Nous
avons, ou nous avons tous eu, à un moment où un
autre de notre vie, un élan de tendresse envers un représentant
de la gent animale.
Il faut dire que cet élan présente la fâcheuse
tendance à changer de cap en fonction du lieu, de l'âge
et de notre état d'âme du moment. Ainsi du premier
ours en peluche, compagnon inséparable de la tendre tranche
de notre âge, l'animal en question se transforme en chiot
ou en chaton dans la tranche galopante du galopin que nous assumons
un temps beaucoup trop court à mon goût. Cela s'explique
sans doute par le fait que dans notre environnement citadin ils
sont les premiers animaux que nous pouvons approcher d'assez près
pour pouvoir les aimer. Je pense que pour un natif de la campagne
le champ "aimant" se trouve, par la diversité
des espèces en présence, beaucoup plus étendu.
Le petit berger de la zone tempérée aimera sans
doute une chèvre, tandis que celui de la zone équatoriale
préférera le doux regard d'un oryx ou la crinière
drue d'un gnou, alors qu'un petit esquimau aurait plutôt
une faiblesse pour la moustache d'un jeune phoque, bref le darwinisme
en cette matière se trouve être largement vérifié.
Plus tard, alors que nous sommes supposés avoir atteint
l'âge de raison, la déraison semble prendre le dessus
en matière de préférence animalière
pour ne pas dire bestiale, mais heureusement, pour un nombre limité
de notre espèce seulement. Sans doute une histoire d'oedipe
mal accompli me direz vous. Pour ne pas se perdre en chimères
(que certains préfèrent aussi) je me limiterai à
la majorité parlante. Dans l'âge adulte les chiens
et chats, par la force du nombre, se maintiennent donc en tête
dans notre préférence. Je ne serai pas étonné
que le canari vienne en deuxième position talonné
de près par le poisson rouge. Etant quelqu'un de ce qu'il
y a de plus commun dans l'espèce humaine je n'ai pas échappé
à cette loi du nombre. Mon premier animal, après
l'incontournable ours en peluche, fut un chiot, mon deuxième
une tortue (je l'avais oubliée celle là). Un peu
plus tard dans la tranche chaotique de l'adolescence ce fut l'aigle
qui monta sur la première marche du podium de ma préférence.
J'étais littéralement fasciné par cet animal
qui symbolisait pour moi force et liberté. Actuellement,
ma préférence peut vous paraître quelque peu
incongrue, mais c'est l'âne qui s'approprie mes élans
de tendresse animalière. Sans doute les aléas de
la vie moderne me rendent-elle plus sensible à sa condition
de bête exploitée à outrance et que lorsque
nous ne pouvons plus continuer à trimer on nous traîne,
lui aux abattoirs et moi à l'hospice. Pensez en ce que
vous voulez mais j'aime son regard triste, son air placide et
surtout sa grande patience, chose qui nous fait horriblement défaut
par les temps qui courent, parfois même avec les gens qu'on
aime.
Une question cependant me turlupine. Si nous posons cette question
à un animal, quelle serait sa réponse? Une seule
chose est sûre : ça ne serait certainement pas l'homme
Khalid
Benslimane
Mai
2004