renouvellement
radical de la littérature créole et donne une assise théorique
aux textes de fiction signés depuis par Chamoiseau, prix Goncourt
1992 pour Texaco, et Confiant, prix Novembre 1991 pour
Eau de café. Ravines du devant-jour, récit savoureux sur
l'enfance d'un Chambin martiniquais.
Patrick Chamoiseau
Patrick
Chamoiseau s'oppose autant à l'assimilation du noir dans la culture
du blanc qu'à la Négritude qu'il soupçonne d'appartenir à un passé
à jamais révolu. Il proclame sa part de nègre tout en faisant
l'éloge du métissage culturel. Il est né en 1953 à Fort-de-France
où il habite aujourd’hui. Il a fait ses études de droit à Paris.
Il est l’auteur d’un ouvrage historique sur les Antilles au temps
de Bonaparte et de deux romans : Solibo le Magnifique
et de Texaco pour lequel il a reçu le Prix Goncourt. Personnellement
(mais je ne suis sans doute pas un exemple à suivre) je peux dire
que j’ai eu un certain mal à lire Texaco et tous
les termes qui dans son texte
s’éloignent de la francophonie comme j’ai eu du mal à lire non
les romans de Michel Tremblay que j’aime infiniment mais son théâtre
qui fait appel pour sa majeure partie au joual, parler montréalais,
évoluant comme le français d’un joual francophone à ce que je
me permets d’appeler un joual anglo-francophone. J’ai de même
peiné au théâtre lors de mes séjours au Québec, croyant à tort
que je saisirais mieux l’oral que l’écrit. Les éditions Gallimard
ont sans doute eu raison de publier l’Eloge de la Créolité
en édition bilingue. Les éditeurs du théâtre de Tremblay devraient
y penser… (Je m’aperçois en écrivant ces lignes que j’appartiens
plus à l’époque de la Négritude qu’à celle de la Créolité !)
Raphaël
Confiant
Raphaël
Confiant est sans doute l'auteur le plus foisonnant et
le plus truculent des Antilles. Originaire du Lorrain (nord de
la Martinique) où il est né en 1951, il a fait des études de sciences
politiques à Aix-en-Provence. Il a débuté sa carrière d'écrivain
en publiant à compte d'auteur, et pendant douze ans, des livres
écrits en langue créole. « L'écriture
en français est un plaisir », dit-il, « l'écriture en
créole est un travail car l'auteur créolophone est obligé de construire
son outil, ce que n'a pas à faire l'auteur francophone qui dispose
d'un outil patiné par des siècles d'usage. » Avec Le Nègre
et l'Amiral (1988), il est entré de plain-pied dans une
littérature française à laquelle il apporte la verve d'un langage
baigné d'imaginaire créole. Son deuxième roman en français Eau
de café (1991) est remarqué par la critique ainsi que L'Allée
des Soupirs publié trois ans plus tard. Confiant se distingue
par son écriture et par l'univers de la Martinique « profonde
» qu'il décrit dans ses romans. Il est un polémiste redoutable
et n'hésitera pas à tremper sa plume dans du vitriol pour rédiger
un réquisitoire en règle contre le père de la négritude, Aimé
Césaire. Une traversée paradoxale du siècle. Enfin, Confiant a
un don inné pour la provocation et le sens de la formule et de
l'humour : « La Martinique est colonisée par la consommation
» ou encore : « Les puristes me reprochent de zoulouter
le français. Mais regardez-moi, regardez-vous, regardez-nous,
vive le métissage ! »
Il
s’ensuit - après que nous ayons perçu les voies de la Négritude,
d’une part, de l’Antillanité et de la Créolité d’autre part, mouvements
qui, ainsi que je l’ai dit plus haut, ne peuvent apparaître comme
complètement antagonistes mais complémentaires - que les écrivains
de la jeune génération créole ont voué aux gémonies leur père
spirituel Aimé Césaire alors que d’autres ont continué
à le célébrer. C’est le romancier Raphaël Confiant, ainsi qu’on
a pu le voir plus haut, qui a dressé le réquisitoire le plus sévère
à l’encontre de celui qui fut la proue et le flambeau des jeunes
auteurs créoles (Jean Bernabé.) Il lui reproche en particulier
d’avoir à la fois dénoncé l’oppression du Tiers-Monde par l’Occident
dans son Discours sur le colonialisme (1950) et d’avoir
siégé pendant quarante ans au Palais-Bourbon (notre Assemblée
Nationale) en prônant la loi d’assimilation pour les Antille-Guyane
et la Réunion votée en 1946.
J’aimerais
terminer ce « tour d’horizon » sur un cas particulier,
celui de Frantz Fanon « Un Martiniquais d’Algérie » : Frantz
Fanon est peu connu dans son pays, la Martinique, car il a passé
l'essentiel de sa vie de militant dans sa terre d'adoption, l'Algérie.
Fanon est né à Fort-de-France le 20
juillet 1925. Il est mort à Washington le 6 décembre 1961, à l'âge
de 36 ans, des suites d'une leucémie. Il est inhumé au cimetière
de « Chouhada » (Tunis). Médecin psychiatre, écrivain,
combattant anti-colonialiste, Fanon a marqué le vingtième siècle
par sa pensée et son action, en dépit d'une vie brève frappée
par la maladie. Fanon fit ses études secondaires au lycée Schoelcher,
ses études supérieures à la faculté de médecine de Lyon et fut
nommé, en 1953, Médecin-chef de l'hôpital psychiatrique de Blida,
en Algérie. Il avait déjà publié, en 1952 Peaux noires, masques
blancs. En 1956, deux ans après le déclenchement de la guerre
de libération nationale en Algérie, Fanon choisit son camp, celui
des colonisés et des peuples opprimés. Il remet sa démission de
son poste à l'hôpital et rejoint le Front de Libération Nationale
(FLN) en Algérie.
Il
eut d'importantes responsabilités au sein du FLN, membre de la
rédaction de son organe central, « El Moudjahid. » Il
fut chargé de mission auprès de plusieurs Etats d'Afrique noire,
ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne
(GPRA) au Ghana. Il échappa à plusieurs attentats au Maroc, en
Italie. Jusqu'à sa mort, Fanon s'est donné sans limites pour la
cause de la libération des peuples opprimés.
Frantz
Fanon a toujours considéré le concept de la négritude trop réducteur.
Dans son essai « Peau noire, masque blanc »,
il étudie les conséquences humaines du colonialisme et du racisme.
Il fait le portrait de l'homme noir antillais, victime des préjugés
de couleur et des complexes d'infériorité qu'il a intériorisés.
Selon lui, « Les Antillais sont, après la grande erreur
blanche, en train de vivre le grand mirage noir. »
Je
suis loin d’avoir fait le tour de tous les écrivains de la Négritude,
de l’Antillanité et de la Créolité mais j’espère que j’aurai donné
dans ces quelques pages un bon aperçu des mouvements, essentiels
pour la littérature et la poésie francophones, auxquels ils ont
appartenus même si certains ont voulu s’en distancer.