Europoésie
Comme son nom lindique la revue est ouverte à la poésie européenne essentiellement, mais pas exclusivement puisquelle accueille des voix du Brésil, du Québec, des USA etc... Le principal " défaut " de cette revue cest sa richesse et sa diversité. On regrette des pages trop chargées. Surtout que la revue tient à présenter les textes originaux à côté de leur traduction. Mais peut-on leur en tenir rigueur ? Cest la rançon du succès : Europoésie reçoit de plus en plus de contributions et tient à rester ouvert (dans lexigence) aux voix nouvelles, ainsi quà lactualité des cyber-revues. Europoésie n° 24 Quel choc à la lecture de léditorial :
Europoésie ferme boutique ! A 67 ans, Claude
Aslan a le sentiment de la mission accomplie, Marie Andrée Balbastre reste convaincue de lopportunité dun lieu de rencontre européen
pour la poésie. Philippe Caquant, quant
à lui, avoue avoir un peu perdu la foi dans lactivité revuiste. Il
reproche à lédition de la poésie de fonctionner en vase clos. Ce sont
les mêmes qui écrivent et qui lisent Je ne partage pas son pessimisme, ou
plutôt, je pense que ce problème est inhérent
aux arts créatifs qui nont pas denjeu commercial. Le théâtre
par ex. est structurellement déficitaire et ne peut sen sortir sans
subsides ! Que de noms connus sur le net : Isabelle
Nouvel, Hélène Soris, Jean-Marc Riquier, André Duhaime, Xavière Remacle,
et Marta Curiel, Emmanuel Hiriart Je ne résiste pas au plaisir de citer
un extrait d Huguette Bertrand: Toujours
toi/ à la cadence des jours/ blottis entre chaque phrase/ sans mesure/
comme une certitude du printemps. Un très beau texte de Martine Morillon Carreau, « Neige » : sur
les paupières scellées/ de la neige/ linutilité de nos traces/ Non contente dêtre un carrefour européen, une fenêtre sur la poésie du monde, Europoésie a joué un rôle essentiel pour les relations entre Internet et les revues de papier. Je narrive pas à croire que cette aventure touche à sa fin. Espérons quelle se prolongera sous une forme différente comme annoncé. Xavière Remacle Europoésie n°23 Philippe Caquant annonce dans léditorial que la page " Yougoslavie " prévue pour ce numéro a été différée pour des raisons pratiques mais aussi à titre de protestation symbolique, il propose une minute de silence à légard des victimes civiles, kosovares mais également serbes de ce conflit imbécile. Linvitée de ce numéro Paule Domenech, qui a publié 5 recueils à ce jour, offre à Europoésie quatre pages dextraits dexcellente qualité, fortement inspirés par la nature : pouvions-nous savoir / que le passé était en avance ? / Nous sommes morts aujourdhui, / et lavenir se heurtant / à notre porte close, / sen est retourné / sur nos pas dhier. / ( ) Le rosier dhiver/ se débat/ comme une émotion/ sur une mur sans sève,/ ( ) Etonnants, les extraits du recueil Femme du silence, une description poétique, délicate et non dénuée dhumour, de la vie monastique : Toute vie exige obéissance, / la nôtre pas plus quune autre. / Jaime servir, debout / quand mes compagnes mangent./ Notre Mère sen est aperçue / et ne me confie plus / la charge du réfectoire./ " Dieu ne vous demande pas de boiter / quand vous pouvez marcher droit, "/ me rétorque-t-elle. Parmi les 6 premiers gagnants du concours dEuropoésie 1999, je ne suis vraiment convaincue que par le premier prix, Septembre au seuil de François Negri : Le drapé des collines/ Nage vers la mer/ Qui fait son ourlet/ De pierres et doliviers/ ( ) Le chat endormi/ Dans la pendule/ & tout contre lui serré/ Le Temps/ Lil aux aguets./
Une page entière pour Martine Morillon-Carreau, dont les internautes peuvent découvrir. Une écriture inspirée libérée des structures contraignantes de la grammaire classique sur le site du Cahier Interdit. Des extraits de son recueil " Dire " mais aussi de beaux inédits sans titre dont un retient particulièrement mon attention : En proie / née de la nuit du plus sombre de lombre / en proie à la lumière comme un désir/ au commencement était le songe/ et songe appel vers le songeur. Martine Morillon-Carreau développe une démarche originale de " tableaux poèmes ". Ah ! Si elle pouvait nous en faire profiter sur le net ! Pour le reste, pléthore de bons textes ! On peut faire des reproches à la mise en page trop " serrée " mais cest un choix éditorial dallier la quantité à la qualité. Avec une centaine de textes à chaque livraison, le lecteur en a pour son argent. Des noms connus des lecteurs dEcrits vains : Emmanuel Hiriart, Jean-Marc Riquier, André Duhaime, Huguette Bertrand, Claude Hamelin, Xavière Remacle, Jean Paul Mestas (Jalons), Quelques perles de : Claude Aslan (Attentes Les impasses chuchotées ), Jean-Claude Albert Coiffard, et surtout de Paola Pigani : Un jour nous verrons/ entamer nos basiliques/ de fièvre/ les brumes se mariant/ louant la pierre le givre/ un superbe long texte de Jean-François Blavin : Je lance treillis sur corps de/ Phrases/ En tout lieux interdits/ Je meus dirigeables/ Allant malgré le vent / Vers ceux dont le bien unique/ Sinscrit sur lécritoire / Qui perdure. Dans les pages internationales, le lecteur a lembarras du choix, entre lunivers dépaysant de Michel Chevrier (Nouvelle Calédonie) : Le cocotier fou de rage/ se tord le cou/ pour échapper à lembrasement général. / Puis sétonne de ces nuages/ chavirés en un instant du mauve à lencre. le questionnement solitaire du Roumain Constantin Pricop : Je ne sais pas pourquoi on saute comme ça/ dun haillon de mémoire à un autre le lyrisme dArmen Lubin, grand poète arménien décédé en 1970. Enfin, grâce aux textes bilingues, je découvre que la langue maltaise est tout simplement de larabe en caractères latins enrichi de termes français. Quelle surprise ! Europoésie n°22 reçoit Dominique Charpy que sa carrière diplomatique a envoyé aux quatre coins du monde. Dans cette vie bien remplie, il a trouvé le temps décrire et de publier dans la collections " Jalons " quelques petites perles où les thèmes du voyage, de lerrance, sont récurrents : De maison en maison/ dont aucune nest sienne/décidera-t-il que là est sa racine ( ) Les maisons il les a toutes rejetées/Aura-t-il le temps/Dinvestir celle-là dune présence durable ( ) Les joncs senracinent dans les dunes/Rassemblant ce quil leur faut pour vivre/Sous les dispersions du vent/ Poussières du vent sur les routes étrangère/Attente de la marée/Où toute éternité repose Jean LAnselme (né en 1919) qui a tout connu du siècle, après sêtre essayé au dadaïsme, au surréalisme, à lart brut, la contre-culture, lart pauvre, fait aujourdhui léloge du laid avec bonheur (parce que cest avec du laid quon fait son beurre ! ! !) A 80 ans, il saccorde le luxe dexplorer lart con et offre à Europoésie quelques poèmes cons bien sentis qui rappellent les meilleures chansons de Boris Vian, car Jean LAnselme applique un des grands principes de son art : il faut toujours être moins con que lon en a lair. A découvrir : Itsvan Kemeny, poète hongrois né en 1961, et des extraits de son recueil " le H muet ", traduits pas Bernadette Nozarian. Enfin, une page très émouvante, très humaine : celle du coup de pouce qui donne la parole à des personnes en détresse morale ou sociale (prisonniers, malades, endeuillés ) pour qui lécriture est un appel à laide, un moyen de résister à ladversité, de transcender la souffrance. |
Xavière Remacle |