Aux rives de la francophonie                                                sommaire                                                                                                                                                            Responsable Khalid Benslimane

 


Une photographie de Yann Beauson


Notre animal préféré ?

par Khalid Benslimane

 

Nous avons, ou nous avons tous eu, à un moment où un autre de notre vie, un élan de tendresse envers un représentant de la gent animale.
Il faut dire que cet élan présente la fâcheuse tendance à changer de cap en fonction du lieu, de l'âge et de notre état d'âme du moment. Ainsi du premier ours en peluche, compagnon inséparable de la tendre tranche de notre âge, l'animal en question se transforme en chiot ou en chaton dans la tranche galopante du galopin que nous assumons un temps beaucoup trop court à mon goût. Cela s'explique sans doute par le fait que dans notre environnement citadin ils sont les premiers animaux que nous pouvons approcher d'assez près pour pouvoir les aimer. Je pense que pour un natif de la campagne le champ "aimant" se trouve, par la diversité des espèces en présence, beaucoup plus étendu. Le petit berger de la zone tempérée aimera sans doute une chèvre, tandis que celui de la zone équatoriale préférera le doux regard d'un oryx ou la crinière drue d'un gnou, alors qu'un petit esquimau aurait plutôt une faiblesse pour la moustache d'un jeune phoque, bref le darwinisme en cette matière se trouve être largement vérifié.
Plus tard, alors que nous sommes supposés avoir atteint l'âge de raison, la déraison semble prendre le dessus en matière de préférence animalière pour ne pas dire bestiale, mais heureusement, pour un nombre limité de notre espèce seulement. Sans doute une histoire d'oedipe mal accompli me direz vous. Pour ne pas se perdre en chimères (que certains préfèrent aussi) je me limiterai à la majorité parlante. Dans l'âge adulte les chiens et chats, par la force du nombre, se maintiennent donc en tête dans notre préférence. Je ne serai pas étonné que le canari vienne en deuxième position talonné de près par le poisson rouge. Etant quelqu'un de ce qu'il y a de plus commun dans l'espèce humaine je n'ai pas échappé à cette loi du nombre. Mon premier animal, après l'incontournable ours en peluche, fut un chiot, mon deuxième une tortue (je l'avais oubliée celle là). Un peu plus tard dans la tranche chaotique de l'adolescence ce fut l'aigle qui monta sur la première marche du podium de ma préférence. J'étais littéralement fasciné par cet animal qui symbolisait pour moi force et liberté. Actuellement, ma préférence peut vous paraître quelque peu incongrue, mais c'est l'âne qui s'approprie mes élans de tendresse animalière. Sans doute les aléas de la vie moderne me rendent-elle plus sensible à sa condition de bête exploitée à outrance et que lorsque nous ne pouvons plus continuer à trimer on nous traîne, lui aux abattoirs et moi à l'hospice. Pensez en ce que vous voulez mais j'aime son regard triste, son air placide et surtout sa grande patience, chose qui nous fait horriblement défaut par les temps qui courent, parfois même avec les gens qu'on aime.
Une question cependant me turlupine. Si nous posons cette question à un animal, quelle serait sa réponse? Une seule chose est sûre : ça ne serait certainement pas l'homme

 

Khalid Benslimane
Mai 2004