Phréatique Phréatique, langage et création E mail : phreatiq@multimania.com Créée par le groupe de recherches polypoétiques (GRP) en association avec les Editions ARCAM, cette revue très intellectuelle, délibérément pluridisciplinaire, veut habiter la frontière entre poésie, arts plastiques et philosophie. Elle accueille chaque trimestre des textes poétiques, des photos, des reproductions duvres plastiques et des articles de fond sur un thème susceptible dintéresser des philosophes, des scientifiques, des linguistes, des critiques dart Elle offre également un espace à des poèmes " hors thème " dans le Poétarium et se clôture avec la revue critique de Georges Sedir. La revue organise chaque année le concours Poétest qui sollicite linspiration des poètes sur une image ou une citation. |
Phréatique n° 91 Dans ce numéro sur le thème « tout en canon »,
Phréatique choisit de nous parler de tous les canons : du canon esthétique ou
musical , du canon militaire, du canon de bière, du canon forestier, du canon de lEglise
et - pourquoi pas ? - de la recette du canon lorrain à la pâte feuilletée et aux
prunes. La thématique est un peu trop « phallocratique » pour
que je my sente tout à fait à laise, mais jaime la réflexion de Bernard Jakobiak
sur les canons de lEglise: Les
canons de lEglise sont des étais provisoires pour le temple branlant bâti souvent
sur des sables. (
) Ces remèdes que sont les canons ne sont efficaces que sils
sont appliqués avec clémence et humilité Jaime la belle envolée de Serge Goudin Thébia sur la beauté de larbre
canon, larbre fût des forêts
tropicales, très apprécié des paresseux. Et par dessus tout je préfère « Les
canons du lire et écrire » de Serge
Meittinger: Lartiste est dans son fonds le
plus ténébreux relativement indifférent aux accrocs de la vie quotidienne. Protégée
de la vie par luvre « (
) Elle (la poésie) méchappe, ne
cesse de méchapper, simposant sans crier gare, se refusant longtemps, trop
longtemps
Linspiration y est déterminante et souveraine (
) Son
résultat me dépasse (
) La vie des textes publiés continue à me fasciner (
)
la vie des textes ainsi jetés à leau comme
bouteilles à la mer demeure insondables. Qui lit ? Et comment ? Est-ce lu dailleurs ?
(
) avoir tant publié et être si méconnu, si peu connu ou reconnu. Patience. (
)
Ecrire est souvent la meilleure façon de penser. Gérard Murail clôture
avec les heures canoniales, ces heures qui ont servi à rythmer les journées dune
autre époque : matines, laudes
. Jusquaux complies Tu le couvrais de mots à remettre en question / dit lange
robe nue sur un corps sans couture/ laisse toute parole avec les chiens à lancre/
et les conversations de traîne/ ta nuit porte la conversion. Et moi, je minquiète : Phréatique aurait-il déjà atteint un âge canonique sans que je ne men sois rendu compte ?
Phréatique n°90 : Lesprit nomade
Numéro thématique sur lesprit
nomade. Les articles, tous plus passionnants les uns que les autres, proposent une grande
diversité dapproche du sujet dans une certaine unité de style : un certain
regard « poétique » sur la question. Dans « Alchimie du vagabondage », Jean Biès dénonce la perpétuation du meurtre de
Caïn (archétype du sédentaire) sur Abel (archétype du nomade et préféré de Dieu). Guy Chaty distingue entre les anciens et les
nouveaux nomades, ces derniers, ceux de la modernité, ont la
bougeotte
piétinent en courant. Les anciens nomades se seraient-ils
assagis ? Bernard Llech évoque lerrance spirituelle,
la quête de soi : Le voyage authentique
commencerait lorsquil nenvisagerait plus une destination géographique, ou
seulement géographique. Lorsquil serait devenu au sens propre
« u-topique ». Mais il insiste également sur le rôle spirituel du nomade
dans une société sédentaire : Lerrant
dérange, on la vu. (
) Cest quil a une fonction sociale
déveilleur. Sylvie Vauclair rappelle pour ceux qui
lont oublié que la terre est une planète, cest-à-dire que
lunivers est lui même en mouvement et nous embarque dans une aventure nomade
malgré nous. Patrick Raveau aborde le thème de
laventure spatiale, nomadisme du futur : la science fiction est un voyage (
) pourrait
traduire en soi le besoin de lhomme (de
lécrivain, des lecteurs) de visiter dautres formes de vie dune part, et
de quitter son berceau natal(
) Lesprit de lécrivain est comme celui
dun nomade. Larticle le plus inattendu,
celui de Gilles Boussois qui détourne le
mot « nomade » et nous parle de tout à faire « autre chose »,
cest à dire de luvre no-made (non
faite ?), catégorie nouvelle après le « self-made » et le
« ready-made », pur produit des techniques de la virtualité (dont
linformatique). Du côté de la
poésie, jaime Nohad Salameh : Villa close au énième étage du silence/ Aurons-nous
jamais accès à ce Seuil/ Où des antennes sciées nous reçoivent Horia Badescu Le poème est lui-même un chemin/Le
chemin du poème/ est le poème même/ Sur le chemin du poème/ celui qui marche/
nest pas le poème ; / sur le chemin du poème/ erre la poussière/ engendrée
sous les pieds/ de la mort/ Ossian Perez :Taches au soleil/ jai perdu ma
maison/ les anges se résorbent/ Ils sont des humidités de lâme (
) Ton
visage/ Cest ma transition/ je te regarde/ Je suis ton étranger. Georges Friedenkraft : mitoyennes les heures/ sacrilège le jour ! sur les murs de la cathédrale/ au fond du lac/ je palpite : / le sapin le pollen/ y fleuriront sans doute. Phréatique n°89 : Lieu poétique n°8 En introduction, le texte humoristique pseudo-scientifique de Guy Chaty Une nouvelle particule expose lhypothèse dune particule du désir " le libidon ". Les résultats du " poétest " sont plus concluants que lannée précédente. La phrase de St Augustin : Nous sommes une strophe dans un poème a inspiré beaucoup dauteurs parmi lesquels certains que nous connaissons : Gertrude Millaire, Jean-Paul Mestas, Armand Olivennes. Rien que des beaux textes , mais celui de Rojer Ar Penneq se signale par son originalité : devant les grands nomades/ les croisés génétiques/ idoles en limon/ sur des radeaux fractals/ Un débat passionnant entre Maurice Couquiaud, Werner Lambersy, et Basarab Nicolescu, sur le thème de la matière. Vous pouvez en retrouver le texte sur le site de Silvaine Arabo ( http://www.multimania.com/mirra/ ) Jai remarqué tout particulièrement : Le coléoptère de Jacques Simonomis, Le mot est une puce de Henri Clairvaux : Qui me donne un mot cest comme sil mouvre une porte. Gilles Boussois Nuit des inférences vitales, un texte : un texte fort et douloureux sur la nuit blanche ou noire. Les phrases lapidaires de Colette Klein : Les plaies du poème opacifient le livre destiné à leffacement. Larticle de Luc Olivier dAlgange sur les langages secrets ; Le lyrisme psychédélique de René Ferriot : la poussière/retombe sans fin/ les yeux mlades devinent seulement/ la magnificence invisible/ et les forces qui sétouffent/ au déclin du regard. Deux poètes très " cosmiques " : Annie Salager: Lami a laissé passer sa vie/ mais il voit cela maintenant goutter/ de la simple rosée sur le bambou/ et circuler dans le temple du ciel/ Il en écoute heureux le souffle qui meut/ et Michel Lucarelli : Une étoile a sautillé/ entre les mottes/ avant dépouser/ les lignes de nos mains/ unies au vergé/ Xavière Remacle
Phréatique n°88 aborde le thème du Commencement.
Sexpriment tour à tour un astrophysicien, un mathématicien, un neurologue, et des
écrivains et artistes parmi lesquels léminent Michel Butor, la sinologue Isabelle
Robinet, la poétesse et romancière Francesca Caroutch, Marc Alyn, directeur
de la collection Poésie/flammarion Jean François Lambert, psychophysiologiste, nous explique les difficultés du biologiste à déterminer le commencement de la vie et de la mort. Une réflexion sur le Big Bang de Marc Lachièze Rey et sur la perplexité du physicien qui doit penser un au-delà de lespace-temps. Alain Le Méauté " tente " de nous expliquer ce quest lirréversibilité géométrique : je nai rien compris mais jai aimé luvre qui laccompagne et qui mêle phrases poétiques, formules mathématiques et calligraphies chinoises de Qiu Ping Wang : le clapotis était sans effet sur le halo des fins/il fit voile vers lhorizon espérant anticiper la nuit/ dépité il la vit bleuir parabolique rassurante/( )erreur créatrice du code orthographique/ Voilà un langage plus compréhensible que : Lhypothèse aujourdhui à vérifier est quil est possible de donner un contenu géométrique à cette complexité et que lirréversibilité est alors liée à lintrusion de linfini dans le quotidien. On dit linfini alors actualisé. Heureusement pour moi quAlain le Méauté est aussi bien poète que mathématicien. Michel Butor nous enchante avec " Flammes pour un nouvel an " et tout ce quil voudrait jeter au feu à la fête du " commencement ". Je remarque la très belle peinture " alchimique " de Gérard Murail intitulée " lespace ". Beaucoup de bons textes dans le Poétarium : les lettres ouvertes au néant par Michel Couquiaud le rédacteur en chef, Didier Champion : cest le sable qui nous dure/ aux portes de lumière/ sa docilité âpre à nos traces ce soir/, lhumour de Pierre Midoux : le ciel est gris/le merle est blanc/ sur le mur noir/ la barbe hirsute du photographe/ fait fuir loiseau. |
Xavière Remacle |