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Le
"NOMADE" est celui qui met le "A" de l'Amour
Dans tous les regards qu'il porte sur le monde
Pour que le "DEMON" ne s'y reconnaisse plus.
Véronique Blondeau-Gourdon
A
tous ceux qui semblent penser que la "poésie" se limite
à des rimes savamment agencées pour exprimer une vague émotionnelle,
laissez moi leur raconter cette petite histoire qui m'a été inspirée
sur un des forums relatif
à la poésie de notre charmant site :
- Regarde
grand père!
L'enfant
pointait son doigt en direction de la petite colline sur leur droite
tout en tiraillant la robe poussiéreuse du vieil homme. La caravane
se traînait comme un serpent harassé par le soleil de plomb qui
semblait prendre un malin plaisir à les suivre partout.
- Comment appelle-t-on cet arbre? je n'en ai jamais vu de plus beau!
- Quel arbre je ne vois rien du tout!
L'enfant éberlué regarda son grand père puis l'arbre...puis de nouveau
son grand père
- Là grand père! ..cet arbre géant aux feuilles pourpres et luisantes
comme les rubis sur l'épée du prince d'ashgar...l'histoire que tu
me racontes tous les soirs pour m'endormir.
- Je ne vois rien petit! il baissa la tête et regarda l'enfant,
fronçant les sourcils d'un air perplexe...non.. aucun signe du mal
des sables n'était visible sur le visage étonné et serein de l'enfant
qui, à son regard émerveillé, devait sûrement contempler quelque
chose de fabuleux.
Il attrapa le bras d'Ali qui remontait à contre courant la caravane,
une outre sur le dos, à la recherche d'une soif qu'il épanchait
d'une eau parfumée au "qatran" [1]servie
dans un petit bol en cuivre.
- Vois-tu quelque chose...là bas sur cette colline?
Ali jeta un bref regard dans la direction indiquée et s'éloigna
en riant
- Il n'y a rien du tout à part ta mort certaine si tu reste planté
là à regarder les mirages de ta cervelle ramollie!
Le vieil homme était fatigué d'avancer sans but. Toute sa vie il
avait sillonné le désert pour satisfaire les autres. Il se tourna
vers l'enfant
- Prêtes moi ton regard petit!
L'enfant lui tendit son regard innocent.
Et il le vit! dans toute sa splendeur, résumant de son ombre toute
la poésie du monde. Il entendit les rimes profondes chantées par
ses feuilles merveilleuses. Toute son existence il l'avait cherché
en vain. Toutes ces nuits passées à chanter sous les étoiles ses
refrains...sa faim.
Il était là! à la portée d'un regard enfantin. Il prit la main de
l'enfant qui souriait et se dirigea vers la colline.
- Viens petit! rentrons chez nous……
La
poésie à toujours été là. Nous
ne la faisons pas; nous l'exprimons seulement. Chacun à sa
manière, en fonction des capteurs sensoriels dont nous a doté la nature et
que notre héritage culturel à aiguisé…peaufiné. J'aurais tant aimé
chanter mes vagues émotionnelles à la manière d'un
Rimbaud d'un Hugo, d'un Appolinaire, d'un N'Guyen, d'un Almoutanabi
..mais je ne saurais faire. En suis-je moins poète pour autant?
Ce soir pourtant, à la veille d'une nouvelle guerre, il ne me vient
qu'une seule envie; celle de pleurer. Sur mes yeux embués se dessine
le regard désuet ,du reste d'enfant qui est en moi, sur ce qu'aurait
pu être le monde.
Je
sais que mes larmes couleront longtemps encore après que la dernière
bombe se sera tue. Je me demanderais alors si les enfants, errant
entre les décombres, jetterons encore ce même regard innocent,
que j'arrive encore à leur emprunter par moments, sur ce
qui sera leur nouveau monde.
Il
me tarde tant de rentrer chez moi aussi……..
[1]
qatran : Traduction littérale de l'huile de cade en arabe
Khalid
Benslimane
Casablanca
le 19 mars 2003
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