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" Le voyage intérieur que nous suggère d'entreprendre
la sagesse d'Extrême-Orient est peut-être la plus saine et la plus
passionnante des aventures. Selon l'expression des sages, nous
abordons l'autre rive de l'océan de l'Etre au coeur de
nous-même." Là se révèlent des horizons inconnus où le divin et
l'humain sont une même clarté.
Robert Linssen, Le
Zen 1969
Je viens vous
convier à la lecture d'un recueil poétique, Images d'Asie et de femmes que son auteur
Georges Friedenkraft sous-titre "Poèmes pour l'exotisme en amour".
Une cinquantaine
de pages regroupant des écrits pour la plupart déjà publiés en
revues ou dans des recueils. Dans son avant-lire il nous explique
que ses textes sont souvent écrits dans des formes asiatiques ou
proches de l'esprit asiatique. En effet, il y développe le haïku (ou
haïkou), le tanka, la renga mais également le monostiche (poème en
un seul vers) qui rappelle l'esprit du haïku japonais :
De ta bouche,
oh geisha, coule un lait de chansons
La patine du
temps sur le bronze des bonzes
Ces poèmes sont
liés au bouddhisme Zen et à son chemin
spirituel.
L'auteur Georges
Friedenkraft est né en 1945 et habite Paris. Chercheur
scientifique, il a beaucoup publié, notamment aux éditions de
l'Olivier, chez Poésie Vivante, le Charbon Blanc, Peccadilles etc.
ainsi que dans diverses revues. Sur Ecrits... Vains ? nous avons eu
le plaisir de le rencontrer lors de sa participation à Eros en
poésie. Poète et scientifique, il a aussi longuement
collaboré à des revues poétiques - surtout en Extrême Orient.
Il a traduit des poèmes japonais du XVIIème siècle. Enfin, il est
marié à une journaliste dont le pays d'origine est la Malaisie...
Son histoire personnelle permet sans doute une approche plus en
profondeur de l'esprit asiatique :
MALAISIE
Pour ma femme,
pour son pays
1
L'orchidée qui
t'avait vu naître
s'est muée en
poignard d'étain :
d'avoir dà» quitter
les pastèques
au jus de sang
entrelacées
d'oiseaux aux
plumes éclatées
sur l'étang vert,
temple du ciel
miroir d'été,
d'avoir perdu
ton corps, vierge
pays, j'ai mal !
...
Je suis heureuse aujourd'hui de vous
présenter ce recueil car l'écriture qui s'y donne compose une
musique dérivée d'un ailleurs, en Extrême-Asie. On y entend un peu
d'exil. Dans le recueil, les textes plus spécifiquement occidentaux
sont présentés en italique, comme légèrement décalés :
MING ET
MELUSINE
Ming et Mélusine
ont percé l'humus
entre les lotus
et les aubépines
Leurs deux voix
cousines
ont la même ardeur ;
une même odeur
d'ambre, de résine
Drape leurs narines ;
l'Orient, l'Occident
fleurissent leurs dents
de deux églantines
Ming et Mélusine
bras entrelacés
sont venues chanter
les mêmes comptines :
D'Europe ou de Chine
joignons nos dragons !
hybridons nos lions !
mêlons nos farines !
Ouvrons nos
vitrines
rivages
jumeaux
joignons nos
cerveaux
et nos étamines
!
Soeurs, elles
dessinent
sur les champs
rieurs
un monde
meilleur
Ming et
Mélusine
Le
poète entame une méditation, une rêverie reliant la civilisation
extrême-orientale à la pensée occidentale. Le résultat en est
la prosodie, cette métrique où les vers prennent du relief et
tranchent. Surtout si on les compare à la tendance poétique
actuelle qui va plutà´t dans le sens d'une simple césure d'un texte
essentiellement prose, croyant le transmuer en poème par des
retours à la ligne à moindre frais. Là , c'est tout
le contraire. Le poète travaille la forme du poème très
précisément. On sent chez lui la connaissance du terrain
poétique, l'importance d'une quête de l'harmonie à travers la
tentation de sa perfection formelle. Des alliances de mots fort
originales :
Pieds nus dans le
tombeau sonore
Des
allitérations réussies et surprenantes :
Dans
l'enfer fléchi des glaciers
L'auteur a
le sens du vers, de la sonorité. Dans cet amour, on sent la pression
profonde de l'érotisme :
L'or noir
de ton sexe (Tankas entre tes draps)
*
Je glisse
vers toi
débarrassé
de ma bogue
comme une
pirogue.
Entre les
racines
les
coquillages géants
ton pubis
en feu.
( Dans
HAÏKOUS )
Georges Friedenkraft cultive les trouvailles
surprenantes :
La nuit secoue
ses grands jupons (dans Etreinte)
*
J'ai rêvé de
hautes collines
tendant leurs
lèvres aux nuages (Dans Exil intérieur)
*
D'autres
rêvent d'être flammes
moi j'aspire à
l'hibiscus (Dans Danse du Têt)
Et au long de ses textes il sème des noms, mots
et phrases voyageurs... L'orchidée, le lin des
lianes, la caresse des moussons, Bornéo, Singapour, les plages de
Java, le thé, Tokio... Une invitation au voyage, son "
rêve par delà l'horizon
"

Je
résumerai ainsi : une belle maîtrise du vers, de profondes sonorités
qui résonnent à nos oreilles intérieures, la mise en musique verbale
d'un amour, d'un érotisme imprégné d'esthétisme et de mots
orientaux. D'où parle le poète ici ? D'un lieu où il a rencontré une
réalité qui fusionne avec son rêve, jusqu'à la charnelle expression
d'un érotisme exotique. Un rêve palpable, discible. Alors le poète
l'a posée là , dans ses vers. Les textes sont nés. Je vous invite à
le découvrir si vous ne le connaissez pas encore.
Mireille
Disdero
Georges
Friedenkraft, chapout@ext.jussieu.fr
Images
d'Asie et de femmes
Poèmes pour
l'exotisme en amour
10
Euros
La Jointée
Editeur,
146, rue du
Point du Jour - 92100 Boulogne - Billancourt
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