Aux rives de la francophonie                                                sommaire                                                                                                                                                            Responsable Khalid Benslimane

 


(c) Chem Assayag


ADN, Adénome de la peur…

par Khalid Benslimane

 

La lutte contre le terrorisme, le nouveau leitmotiv pour empêcher docilement les moutons de panurges de sauter par-dessus bord sans se faire sauter, autorise aujourd’hui toutes les aberrations inimaginables afin de satisfaire le très vorace besoin sécuritaire.

Si au départ, dans cette escalade loufoque du préventif, l’intention était une soi-disant « maîtrise » de l’incertitude croissante résultant de l'accélération du rythme d'évolution des sociétés post-modernes, elle en est vite arrivée par une inversion des valeurs à instaurer cette même incertitude comme « norme ». Le droit, tel qu’envisagé dans sa conception primaire, ne semble plus en mesure de satisfaire aux besoins d’ordonnancement de la vie sociale, de réduction des tensions entre les individus et entre les groupes. Le droit n’est plus ce mode « inégalé » de résolution des conflits tant il est vrai que la transformation rapide de nos sociétés, l'extension presque sans limite (ou en tous cas perçue comme telle) des capacités d'intervention de l'homme sur la Nature et sur ses semblables, la dimension de plus en plus régionale et internationale des phénomènes à l'oeuvre, soumettent les systèmes juridiques, partout dans le monde, à de rudes épreuves.

La mondialisation n’aidant pas les choses, à la volonté d’ouvrir les frontières pour les flux économiques vient se greffer le paradoxe d’une politique draconienne régissant les flux migratoires d’êtres humains.

C’est en fait ce paradoxe accordant plus de valeur à la production humaine qu’à l’humain lui-même qui pousse à ce que la conception verticale du respect de la règle de droit ne soit plus acceptée sans discussion, et au-delà donc de ces exigences " consuméristes", c'est le statut traditionnel d'" administré" ou de " justiciable" qui se trouve être contesté.

Certes l’état de droit avec son fondement, l'égalité devant la loi, continuera à s'imposer comme concept central, comme exigence normale d'une société démocratique. Mais il lui sera partout demandé une adaptation fine aux situations et aux individus. Permanence, universalité et continuité des solutions s'imposant à tous, certes, mais aussi respect des personnes et ajustement rapide et nuancé des réponses aux situations individuelles et aux questions nouvelles tel que la prise en compte des différences culturelles et idéologiques. Avec sans cesse plus présente une poussée continue (et en harmonie avec les valeurs de nos sociétés post-modernes) pour faire de la justice un lieu d'écoute, d'expression de la compassion et de catharsis des conflits.

Ainsi L'oeuvre de justice peut s'en trouver améliorée et mieux perçue, grâce à plus d'attention et d'humanité, et éviter la fragilisation qu’elle connaît actuellement par une subjectivité mal maîtrisée. J’avais parlé ailleurs d’humanisme dans la cité. Jamais ce besoin crucial ne s’est fait ressentir autant dans la cité « terre » que devant cette disposition hasardeuse relative à contrôler l’ADN des migrants…une réaction en adénome sans doute résultant de la globalisation de la peur.



© khalid benslimane

Avril 2007