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Introduction
La Belgique telle qu’elle existe aujourd’hui n’est devenue
nation autonome qu’en 1830. Le royaume compte environ dix millions
d’habitants et se compose de dix provinces dont cinq, dites
wallonnes, sont francophones, les cinq autres étant néerlandophones
tandis que la capitale, Bruxelles, reste bilingue avec une majorité
de locuteurs français. En fait, le pays peut être considéré comme
étant trilingue, car un petit territoire de l’est, intégré après
1918 à la région wallonne, est essentiellement germanophone.
Chaque groupe linguistique possède sa propre littérature.
Cependant, dans le passé, plusieurs grands écrivains des Flandres
ont choisi d’écrire en français ; c’est le cas, entre autres, de
Maurice Maeterlinck (1862-1949 et prix Nobel 1911), du poète Emile
Verhaeren (1855-1916), de Charles Van Lerberghe (1860-1907), de
Michel de Ghelderode (1898-1961), de Suzanne Lilar (1901-1995),
de Paul Willems (1912-1988) et de sa mère Marie Gevers (1883-1975).
Aujourd’hui Guy Vaes (né en 1927) est un des derniers «Flamands»
qui écrit en français.
La bibliographie qui suit, consacrée exclusivement aux femmes-écrivains
francophones *, recense des œuvres publiées entre 1900
et 2000. En effet, entre la fondation de l’Etat belge en 1830 et
l’aube du XXe siècle, on ne compte qu’un nombre très
restreint d’écrivaines. Tout cela change bientôt et
le XXe siècle est témoin d’un développement considérable
des mouvements littéraires. A l’échelle mondiale, la Belgique est
un territoire minuscule ; il est donc d’autant plus remarquable
qu’elle ait produit un nombre impressionnant de grands auteurs.
Cependant, ceux-ci restent relativement peu connus dans les pays
non-francophones. Certains de ces auteurs, devenus célèbres, sont
considérés comme « Français », entre autres Dominique Rolin qui
s’est établie à Paris depuis plusieurs années, mais dont l’œuvre
entière porte la marque de ses origines. De plus, bon nombre d’écrivains belges se font
éditer à Paris et ainsi bénéficient d’une meilleure diffusion de
leurs œuvres. Pour cette raison, on ne les distingue pas toujours
de leurs congénères de nationalité française.
Le cas de Marguerite Yourcenar est spécial. On la classe
parfois parmi les Belges quelque peu abusivement puisque, malgré
sa naissance à Bruxelles (et, selon un récent ouvrage commémoratif,
son « enfance en Flandre »), cette extraordinaire écrivaine cosmopolite
n’a jamais eu la nationalité belge. Comme on le sait d’ailleurs,
elle a fini par s’établir aux Etats-Unis où elle a passé une bonne
partie de son existence. Yourcenar n’est donc pas recensée dans
cette bibliographie, d’autant plus que, grâce à sa célébrité, elle
a fait l’objet de nombreux travaux disponibles ailleurs. Ainsi,
à Bruxelles, le Centre International
Marguerite Yourcenar (Cidmy) met à la disposition du public
une abondante documentation.
Ce n’est pas ici le lieu de brosser l’historique ni du pays,
ni de sa littérature, mais avant d’aborder la bibliographie proprement
dite, je voudrais mentionner certains faits pour situer la Belgique
dans son contexte culturel et littéraire. Tout d’abord rappelons
que ce pays possède, lui aussi, son Académie, l’Académie Royale
de Langue et de Littérature françaises, fondée en 1920 qui, dès
son inception, a toujours accueilli les femmes aussi bien que les
hommes. Plusieurs des auteures citées ci-après en sont membres –ou
le furent de leur vivant : Eugénie De Keyser, Marie Gevers, Claire
Lejeune, Suzanne Lilar, Jeanine Moulin, Dominique Rolin, Liliane
Wouters. Cette académie sert également de maison d’édition ; elle
publie notamment des ouvrages critiques, des biographies ainsi que
les grands classiques des lettres belges. (Dans la liste ci-après,
ces éditions seront identifiées par les initiales ARLLF).
D’autre part le milieu littéraire belge s’est développé et
amplifié au cours du XXe siècle
et surtout après la deuxième guerre mondiale : création d’importantes
maisons d’édition, de revues, de sociétés, de centres d’études spécialisées
en Europe, aux Amériques, en Asie et en Afrique, et du célèbre «
Centre Wallonie-Bruxelles » à Paris qui fait sentir la présence
des lettres belges dans l’Hexagone. La vigoureuse action du Ministère
de la Communauté française de Belgique intervient dans plusieurs domaines pour favoriser l’épanouissement
et la diffusion de la littérature francophone du pays: appui à l’édition,
bourses, Centre Européen de Traduction Littéraire (à présent de
réputation mondiale), expositions,
ateliers d’écriture, animations dans les écoles par divers écrivains
(et surtout par des écrivaines). Parmi les divers prix qui couronnent
les œuvres d’imagination, l’un des plus prestigieux est le Prix
Rossel (comparable au Goncourt français) qui récompense chaque année
soit un roman, soit un recueil de nouvelles. On se doit enfin de
mentionner les organismes qui offrent aux auteurs une tribune pour
faire connaître leurs ouvrages. Le Théâtre-Poème de Bruxelles compte
parmi les plus remarquables de ces groupes littéraires, et des «
Maisons » ( de la Poésie, de la Culture, du Théâtre…) existent dans plusieurs villes. Bruxelles est
également le site de la « Foire Européenne du Livre » annuelle,
tandis qu’à Liège la Biennale de Poésie donne la parole aux poètes
de tous les pays. Bref, la conscientisation du public
est activement poursuivie par ces institutions et par bien
d’autres opérations trop nombreuses pour être évoquées ici. Il va
sans dire que ces divers mouvements et institutions ne concernent
pas exclusivement les femmes ! Cependant la présence des écrivaines
y est certes fortement ressentie. Si, pour des raisons assez évidentes,
ce sont surtout les écrivains masculins qui ont longtemps occupé
l’avant-scène, ce n’est
plus exactement le cas aujourd’hui, car les femmes sont de plus
en plus nombreuses à se distinguer dans divers domaines.
La littérature de langue française de Belgique fait partie
intégrante de cette grande communauté planétaire qu’est la Francophonie
avec un « grand F ». Pourtant (et c’est aussi le cas de la Suisse
romande et du Luxembourg), elle n’a pas suscité jusqu’ici chez les
chercheurs étrangers le même intérêt que pour les francophonies
non-européennes. Marc Quaghebeur (poète, attaché culturel et essayiste)
affirme que la littérature de Belgique est la « première des littératures
francophones non françaises ». Que l’on soit d’accord ou non avec
cette assertion, il n’en est pas moins vrai que l’apport des lettres
belges s’avère impressionnant par son importance et sa qualité.
Les historiens et les critiques ont longtemps débattu la question
d’une spécificité propre à cette littérature, mais remarquablement
ne sont jamais arrivés à un consensus. En fait, l’opinion sur la
spécificité dépend en majeure partie des exemples choisis, car la
diversité foisonnante du corpus interdit toute généralisation.
L’université de Bruxelles a publié deux ouvrages collectifs
dans lesquels certains écrivains (dont quelques femmes) ont traité
de ce sujet dans une intéressante mosaïque d’opinions fort diverses
(voir bibliographie d’ouvrages critiques ci-après). De plus en plus
d’écrivains belges s’assument en tant que tels, n’hésitent pas à
situer l’action de leurs romans, de leurs pièces, etc. dans leur
pays, mais cela ne signifie nullement qu’il s’agisse de spécificité,
ni surtout de régionalisme. En
Belgique comme partout ailleurs, certains écrivains sont régionalistes,
mais on n’en trouvera que peu d’exemples chez les femmes.
Une considération importante pour le sujet qui nous occupe
est le fait que l’écriture des femmes belges est particulièrement
abondante aujourd’hui et suscite l’intérêt tant par les questions
d’actualité soulevées que par le travail de la langue et les innovations
formelles. Parce que ces auteures ne sont aucunement régionalistes,
leurs livres possèdent un incontestable caractère d’universalité
qui rend secondaire la question d’identifier leur point d’origine.
En ce qui concerne les mouvements littéraires, la Belgique
s’est spécialement distinguée dans le symbolisme, et surtout dans
le surréalisme dont on retrouve
des traits dans la poésie actuelle de Cécile Miguel, Madeleine
Biefnot, Monique Thomassettie, et dans certains textes de Françoise
Delcarte, de Véra Feyder et d’Evelyne Wilwerth.
Le « fantastique » semble particulièrement adapté à l’imaginaire
belge. Plusieurs critiques affirment que les écrivains belges ont
de tout temps été attirés par l’étrange, le bizarre, le supra-réel.
Ce sont principalement les hommes qui illustrent ce mouvement, mais
quelques femmes s’y sont aventurées : Monique Watteau, Nadine Monfils, par exemple.
D’une certaine façon les Histoires très fausses d’Evelyne Wilwerth
se rattachent au genre fantastique : elles jouent sur les situations
étranges, mais sans trace d’horreur ni de macabre. Quant à Nadine
Monfils, elle excelle dans les « polars » où l’élément fantastique
et l’horreur occupent une large place. Le roman policier est un
genre rarement abordé par les écrivaines. Dans ce domaine, on notera
que la première femme publiée dans la série noire chez Gallimard
est la Belge Pascale Fonteneau.
Soulignons qu’un des critères
majeurs qui ont déterminé cette sélection bibliographique est la
qualité littéraire intrinsèque des ouvrages retenus, même ceux qui
sont parfois classés dans la « paralittérature ».
La bibliographie présentée
en ces pages est loin d’être exhaustive. De même, pour les écrivaines
citées, il n’a pas été possible de relever toutes leurs publications.
Enfin le recensement s’arrête en l’an 2000.
On trouvera principalement dans cette bibliographie des œuvres
dites de fiction : poésie, roman, nouvelle, théâtre. Quelques essais
y figurent si leur auteure est surtout connue dans d’autres
genres. Un petit nombre d’ouvrages documentaires sont inclus en
annexe, liste fort restreinte, certes, mais les textes signalés
dans cette rubrique contiennent
eux-mêmes des références utiles. Les titres recensés paraissent
dans l’ordre alphabétique des noms d’auteures et, pour chacune de
celles-ci dans l’ordre chronologique de la parution. Comme il n’est
pas possible de citer ici toutes les œuvres de chaque auteure, on
indique par les initiales E,N,P,R,T les genres représentés dans
sa production globale (Essai, Nouvelle, Poésie, Roman, Théâtre). Les maisons d’édition belges en dehors de Bruxelles
sont identifiées par le code (B).
Sauf indication contraire, tous les autres éditeurs sont français.
* Note: L’absence d’auteurs
masculins, pourtant fort nombreux en Belgique et dont certains sont
célèbres à l’échelle mondiale, n’est pas due à un quelconque parti-pris
de ma part, mais plutôt à l’origine de cette bibliographie. En effet,
le groupe universitaire américain Women in French avait sollicité cette contribution
pour un ouvrage collectif consacré uniquement à la littérature féminine.
Le recensement ci-après est une version plus complète et quelque
peu modifiée de l’original (paru en 2002 dans un numéro spécial
de Women in French).
Bibliographie
au format Word (170KB) - comprenant l'introduction
ci dessus
Bibliographie
au format HTML (195KB)
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Renée
Laurentine
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