Sapriphage
directeur de publication : Gilbert Desmée Sapriphage est une revue exigeante qui a habitué ses lecteurs à des numéros thématiques originaux (Poésie amérindienne, antillaise, de Thessalonique ) avec un petit faible, dirait-on, pour la poésie belge (Poésie belge dexpression française, dossier Jean-Pierre Verheggen, Werner Lambersy). Sapriphage n°36 : La farce crachée de la Proésie Comment parler de ce numéro ? Des textes à première vue illisibles, un compact disc Tout sexplique : Sapriphage est consacré à la poésie sonore, il ne se raconte pas, il sécoute. Il se lit à haute voix. Il se crie. Comment vous faire passer sa teneur autrement quen style allusif ? Visuellement, je suis attirée par le texte de Patrick Dubost qui joue sur tous les tableaux, le son, limage et le sens: 30 milliards dannées, on est tous né. comprit quêtre né / nest pas tout/ quil fallait voyager/Né : guillotiné/ Mort né/ crayonné Mais il faut écouter cela dans le noir, étendu sur un divan. Le rôle de la revue papier sera ici de " penser " cette poésie, de lanalyser, de faire le bilan dun courant vieux dun demi siècle et pourtant toujours absent des anthologies et des dictionnaires, quon lappelle poésie sonore ou poésie action.
Bernard Heidsieck, le maître du genre, livre en vrac des notes convergentes et sinterroge sur le rôle du support papier qui ne devient ni plus ni moins que la pellicule dun film dans sa boite au regard de sa projection sur écran, quune partition musicale au regard de son exécution. Il parle du besoin organique du poème de sortir de la page. Suivent des réflexions sur le cri dArtaud et sur le crirythme de François Dufrêne. Un article de Guillem Fabre décortique à son tour un poème de Bernard Heidsieck, La poinçonneuse et le rôle primordial du magnétophone dans sa création. Pour une néophyte comme moi, larticle de Gérald Morales est particulièrement éclairant : japprend que la lecture silencieuse ne devient habituelle quau Xème siècle, époque avant laquelle il ny avait pas de séparation des mots dans le texte écrit encore moins de ponctuation. Il était donc nécessaire de prononcer le texte à haute voix pour découvrir son sens. Une phrase qui pourrait servir de conclusion : Lire le texte en public cest le mettre debout après lavoir couché sur papier. Xavière Remacle Pour ses 10 ans dexistence, Sapriphage n°35 ouvre ses pages à sa propre équipe de rédaction et au comité de lecture. Gilbert Desmée réfléchit dans léditorial au chemin parcouru et surtout surtout ! révèle aux lecteurs la signification de " Sapriphage ". Viennent ensuite beaucoup de longs textes en proses, un peu en vers libres. Etonnants, les " livres sculptures "de Brig Laugier : de vieux livres pliés et découpés prennent des formes surprenantes aux titres évocateurs : " "motus et bouche cousue ", " oeil de lynx ", " vague ". Photographiés pour Alain Hélissen, ils lui ont inspiré les " li(vres)tanies " : Pliez pour nous/Madame Bovary/ Les misérables/Pliez pour nous/les chants de Maldoror/ Le rouge et le noir/ etc Raphaëlle Pomian : De sang et dacier, 1ère partie Les tentations dune croix. décrit dans un texte remarquable le parcours vers la mort dune femme touchée par une maladie incurable. Ces pages sont bouleversantes de vérité. Xavière Remacle |