Poésie
et amour s'incarnent nécessairement dans un étrange
corps étranger. Que savons de l'amour, que savons-nous
du poème si ce n'est cet appel vers une aventure dont
nous rêvons qu'elle sera unique. Unique oui. Mais pourquoi
ne serait-elle pas partagée ? Partager, ce n'est pas
donner une part de ce que nous avons en commun mais bien d'offrir
une part de ce que l'autre n'a pas et qui va, par une précieuse
alchimie s'agrandir et résonner au plus intime de l'un
et de l'autre.
Ce
que nous proposent Julie Bataille et Yves Ros est de cet ordre :
être à l'écoute l'un de l'autre - et par
là même des autres - afin de recueillir et d'accueillir
toute vibration, tout frisson, tout plaisir d'être, d'aimer,
de penser, de créer. Pour y parvenir, ils doivent passer
par la voie qui seule les anime, celle de l'écriture.
Il
faut souligner l'importance de l'écriture poétique
dans cette démarche qui soutient totalement l'ossature
de cette expérience, qu'ont deux êtres, d'entrer
en osmose créative donc en synergie. Deux êtres
de sexe différent, une femme, un homme mais ne pourrait-on
pas imaginer qu'un même processus vaille dans l'absolu
?
Pour
Julie Bataille et Yves Ros, il semble qu'il y ait une proposition
d'un nouveau romantisme, un romantisme de la raison, de la rigueur,
de la distance. Magnifique tension que cet équilibre
entre la transparence et la densité, entre l'émotionnel
et le rationnel déchargés de tous les tabous et
de tous les renoncements enchaînés au sexe : fille
tu seras silencieuse, homme tu seras sans larmes... L'un et
l'autre pleurent, rient et exécutent. L'une et l'autre
rêvent d'un autre être qui dirait : « Viens
! regarde : tu fais déjà partie de mon rêve.
Écoute. Je vais te raconter... »
Déjà
dans leurs rêves, déjà dans leurs corps,
ils s'appartiennent au vibrato le plus aigu, aux souffles qu'ils
font devenir nôtres dans les mots, dans le poème,
dans la jubilation du verbe, dans l'entremêlement de nos
émotions : « je
chante avec toi un devenir de tresse » nous
dit-on.
La
conjugaison de deux êtres peut apporter l'harmonie, pas
forcément sans cris, pas forcément sans heurts,
elle peut introduire Un coup de dés [qui] jamais
n'abolira le hasard et tirer «
Les phrases au sort » pour mieux en capter
le mystère : jouer couler, ou bien, joué
gagné.
Mais
au-delà de cette volonté d'approcher au plus intime
le ressenti de l'autre et des échos engendrés,
il y a bien deux écritures pour un seul chemin poétique.
Deux cœurs, quatre mains, au battement et au rythme du
poème. « J'aimerais
vous connaître avec ma peau » entend-on
en écho, mais aussi avec tes mots et ton tremblement.
Car
ici, la poésie est le lieu privilégié du
langage vernaculaire utilisé par une communauté
de deux individus qui vivent une aventure particulière
; à nous de nous faufiler dans le texte, dans le sexe
du poème, dans la mesure où nous voulons vraiment
le reconnaître. Gardons en nous la grâce de fréquenter
l'inconnu et le mystère pour explorer ce double sensible
qui nous met dans tous nos «
États de charme ».
Monique
W. Labidoire
À
l'occasion du lancement de sa nouvelle collection États
de charme et dans le cadre du Printemps
des Poètes, la Librairie-Galerie
Racine ainsi que
Julie
Bataille
Jean-Marc Riquier
Yves Ros
& Elodia Turki
sont
heureux de vous inviter 23 rue Racine 75006 Paris, le Mardi
18 mars 2003 à partir de 17 heures, aux signatures-lectures
des deux premiers recueils de cette collection :
ÉTATS
DE CHARME
de Julie Bataille & Yves Ros
QUE
PASSE UNE FRAÎCHEUR
de Jean-Marc Riquier & Elodia Turki
Huit
couples de gouaches originales de Jean-Marc Riquier, créées
sur le thème "Épode
& Musaie" pour l'ouvrage de Julie Bataille
et d'Yves Ros, seront présentées au public.

"Épode
1" & "Musaie 1"
© Jean-Marc Riquier

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