| Décharge
3 rue dAuxerre Directeur de publication : Jacques Morin Depuis le grand chambardement du n°100, Décharge
sassocie aux Editions le Dé bleu et adopte un look plus
" graphique ", plus moderne qui me réjouit. Ce sens de
linnovation esthétique est trop rare dans le monde des revues de poésie dont
certaines donnent à croire aux jeunes que " poésie " rime avec
" ringard ". Le site de la revue (bourré de gifs animés) est du
même tonneau, cest-à-dire : un bon cru http://www.multimania.com/decharge Décharge n°104 Un menu « fêtes de fin dannée » pour ce dernier numéro de lan 99 », avec : En apéritif , les « Inouïes » (nouvelles sélectionnées par Alain Kewes) de Lionel Mazari et de Michel Perdrial qui se passent toutes les deux dans un train, lieu des rencontres fugaces ou impossibles. Un hommage à Yves Martin disparu en septembre
dernier nous rappelle la modernité de son écriture : je ne vous frôle pas. Jai peur de vos villes
sans contraste. Une contrariété et vous appelez le déluge. Vos lubies : plus dures
que du laurier. Dans vos théâtres, je suis le porteur de crécelles. Je ne veux pas vous
suivre. Une seule fois. Trop dangereux. En plat de consistance : le dossier consacré à Isabelle
Pinçon. Durant lentretien accordé à Jean Pascal Dubost
elle témoigne de sa démarche décriture, de ses techniques personnelles (lecture
à voix haute), et avoue très honnêtement que lécole la dégoûtée de lire
la poésie. Pas den écrire heureusement : OE est en situation incertaine entre des parents
incertains et absents mais parfois présent (près de la cheminée en bois) (
) OE
est un prénom provisoire dans très peu deau. (
) E déroule ses bandelettes
à lintérieur de O minuscule chantier le plan est secret affaire tenue secrète. Louis Dubost, revuiste patenté, démontre que la revue est un genre littéraire à part entière
qui nécessite un mode décriture particulier : Jai longtemps déploré que trop de revues
limitent leurs ambitions à publier des anthologie de
poèmes, à promouvoir des poètes déjà promus (
) Japprends
que je ne suis pas la seule à commencer toujours par
la partie consacrée aux notes, aux articles, chroniques, et à sattaquer
ensuite au reste. Une revue doit être certes un support à la création
en donnant à lire des auteurs et si possible de nouveaux auteurs, mais aussi un centre dinformation
sur la vie du livre de poésie, les dernières parutions, les manifestation. Et de sinterroger sur le nom si « prosaïque » de
Décharge, à quoi répond Jacmo, piqué au vif : Je voulais un titre plurisémique, de mitrailleuse
électrique, sexuelle, et bien sûr le sens le plus évident pour les gens en général :
dépôt dordures, déchetterie
Je voulais un titre suffisamment antipoétique pour
choquer, interpeller, aux antipodes sur titre
classique « Florilège » ou Aubépine
Je voulais un titre qui ne laisse
pas indifférent, cri de révolte. Avec au total une part énigmatique, irréductible. Les revues et éditions sont invitées à raconter laventure de leur nom. A bon entendeur Ces chroniques ne sont pas moins animées quun forum cybernétique ! Xavière Remacle Décharge n°103 Dans lintro, Jacques Morin répond aux reproches que lui font des revues amies : Décharge se serait embourgeoisé avec sa couverture glacée, aurait vendu son âme en librairie etc Jacmo insiste : Si Décharge a relooké lemballage, il na jamais fait de compromis sur le contenu. Subsidié, oui, mais pourquoi pas, tant que lon reste libre de ses choix ? Et si Décharge se vend mieux nest-ce pas au bénéfice de la poésie ? Moi, humble lectrice, je peux assurer que Décharge na rien perdu de son originalité et de son punch. Ni dans le fond, ni dans la forme. La mise en page est si dynamique et si agréable que je le dévore à chaque livraison. Toutes ces médisances, cest de la pure jalousie, je vous dis ! Le dossier est consacré à Yves Charnet, le poète de la prose, auteur dune trilogie autobiographique. Dans lentretien qui introduit des extraits de son autobiographie, il se réclame de la " prose lyrique " dune saison en enfer qui tente de faire fusionner la vie et la poésie. Le texte autobiographique se révèle davantage une recherche de lAutre quune complaisance narcissique, tant il est vrai que " Je est un autre " : Je nécris quentre les lignes avec les mots des autres. Jentends parler autrui quand jécris. Lécrivain est un bâtard définitif. Il naît littéralement du lyrisme propre aux autres. " Pour Yves Charnet, la critique littéraire prolonge lactivité poétique, lacte de création : " Le critique tend à devenir dans lacte même dune formulation seconde, ce sujet dont le livre fabrique la fable. "
Dans le " choix de Décharge " je repère Alain Girard, et surtout la poésie " élaguée " de Guy Picque qui pèse ses mots : Du ventre / vide au monde/ Paissent des cris/ Des plis/ A contre craie/ La honte/ Sélargit.
J.P. Georges continue sa " chronique du moi " trouée au vitriol : " je fais une crise de lucidité qui passe moins vite que dhabitude, je minquiète, et si ce nétait pas une crise mais un état, létat de choc. " " La poésie nest bien nulle part, elle gêne en prose et elle agace en poésie ".
Alain Kewes met le doigt sur la condition décrivain : " Lété, lécrivain fait provision de mots et démotions. En vacances, il ne cesse pas un instant dêtre écrivain. Puis vient septembre et il redevient prof, institut, médecin ou plombier. "
Mon coup de cur : le POLDER (recueil inséré) qui édite cette fois-ci Infarct , linénarrable journal du patient Jean-Pierre Lesieur, ou lhôpital vu par les yeux dun poète. Quand il ne reste plus que les mots et lhumour pour échapper à la machine médicale. Si tu bouges, ça sonne/ Si tu bouges/ Ton petit cur tressaute/ encore/ dans la poitrine de linfirmière/ ( ) Jessaie de lire mon avenir/ dans les paroles des spécialistes./ Qui mexpliquent/ ce que je ne comprends pas/ sans y comprendre plus./ ( ) Lève le mystère une fois pour toutes/ De tous ces fils / De tous ces tubes / Qui se croisent dans tous les sens/ Comme des veines/ ( ) Japprends la mort au fond de la vie/ Fais des projets avant de rire/ Sans bien savoir où ils iront./ ( ) Mont retiré une perfusion/ je peux écrire de la main droite/ Ca tombe bien/ je suis droitier./ Tous ceux qui ont fréquenté lhôpital de près ou de loin y reconnaîtront du vécu. Jai relu plusieurs fois, cest moderne et vrai. Xavière Remacle
Décharge n°102 Un hommage collectif à Georges Léon Godeau, le poète de la prose, décédé en Janvier 99. Parmi ses textes inédits, un extrait de mon préféré : La boulangère a écrit un livre. Elle la publié à son compte, elle la mis sur son comptoir. Seuls le aveugles ne le verront pas. Cest mon cas Un poète populaire ? Son recueil " Cest comme ça " sest vendu à 30 000 exemplaires au japon et a été traduit en russe. A (re)découvrir aux Editions du Dé bleu. Aux millénaristes angoissés, je conseille la lecture des ruminations de Vercey qui décide pour des raisons dorganisation de lan 2000 que lheure du grand soir est suspendue et la révolution reportée à une date ultérieure (toutefois une permanence est organisée les mardi et vendredi de 14h à 16h ) Un spécial Claude Burine (Rougerie, Gallimard, St Germain des Prés), interviews et textes inédits. Une poésie paradoxale : des mots daujourdhui pour un univers " désuet " : Va faire tes broderies ailleurs/ Tes nappes dautel/ ( ) Vous ne faites rien/ que courir les roses/ laver les faïences/ essayer de leur rendre/ le bleu que lusage enténèbre Claude Burine revendique une poésie " branchée vie " , une poésie moderne qui sent bon la campagne : Une pratique très contemporaine du décalage en somme.
Pierre Autin-Grenier (voir le site du Matricule des Anges http://www.oike.com/lmda/mat ) signe une nouvelle inédite qui règle leur compte aux Adventistes du septième jour. Dans sa rubrique, " A lil nu " Alain Kewes fait écho à lédito de Xavière Remacle (Ecrits vains avril 99) et alimente la réflexion sur les raison décrire (les bonnes et les mauvaises). Il conclut avec Baglin que la poésie est une écologie : Recyclage et valorisation. Mon coup de cur pour son dépouillement sublime: Le sourire aux anges de Yves Humann : Pléthore des écrits/ prétexte pour nécrire pas/ puis prétexte décriture/ écrire enfin-/ la vanité décrire. ( ) A lécart / de ce qui se joue/ on éprouve/ le peu qui reste. Xavière Remacle Décharge n°101 les notes de lecture assurées par Jacmo (Jacques Morin) sont très fouillées : elles occupent une grande partie de la revue. Une rubrique spéciale donne régulièrement la parole à un revuiste, cette fois-ci Christophe Forgeot, fondateur du " Matin déboutonné ". Alain Kewes salue avec beaucoup dhumour dans Chroniques de la toile appelée " araignée " (le ouaib si vous préférez) lenthousiasme pionnier des webmestres et des sites poétiques qui lui rappelle lépoque idéaliste des années soixante. Il lance un appel aux nouvellistes pour sa rubrique " Linouïe de " Je suis impressionnée par la démarche très " expérimentale "de Sabine Macher qui ne rentre dans aucune catégorie connue. Décharge nous présente des extraits de ce quelle appelle un " journal " où elle relate le quotidien pour témoigner de la beauté du banal. Le résultat est étonnant, absolument original : Les mégots forment un triangle plat dans le lit des cendres. Je ne regarde pas derrière le rideau mais je suppose quil ny a pas de lune. Un poème " con " de Jean LAnselme : la mort de la machine à laver. Au chapitre : le choix de Décharge : beaucoup de textes courts, quelques poèmes parmi lesquels je remarque celui de Eliane Bélaud et de Claude du Peyrat : jétais labsent qui balbutie/ sur une note musicale insatisfaisante |
Xavière Remacle |