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Combien
de femmes au Maroc savent-elles lire et écrire ? Comme ça
! au pifomètre ! javancerai le nombre de 50%. Maintenant
combien de ces femmes savent-elles lire le français ? je
dirais encore, fort de ma pifométrie et sans forfanterie
aucune, 50% ! ce qui nous mène à une population féminine
restante de 25%. Elémentaire mon cher watson me direz vous
mais je continuerai usant de mon tarin, inflexible dans son analyse
pifométrique, pour surenchérir avec la question suivante
: combien de cet amenuisé et non point épuisé
chiffre représentent les femmes citadines ? pour rester fidèle
à ma théorie des 50/50 et ayant une prédilection
gustative pour les poires, étant moi même une aux yeux
du marchand de légumes de mon quartier qui ne se gêne
pas pour me gruger, je couperai donc ce fruit en deux pour en arriver
au chiffre de 12,5%.
Bon
! pour ne pas vous faire hurler au pléonasme je résumerai
ma pensée cartésienne en vous offrant le résultat
de mon analyse nasalement causale. La femme marocaine capable dinterpréter
adéquatement les subtilités de la langue française,
résidant en métropole, occupant un emploi, en mesure
déconomiser un peu dargent à la fin du
mois pour acheter au moins une revue et que la revue achetée
est " FEMMES DU MAROC ", représente moins de 0,001%
de la population féminine marocaine.
Alors
ne hurlez surtout pas au misogyne si je dit que le titre de cette
revue est usurpé aux 99,999% des femmes auxquelles ne sadresseront
peut être jamais ces lignes, non pas par élitisme ou
ségrégationnisme bourgeois mais pour ou plutôt
par des raisons purement techniques. Mais que tout cela ne vous
chagrine car je suis quasiment sûr et certain que si japplique
mon théorème à la Cyrano de Bergerac aux mâles
des femmes du Maroc, et que pour un moment, juste dans ma tête,
je crée un magazine qui sintitule " HOMMES DU
MAROC "les statistiques seraient les mêmes sinon pire.
Nous
voilà donc, pour une fois, vraiment sur un pied dégalité.
Légalité dans lésotérisme
! qui sen soucie me direz vous. Les 99,999% dhommes
et de femmes marocains qui ne sidentifient ni à vous
ni à moi ? sûrement pas. Ma fille, âgée
de six ans, ma pourtant intrigué et profondément
remué dans mon moi abyssal, tacitement misogyne par le poids
dun héritage culturel qui exclut toute notion dégalité
entre lhomme et la femme, par une simple et anodine question
denfant naïf. Papa ! pourquoi écrit-on "
femme " et pas " famme " ? ne mappelant assurément
pas watson je fut tenté de répondre par pur réflexe
de larchétype marocain fortement imbu de sa condition
masculine : " cest parce que ça vient de femelle
..
". je me ravisai au dernier moment devant lair sérieux
de ce petit bout de femme , me rappelant, par un vague résidu
mémoriel de lecture de chevet, que la question dun
enfant est plus une tentative de se dire que lattente dune
réponse.
Catalysée
par linterrogation aux répercutions profondes formulée
par un être doublement lésé dans notre société
par sa condition de femme et denfant, la partie de ma matière
grise, non atteinte par le réflexe culturel du mâle
marocain, se trouva emportée dans une effervescence phosphorique
et euphorique. Au fur et à mesure que défilaient les
images féminines associées aux instants de bonheur
de mon enfance, je percevais en parallèle et pour la première
fois le combat des premières femmes pour légalité
relative au droit à la libre disposition de leur corps. Je
percevais également les regards péjoratifs et sournois
de mes congénères masculins les qualifiant dhystériques
acariâtres auxquelles rapidement aucune femme ne voudrait
sidentifier. Comprenez quil était difficile pour
moi, dans ce processus de pensée, de garder lobjectivité
nécessaire pour combattre les préjugés culturels
inculqués en grande partie, ô ironie du sort, par la
femme elle même (pardon maman). Mais de souvenir en désir,
de refoulement en tourment, dinhibition en résolution
bref
de fil en aiguille je réussis à trouver ce bout de
fil conducteur, fait de battements de coeur, plus ressenti que compris,
me guidant vers une vision " saine " du féminin.
Ce fil nétait aucunement cérébral mais
transcendalement viscéral, ondulant au rythme pulsatif de
cette pompe à émotions quon appelle le cur.
Je réalisai à quel point jaimais ma fille !
non pas de cet amour possessif convergeant inéluctablement
à positionner la future femme quelle allait devenir
dans un statut dobjet, mais dun amour dune certaine
qualité où elle ne sentirait pas que le " e "
de femme est synonyme dExclusion et dEviction.
Khalid
Benslimane
Casablanca
le 04 juin 2002
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