Aux rives de la francophonie                                                sommaire                                                                                                                                                            Responsable Khalid Benslimane

 

Une photographie de Stéphane Popu


Transcendons mes frères…et mes sœurs

par Khalid Benslimane

 

Lorsque l'on demandait à Dürckheim quel était le chemin qui conduisait à l'expérience de la transcendance, il répondait : "c'est le chemin de l'exercice..."

"l'exercice", un terme qui contient en lui même tout un paradoxe. A la fois le mouvement et la contrainte.

On nous a tant imposé d'exercices de toutes sortes que nous résistons immédiatement à la seule évocation de cette voie. J'ai toujours pensé, et cela reste un avis très subjectif, que la voie vraie qui mène vers la transcendance est une voie dépuration et de simplification. On enlève des obstacles, on n'ajoute pas de pouvoirs extraordinaires.

Or dans notre environnement (je parle pour ceux qui habitent le Maroc),très imprégné de mysticisme dans l’exercice du culte, il est souvent très difficile, pour la grande majorité, de faire la part des choses et d'essayer d'envisager autrement que de manière passive l'enseignement religieux, seule voie reconnue légitime menant vers cette transcendance. Nous pratiquons le culte comme on regarderait la télévision. Les acteurs ne sont pas vraiment nous... juste une projection idéalisée et difficilement réalisable. Et pour cet état de choses j'incrimine jusque au coup les engagés de la cause religieuse dont le discours, abscons pour la plupart, ne s'adresse pas à nous mais à notre encontre, amenant la vérité simple à arpenter les chemins de l'extraordinaire pour la rendre quasiment inaccessible dans son essence spirituelle.

Un discours qui enferme l'Islam dans le "carcan" de l'histoire, anéantissant du même coup son potentiel d'émancipation. Pourtant l’Islam prévoit des moyens rationnels pour une mise à jour constante. Ces moyens ont été ignorés, a dessein, depuis des siècles et le demeurent encore. Si le "message" est divin, le discours de la chose religieuse n'en est pas moins prôné avec un lot d'imperfections et de manipulations sous-jacentes. Un discours accordant un souci démesuré à relater le passé glorieux d'hommes ayant accompli des faits extraordinaires devant lesquels toute tentative d'élévation spirituelle de notre part dénote par son dérisoire. Un discours de juge connaissant déjà le verdict et non un discours de guide dans la quête de notre être essentiel. Avec une telle approche qui place très haut la barre d'accès à la reconnaissance divine, le discours perd de sa rationalité et résonne plutôt creux sur les cordes sensibles de notre âme qui instinctivement le perçois comme un rejet de son appartenance à part entière à cette force cosmique qui régit l'univers, acculant les esprits faibles soit à des attitudes extrémistes, en vue d'une reconnaissance divine, consistants à brûler les étapes de l'exercice "nécessaire" à l'élévation spirituelle, soit à simplement tourner le dos à la "chose" religieuse vers un autre moyen "nihiliste" plus en mesure de satisfaire la soif d'accomplissement de leur être.

Il est tout à fait normal qu'une telle approche, entamée depuis longtemps déjà, ne peut que mener l'islam, dans sa manifestation "essentielle", vers une régression constante. Force est de constater l'état de nos pays pour en avoir un large aperçu....

 

Khalid Benslimane
Septembre 2005