Aux rives de la francophonie                                                sommaire                                                                                                                                                            Responsable Khalid Benslimane

 

Une photographie de Mari Mahr


Moi jeu

par Khalid Benslimane

 

De ces mots, qui jamais ne s'assemblent pour trouver le sens qui mène à nos cœurs, je voudrai en trouver au moins quelques uns, susceptibles de m'en indiquer le chemin.
Comme un jeu de l'ego, j'échafauderai mes phrases de sémantique acerbe pour ravaler la façade crépie de mes locutions bancales, afin que mes "moi je" se muent en un jeu de "Moi". J'aimerai que les emballements de mon cœur ressortent sans emballage de ma bouche. Sans fard, sans faux semblant de ces mots polyuréthanne qui sentent bon le simili. Juste quelques petits mots naïfs, comme ceux d'un enfant, qui ne se souillent pas dans les méandres de nos circonvolutions cérébrales, où ils s'étourdissent, au point de devenir bêtes, avant d'être crachés par nos bouches. Ces mots bétons qui battissent le pont de ce qui nous unis dans l'amour du langage. Leur plus grande vertu serait leur authenticité. J'en badigeonnerai alors, chaque lettre de la nappe phréatique de mon cœur vers lequel ruissellent tous les maux du corps, toutes les joies de l'âme, embellie de peines et de larmes, et tous les espoirs d'un esprit voyageur qui sans cesse nous projette vers un futur meilleur. De ces simples mots, il y en a plein les tiroirs de ma tête. Certains racontent l'odeur de camphre du placard de ma grand mère lorsque d'autres encore se rappellent à mes tripes par la morsure des années de misère, mais la plupart d'entre eux, partagent l'odeur des champs fleuris qui me remplissent la tête, parsemés de cris d'enfants qui jamais ne pleurent.
Peut-être un jour vous raconterais-je cela à tous petits mots, vous dévoilant les maux de mon "Je" de l'être par l'émoi d'un nouveau "jeu" de lettres.

 

Khalid Benslimane
Casablanca Novembre 2004