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Tanger
le soir
De
la mer s'élevaient, en embruns parfumés de varech,
les premiers reflets d'un crépuscule livide.
C'était l'heure où la ville baissait la voix pour
me murmurer quelques bribes de fastueux souvenirs, à travers
chaque fissure de ses murs crépis par la sensuelle caresse
du regard des hommes.
C'était l'heure où, l'ombre de Paul Bowles planait
sur le café de la plage en odeurs de girofles et de jasmin
et où le ciel reflétait le regard enflammé
d'un Matisse ou d'un Delacroix.
C'était enfin l'heure où, je me sentais libre d'errer
dans mes souvenirs collés en affiches défraîchies
sur les murs peints à la chaux. Des recoins de chacune de
leurs craquelures, s'écoulait suavement le nectar de ces
délicieux moments, emprisonnés à jamais dans
la pierre, mosaïque d'un rêve éveillé.
Grisé par leurs odeurs, je déambulais l'allure fière
de fouler ces pavés tant aimés. Ils me transportaient
délicatement vers la plage, où tous ces souvenirs
venaient perpétuellement s'étaler en vagues grisantes
d'une nostalgie douce-amère.
L'ombre naissante enfantait un corps recroquevillé sur le
sable humide de la grève. A quelques mètres à
peine, une autre âme échouée sur le sable grelotte
les mains entre les genoux, faisant vibrer l'air de la complainte
silencieuse de ces enfants du sable.
Leur nombre augmentait de jour en jour sur les plages du détroit,
où venaient s'échouer leurs rêves chimériques
d'un lendemain meilleur, au delà de l'espoir aux couleurs
de brume.
Je regardai le ciel. L'ombre du soir montait à l'assaut de
la lumière fatiguée d'un jour agonisant, lacérant
de griffes noires son manteau doré. Je regardais disparaître
dans le firmament taché d'un sang aux reflets mauves, l'âme
du jour en nuées d'oiseaux. Dans un dernier râle, le
jour s'en fut. La nuit soupirait, par l'appel des muezzins, sa perpétuelle
victoire sur les collines fleuries de petites maisons lilas
J'aimerai toujours Tanger le soir
Khalid
Benslimane
Tanger le 06 septembre 2003
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