| Comme
ça et autrement
|
Comme ça et autrement Une revue qui affirme haut et fort que même si les choses sont comme ça, elles pourraient être autrement. Une revue qui ose linclassable, où sestompent la frontière entre la prose et la poésie. Une revue qui édite également les livrets de " limpertinente ". Tout un programme |
Comme ça et autrement n°21 Je voudrais tout citer tant larticle est intéressant mais je me serais bien passé des allusions à lésotériste René Guénon dont japprécie peu lantimodernisme douteux. En prose, Sylvie Huguet décrit avec talent une société soumise à la dictature de lorthographe (Lépreuve). Dans la rubrique critique, je regrette le temps où J.C. Belleveaux dispensait des curs à ses revues préférées. Xavière Remacle Comme ça et autrement n°19 Un très bon numéro, fait pour vous convaincre de vous abonner, même sil a renoncé à la polychromie (pour cause de sous ). La chronique des revues documentée et approfondie pratique un classement " coup de cur " dont lesthétique me rappelle lancienne époque dEcrits vains : trois curs pour Pris de peur et Décharge, deux pour Parterre Verbal et Poésie Première. Je suis sur la même longueur donde. Jean-Christophe Belleveaux annonce la naissance dune nouvelle revue de poésie belge : Bleu dencre. qui va bientôt avoir de mes nouvelles ! Disséminées dans le numéro, des encres de Patrick Guallino dont jadore le style " gribouillages denfant " et dont japprécie le sens de la composition. Pour les bons textes, on a lembarras du choix. Mais, plutôt dans le genre " autrement " que " comme ça ". Le plat de résistance, ce sont les 11 textes de James Sacré, bien sûr, poésie enracinée dans le paysage de la Caroline du sud. Mais les entrées, les entremets et les desserts ne sont pas mal non plus. Pierre Garrigues " Lumières ", Roger Lahu " Le décor à lenvers " ou les aventures de la Théorie Dla Poésie, Erich von Neff et des extraits inégaux de La vendeuse de ballons rouges, où le meilleur me semble être : Lours brun traversa pesamment la route/ me dépassa/ Dépassa mes traces/ Dépassa ma signification/ Dépassa mon moi sans nom/ Toujours Dominique Balaÿ que japprécie de plus en plus : Ne serons-nous jamais quà nous/ laisser/ envahir/ ou tenter de contenir/ lopacité dun fait/ Le fait dun corps et le fait dun lieu/ Opaque/ le réel/ au point où le réel ne réclame que lui-même,/ ne crie quaprès lui-même/ la consistance des flaques/ Christian Plumecoq a compris que Les jambes se fatiguent plus vite que la pensée. Ce ne seront donc pas elles qui nous mèneront plus loin, plus loin en nous. Et pourtant jen ai déjà vu dont les jambes allaient plus loin que lesprit ! Phan Kim Dien, envoie une bouteille à la mer depuis lHôtel-Dieu où la conduit une intoxication médicamenteuse. Deux très beaux textes de Marie Mélisou, en particulier Galop gravite : Morte plusieurs fois comme vous/ aujourdhui odieuse/ jai oublié/ dabaisser mon pont levis/ Mais la cerise sur le gâteau, cest incontestablement, le texte de René Agostini, un texte sans titre, entre poésie, carnet de route et réflexion philosophique : On ne devrait lus dire occidentaux mais occidentés/ A quoi bon écrire si plume nest point dard/ de choc, de percussion dansante/ Si plume na point dyeux/ de Crotale percussif, de scorpion calligraphe ou de Naja princier ;/ si le sable et largile, modelés en / poussière, / se posent sur le Vent et tournoient/ dans les dunes aux oasis, se noient ? Xavière Remacle Comme ça et autrement n°18 Pour lillustration : une couverture " érotomane " de Nico Miteran, (tant pis pour vous, jai pas de scanner), de beaux tableaux poèmes dAnne Cacitti.. Une interview de Jacques Josse, écrivain, revuiste et éditeur. Dans les trois collections des Editions Wigwam quil dirige, il défend une ligne éditoriale contemporaine, éclectique et sans chapelle. Dans sa revue Foldaan qui a duré la vie éphémère de huit numéros, il voulait susciter la rencontre entre écrivains, poètes et plasticiens. Comme ça et autrement propose de cet auteur deux extraits qui sentent la bière et le tabac. On retrouve des noms familiers : Cung Giu Nguyen, Jean-Michel Bongiraud, Jena lAnselme, Alain Kewes, Slaheddine Haddad. Le bestiaire de Jean Michel Bongiraud (Le cou de la girafe) est dune troublante actualité après lépisode de la vache folle et des poulets dioxinés : Les urbains sopposent aux ruminants/ Ils boivent du mauvais lait/ se contemplent par excès/ par défaut oublient la vie/ ( ) On vit dans un champ barricadé/ les uns sont poussés contre les barbelés/ les autres pataugent / ( ) sa chair est notre met. Son sang notre vision./ On appelle ça un sacrifice. Un hymne à la vie. Mon coup de foudre : Il arrive ce quil arrive, un beau texte " jazzy de Dominique Balaÿ " sur le thème de lexpulsion dans le peu dinterrogation qui subsiste, dans le peu disponible de moi-même/ je rassemble mes affaires. Derrière un style " lapidaire " qui va à lessentiel, la recherche de la mélodie, de la note juste, des références musicales intéressantes. Lorenzo Soccavo raconte (sa ?) vie en cinq strophes plus ou moins rimées. On pense tout de suite à William Cliff et son autobiographie en alexandrins. Il est bien à plaindre ce Pauvre garçon. Lhystérie maternelle mavait / Saccagé. Je mastiquais mon herbe comme un veau/ Châtré, rêvant corridas en Espagne et filant doux vers/ Labattoir. La peur comme une plèvre, comme une fièvre./ Lécole mavait abruti. Beaucoup dégueulé de diarrhées après/ Une plante malsaine germé en moi, javais mal au ventre / Je tombais dans lécriture. Pauvre de moi ! Pauvre con de moi ! Voilà comment on devient écrivain ! Les poèmes en version bilingue dAllison Eir Jenks (traduction de Régis Maurois), Isabelle Voisin qui crie la souffrance de lenfermement en milieu hospitalier, une ambiance de " Vol au-dessus dun nid de coucou ". La revue fait 85 pages, je ne vous en donne quun avant goût. A conseiller aux amateurs décriture " contemporaine ". Xavière Remacle |