Janvier
février 2002, numéro 18
Un numéro qui commence avec Epitaphe, de Léopold
Sédar Senghor et l'éditorial de Constantin Pricop :
Le perroquet de F.
***
45 pages denses, plus le cahier des e-poésies (25 pages)
et une couverture à rabats élégante et sobre.
La première rubrique déjà citée plus haut
est celle du Poète de service qui, pour les mois de
janvier et février 2002 sont France Weber et Mireille Disdero-Seassau
présentées par Jean-Michel Niger et Eric Bertomeu :
"
L'exigence poétique s'impose comme compagnon par défaut
des solitudes suprêmes de la lucidité, vivre dans le
rapport comme entreprendre les relations de ce voyage d'un jour qu'est
notre vie. "
Eric Bertomeu
Mais aussi,
"
C'est l'une des caractéristiques essentielles de toute oeuvre
authentique que d'offrir une multiplicité d'approches et d'excéder
par avance toute tentative de réduction à un commentaire
définitif."
Jean-Michel Niger
Les poètes de services proposent une dizaine de textes chacun.
Par exemple :
Je t'ai dit l'essentiel,
Nous
équilibrons nos extrêmes
En
tanguant sur le fil de la vie.
Entre
rouge : l'humaine circonstance
Et
bleu : l'appel ressenti,
C'est
l'infini entre nos rives.
Reculer
est-il possible ?
Reculer
est-il nécessaire ?
Avancer
est toujours un péril,
Décider,
est le plus grand courage.
Ce
sont là nos apprentissages,
Nous
nous rejoignons dans le vide.
Chaque
pas est si douloureux,
Chaque
pas est toujours un premier
Dans
les pas funambules de l'être.
France Weber
Ce numéro de la revue nous propose également dans le
cadre de la rubrique Non poésie du monde : "C'était
l'enfer dedans, Dehors ce n'est pas le paradis", par Marcos Winocur
et "Lorenzo Perrone, Le Juste Gentil", par Valery Oisteanu
:
Lorenzo Perrone était un maçon
originaire de la ville d'Alba (Piémont, Italie). Cet artisan
fut employé par les Allemands pour travailler pour le compte
des Nazis. Un aide, venu d'Auschwitz, lui fut accordé un jour,
nommé Primo Levi, membre de la résistance anti-fasciste
italienne, expulsé en 44 vers un camp de forçats. Avant
cela, Primo était ingénieur chimiste, et en tant que
tel gestionnaire d'usine de peinture. Après son arrestation,
on l'orienta sur un camp de forçats plutôt que vers une
chambre à gaz, et c'est ainsi qu'il se retrouva aux côtés
de Lorenzo, maudit Italien avec son accent du Piémont, devant
une auge de mortier renversée (...).
Au sommaire du numéro 18 également, la rubrique Moments
critiques nous invite aux "Ailleurs logiques" et "Invitation
à lire Marcelin Pleynet", de Sonneur, avec notes bibliographiques
et esprit pour le moins lucide :
"
La littérature est morte, agonisante qu'elle était déjà
depuis bien longtemps. Rien de nouveau, rétorquera-t-on : soit,
mais il faut répéter encore et encore ce qui est inaudible.
Des coups lui furent portés par plusieurs : Baudelaire, Mallarmé,
Rimbaud, Joyce, Artaud, Céline, etc. Quelques-uns essaient
encore de l'achever alors que c'est inutile, impatients d'expérimenter
le fait qu'ils ne peuvent s'empêcher d'écrire, trop exposés
ou trop confidentiels pour qu'on puisse les entendre (...)."
Suivent les rubriques Brèves, où Hervé
Chesnais nous affirme être "comme tout le monde" mais
surtout où pèse un "Bourdieu mort. Un de moins
pour lutter." Valery Oisteanu et la mort de Gellu Naum, poète
et dramaturge surréaliste roumain, le 30 septembre 2001 ...
Les Notes de lecture puis Les signes sur la page blanche,
avec "L'idée du voyage comme oeuvre littéraire",
"La définition de la poésie", puis "Ce
que dit la poésie" par Constantin Pricop :
"...
Le poète "travaille"-t-il vraiment avec les mots
? Cette formule est-elle correcte ? N'est-il pas plus adéquat
d'écrire que le poète vit à l'intérieur
du langage (comme le poisson dans l'eau), qu'il a un culte pour les
mots ou quelque chose de semblable ? En tout cas, ce qui est sûr
c'est que les vrais poètes ont une relation spéciale
avec les mots..."
On note enfin, parmi les poètes publiés dans ce numéro,
plusieurs auteurs connus et publiés aussi sur EV ? : Eric Bertomeu,
Jack Aswald, Catherine Raucy, Hervé Chesnais, Sylvain Delétang,
Santiago Molina, Jean-Michel Niger, Sonneur, Christian Simionescu,
France Weber, Stéphane Méliade...Et bien sûr Constantin
Pricop et Pierre Lamarque :
éloigne-toi de quelques centimètres
du clou du mur
du miroir
là
Pierre Lamarque
Pour résumer, un numéro qui ne dément pas l'esprit
de La Page Blanche, "à la fois reflet et antithèse
(...), adhésion et combat." suivant la formule de
Jean-Pierre Longre. Vous pouvez lire son article concernant la revue
à :
http://www.sitartmag.com/pageblanche.htm.
Je vous invite maintenant à découvrir les différents
numéros de La Page Blanche ou même, pourquoi pas, à
vous y abonner. Le format de l'exemplaire papier est particulièrement
agréable à feuilleter - je précise que la conception
et la mise en page sont réalisées par Mickaël Lapouge
que je félicite au passage -. Je vous souhaite une belle exploration
de cette remarquable revue de poésie.
Mireille Disdero-Seassau
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