Aux rives de la francophonie                                                sommaire                                                                                                                                                            Responsable Khalid Benslimane

 


Une photographie de Stéphane Bourson

Les écrivaines francophones de Belgique au XXe siècle

par Renée Laurentine

 

 

Introduction

 

          La Belgique telle qu’elle existe aujourd’hui n’est devenue nation autonome qu’en 1830. Le royaume compte environ dix millions d’habitants  et se compose de dix provinces dont cinq, dites wallonnes, sont francophones, les cinq autres étant néerlandophones tandis que la capitale, Bruxelles, reste bilingue avec une majorité de locuteurs français. En fait, le pays peut être considéré comme étant trilingue, car un petit territoire de l’est, intégré après 1918 à la région wallonne, est essentiellement germanophone.

          Chaque groupe linguistique possède sa propre littérature. Cependant, dans le passé, plusieurs grands écrivains des Flandres ont choisi d’écrire en français ; c’est le cas, entre autres, de Maurice Maeterlinck (1862-1949 et prix Nobel 1911), du poète Emile Verhaeren (1855-1916), de Charles Van Lerberghe (1860-1907), de Michel de Ghelderode (1898-1961), de Suzanne Lilar (1901-1995), de Paul Willems (1912-1988) et de sa mère Marie Gevers (1883-1975). Aujourd’hui Guy Vaes (né en 1927) est un des derniers «Flamands» qui écrit en français.

          La bibliographie qui suit, consacrée exclusivement aux femmes-écrivains francophones *, recense des œuvres publiées entre 1900 et 2000. En effet, entre la fondation de l’Etat belge en 1830 et l’aube du XXe siècle, on ne compte qu’un nombre très restreint d’écrivaines. Tout cela change bientôt et  le XXe siècle est témoin d’un développement considérable des mouvements littéraires. A l’échelle mondiale, la Belgique est un territoire minuscule ; il est donc d’autant plus remarquable qu’elle ait produit un nombre impressionnant de grands auteurs. Cependant, ceux-ci restent relativement peu connus dans les pays non-francophones. Certains de ces auteurs, devenus célèbres, sont considérés comme « Français », entre autres Dominique Rolin qui s’est établie à Paris depuis plusieurs années, mais dont l’œuvre entière porte la marque de ses origines.  De plus, bon nombre d’écrivains belges se font éditer à Paris et ainsi bénéficient d’une meilleure diffusion de leurs œuvres. Pour cette raison, on ne les distingue pas toujours de leurs congénères de nationalité française.

          Le cas de Marguerite Yourcenar est spécial. On la classe parfois parmi les Belges quelque peu abusivement puisque, malgré sa naissance à Bruxelles (et, selon un récent ouvrage commémoratif, son « enfance en Flandre »), cette extraordinaire écrivaine cosmopolite n’a jamais eu la nationalité belge. Comme on le sait d’ailleurs, elle a fini par s’établir aux Etats-Unis où elle a passé une bonne partie de son existence. Yourcenar n’est donc pas recensée dans cette bibliographie, d’autant plus que, grâce à sa célébrité, elle a fait l’objet de nombreux travaux disponibles ailleurs. Ainsi, à Bruxelles, le Centre International  Marguerite Yourcenar (Cidmy) met à la disposition du public une abondante documentation.

          Ce n’est pas ici le lieu de brosser l’historique ni du pays, ni de sa littérature, mais avant d’aborder la bibliographie proprement dite, je voudrais mentionner certains faits pour situer la Belgique dans son contexte culturel et littéraire. Tout d’abord rappelons que ce pays possède, lui aussi, son Académie, l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises, fondée en 1920 qui, dès son inception, a toujours accueilli les femmes aussi bien que les hommes. Plusieurs des auteures citées ci-après en sont membres –ou le furent de leur vivant : Eugénie De Keyser, Marie Gevers, Claire Lejeune, Suzanne Lilar, Jeanine Moulin, Dominique Rolin, Liliane Wouters. Cette académie sert également de maison d’édition ; elle publie notamment des ouvrages critiques, des biographies ainsi que les grands classiques des lettres belges. (Dans la liste ci-après, ces éditions seront identifiées par les initiales ARLLF).

          D’autre part le milieu littéraire belge s’est développé et amplifié au cours du XXe  siècle et surtout après la deuxième guerre mondiale : création d’importantes maisons d’édition, de revues, de sociétés, de centres d’études spécialisées en Europe, aux Amériques, en Asie et en Afrique, et du célèbre « Centre Wallonie-Bruxelles » à Paris qui fait sentir la présence des lettres belges dans l’Hexagone. La vigoureuse action du Ministère de la Communauté française de Belgique  intervient dans plusieurs domaines pour favoriser l’épanouissement et la diffusion de la littérature francophone du pays: appui à l’édition, bourses, Centre Européen de Traduction Littéraire (à présent de réputation mondiale),  expositions, ateliers d’écriture, animations dans les écoles par divers écrivains (et surtout par des écrivaines). Parmi les divers prix qui couronnent les œuvres d’imagination, l’un des plus prestigieux est le Prix Rossel (comparable au Goncourt français) qui récompense chaque année soit un roman, soit un recueil de nouvelles. On se doit enfin de mentionner les organismes qui offrent aux auteurs une tribune pour faire connaître leurs ouvrages. Le Théâtre-Poème de Bruxelles compte parmi les plus remarquables de ces groupes littéraires, et des « Maisons » ( de la Poésie, de la Culture, du Théâtre…)  existent dans plusieurs villes. Bruxelles est également le site de la « Foire Européenne du Livre » annuelle, tandis qu’à Liège la Biennale de Poésie donne la parole aux poètes de tous les pays. Bref, la conscientisation du public  est activement poursuivie par ces institutions et par bien d’autres opérations trop nombreuses pour être évoquées ici. Il va sans dire que ces divers mouvements et institutions ne concernent pas exclusivement les femmes ! Cependant la présence des écrivaines y est certes fortement ressentie. Si, pour des raisons assez évidentes, ce sont surtout les écrivains masculins qui ont longtemps occupé l’avant-scène,  ce n’est plus exactement le cas aujourd’hui, car les femmes sont de plus en plus nombreuses à se distinguer dans divers domaines.

          La littérature de langue française de Belgique fait partie intégrante de cette grande communauté planétaire qu’est la Francophonie avec un « grand F ». Pourtant (et c’est aussi le cas de la Suisse romande et du Luxembourg), elle n’a pas suscité jusqu’ici chez les chercheurs étrangers le même intérêt que pour les francophonies non-européennes. Marc Quaghebeur (poète, attaché culturel et essayiste) affirme que la littérature de Belgique est la « première des littératures francophones non françaises ». Que l’on soit d’accord ou non avec cette assertion, il n’en est pas moins vrai que l’apport des lettres belges s’avère impressionnant par son importance et sa qualité. Les historiens et les critiques ont longtemps débattu la question d’une spécificité propre à cette littérature, mais remarquablement ne sont jamais arrivés à un consensus. En fait, l’opinion sur la spécificité dépend en majeure partie des exemples choisis, car la diversité foisonnante du corpus interdit toute généralisation.  L’université de Bruxelles a publié deux ouvrages collectifs dans lesquels certains écrivains (dont quelques femmes) ont traité de ce sujet dans une intéressante mosaïque d’opinions fort diverses (voir bibliographie d’ouvrages critiques ci-après). De plus en plus d’écrivains belges s’assument en tant que tels, n’hésitent pas à situer l’action de leurs romans, de leurs pièces, etc. dans leur pays, mais cela ne signifie nullement qu’il s’agisse de spécificité, ni surtout de régionalisme.  En Belgique comme partout ailleurs, certains écrivains sont régionalistes, mais on n’en trouvera que peu d’exemples chez les femmes.

          Une considération importante pour le sujet qui nous occupe est le fait que l’écriture des femmes belges est particulièrement abondante aujourd’hui et suscite l’intérêt tant par les questions d’actualité soulevées que par le travail de la langue et les innovations formelles. Parce que ces auteures ne sont aucunement régionalistes, leurs livres possèdent un incontestable caractère d’universalité qui rend secondaire la question d’identifier leur point d’origine.

          En ce qui concerne les mouvements littéraires, la Belgique s’est spécialement distinguée dans le symbolisme, et surtout dans le surréalisme dont on retrouve  des traits dans la poésie actuelle de Cécile Miguel, Madeleine Biefnot, Monique Thomassettie, et dans certains textes de Françoise Delcarte, de Véra Feyder et d’Evelyne Wilwerth.  

          Le « fantastique » semble particulièrement adapté à l’imaginaire belge. Plusieurs critiques affirment que les écrivains belges ont de tout temps été attirés par l’étrange, le bizarre, le supra-réel. Ce sont principalement les hommes qui illustrent ce mouvement, mais quelques femmes s’y sont aventurées :  Monique Watteau, Nadine Monfils, par exemple.  D’une certaine façon les Histoires très fausses d’Evelyne Wilwerth se rattachent au genre fantastique : elles jouent sur les situations étranges, mais sans trace d’horreur ni de macabre. Quant à Nadine Monfils, elle excelle dans les « polars » où l’élément fantastique et l’horreur occupent une large place. Le roman policier est un genre rarement abordé par les écrivaines. Dans ce domaine, on notera que la première femme publiée dans la série noire chez Gallimard est la Belge Pascale Fonteneau.

          Soulignons qu’un des critères majeurs qui ont déterminé cette sélection bibliographique est la qualité littéraire intrinsèque des ouvrages retenus, même ceux qui sont parfois classés dans la « paralittérature ».

 

          La bibliographie présentée en ces pages est loin d’être exhaustive. De même, pour les écrivaines citées, il n’a pas été possible de relever toutes leurs publications. Enfin le recensement s’arrête en l’an 2000.

          On trouvera principalement dans cette bibliographie des œuvres dites de fiction : poésie, roman, nouvelle, théâtre. Quelques essais y figurent  si leur auteure est surtout connue dans d’autres genres. Un petit nombre d’ouvrages documentaires sont inclus en annexe, liste fort restreinte, certes, mais les textes signalés dans cette rubrique contiennent  eux-mêmes des références utiles. Les titres recensés paraissent dans l’ordre alphabétique des noms d’auteures et, pour chacune de celles-ci dans l’ordre chronologique de la parution. Comme il n’est pas possible de citer ici toutes les œuvres de chaque auteure, on indique par les initiales E,N,P,R,T les genres représentés dans sa production globale (Essai, Nouvelle, Poésie, Roman, Théâtre).  Les maisons d’édition belges en dehors de Bruxelles sont identifiées par le code  (B). Sauf indication contraire, tous les autres éditeurs sont français.

 

* Note: L’absence d’auteurs masculins, pourtant fort nombreux en Belgique et dont certains sont célèbres à l’échelle mondiale, n’est pas due à un quelconque parti-pris de ma part, mais plutôt à l’origine de cette bibliographie. En effet, le groupe universitaire américain Women in French avait sollicité cette contribution pour un ouvrage collectif consacré uniquement à la littérature féminine. Le recensement ci-après est une version plus complète et quelque peu modifiée de l’original (paru en 2002 dans un numéro spécial de Women in French).

 

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Renée Laurentine