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rue Pelleport Revue qui sannonce « de poésie et dart » (des pages en papier glacé sont réservées aux reproductions). Elle a pris le parti de publier la qualité quelle soit classique ou moderne. Elle ne boude pas le plaisir des vers réguliers et rimés. Une analyse très fouillée de recueils. Une rubrique critique de revues. |
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Jointure
n°63 En première partie de la revue, J.P. Desthuilliers présente une entreprise qui mintéresse au
plus haut point car elle concerne ce lien mystérieux entre le texte et
limage. Il se propose en effet dillustrer les 32 gravures dHenri Landin « Suite
de Faust ». Je minterroge : J.P.
Desthuilliers serait-il
dessinateur autant que poète ? J.P.Deshuilliers
explique : la tradition est
plutôt que les graveurs illustrent les poètes (
) nous avons
voulu retourner cette logique associative en remontant le chemin
habituellement. » Empruntant le langage de lartisan, J.P.
Deshuilliers nhésite pas à
parler de fabrication de poèmes à
partir de gravures. Le poète devient illustrateur. Intéressant
retour des choses qui révèle la complémentarité et les lacunes de
chacun des deux modes dexpression.
Ce que jexpérimente dans
cette tentative, cest la réalité symétrique : ce que sait
exprimer Hervé Landin par
limage, je ne sais pas forcément le mettre en mots et mon texte
demeure saveur incomplète, cri partiel, caresse interrompue ». Il se défend de réinterpréter le Faust de Goethe,
cest bien du Faust de Landin
que parlent ses poèmes. Il oublie au passage de mettre le doigt sur
lincomplétude de limage qui apparaît quand on la pose en regard du
texte. Le proverbe prétend quune image vaut mille mots, les poèmes de
J.P. Desthuilliers prouvent
quun texte peut valoir mille images : Avant
de pénétrer/ la fosse du destin/ je minterroge sur les saveurs du
savoir:/ si ce que vais voir sera spectacle neuf, / ou bien ressassement/
dactes déjà joués ?/ (
) Suis-je bien cette Foule au dehors
du décor/ Eparse dans le trait au
bord de cet accord/ Ebauche de visage ou esquisse de corps ?/ Les poèmes proposés dans la partie nommée « Ecriture
I » ont en commun une atmosphère romantique voire sentimentale.
Jaime particulièrement ceux de Jeanine
Baud dont la sobriété nest pas dénuée de lyrisme : le froissement des robes/ a su délier lécorce / de ces arbres nus/
La sève/ et le sel mêlés/ ont suscité / langoisse et/ le vouloir
des ors/ La lumière expliquera peut-être/ le sens / pour que le sang /
affleure. Christiane
Cauet
évoque la passion du succube :
Laube de ce jour le dira:/ si je te pardonnais de mavoir créée misérable,
/ Peut-être enfin serais-je/ rédemptée / Et je vous jette/ Ô préférences,
/ une averse incendiaire de roses/ dont je retiens les épines/ plantées
dans mes mains./ Jehan Despert parle
avec justesse de solitude : il est
linexistant,/ labandonné de soi/ le nul au bord de rien Patricia
Larancon nous
détrompe : le poème nest pas fait de mots, il est fait dau-delà des mots, dentre les mots (
) Les mots, au
fond, que sont-ce sinon des épuisettes ? Attrape-t-on jamais
vraiment les papillons ? Geneviève Raphanel : Nommer ce qui a
été recouvert/ dans lhumilité de ceux / qui ne demandent pas. Ma
préférence va au poème de Francine
Guréghian Salomé : la vie
dans les talons/ vouée au béton/ je respire le ciel/les oiseaux
noctambules/ me font la courte échelle/ de leurs ailes fatiguées/pour un
sourire aux anges/ avant le lever du jour/ On sétonne de retrouver dans un
bouquet de ce style lhumour grinçant de Georges
Friendenkraft sans pitié pour lécole
qui lave les cerveaux, au service de régimes totalitaires: au
cours de mathématique/ les chérubins sont assis/ un grand zèbre
exophtalmique/ leur crie »si et seulement si »/lintelligence
ruisselle/ de ces prodigieux cerveaux/ le sang aussi samoncelle/ entre
sol et soliveau. « Ecriture
II » est consacrée à la prose, textes courts ou extraits de
recueils. Dans Linterstice, Jean-Paul Gavard-Perret pose la question : si
ce nest pas un roman mais un tissu ? La suite du texte nous
entraîne dans les méandres de sensations et de visions au subtil érotisme :
Il sort de sa réserve en cette
reptation (
) Elle sait faire, il na pas à demander le reste. Sur la
langue une marche (son alphabet). (
) cest elle qui le mange, cest
lui qui a joué. Un texte proche de la perfection que jai relu
plusieurs fois. Pas un mot de trop jusquà la réponse : commencerait la vie si ce nest pas un roman, si cest un tissu
qui la hante.
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Xavière Remacle |