"Lettres
du jardin" d'Armand Monjo est une édition
posthume de très beaux textes de celui qui fut cousin
de René Char et aussi un grand poète.
Par touches successives et circonvolutions, Armand Monjo
décrit la vie et la mort du jardin en été,
avec en creux, l'absence de son double, de sa femme, qui se
dessine jusqu'au cataclysme de l'orage.
Il parle du jardin bien sûr... et puis ?
"Nous
savons
déjà que demain matin chaque flaque sera soleil
ébouriffé,
que le soir, l'orage oublié,
il suffira d'une fenêtre ouverte pour tenir la lune
dans le creux de la main
(comme un fruit vert)."
"Dans
l'air embrasé,
des souvenirs de nous vibraient vers le haut,
plus étroitement enlacés qu'
ipomée
ou
volubis.
(...)
Mais dans ce coin du jardin
où ne pénètre jamais le soleil,
l'ombre du tilleul abritait toujours l'interrogation
humide
des fougères ..."
"Cette
trop longue canicule nous épuise.
Malgré mes arrosages, les fleurs sont pressées
de vieillir ...
Dans la campagne,
l'herbe trop sèche explose en sauterelles.
(...)
Mais
on sent quelque part que les dés sont jetés.
Et le coeur n'y est plus ...
La fêlure de l'air est en nous ..."
" Le
feu de bois craque, ronchon.
Le chat, cercle parfait,
épouse son coussin,
lové dans son secret.
Il sait que je t'écris ;
il lève la tête,
nous nous regardons en silence :
nous pensons que bientôt, dans la maison vide,
la pendule
va s'arrêter."
Mais
tout en définitive se résume en cette phrase
splendide :
"La
loi
c'est qu'il faut vivre à corps heureux."