Une photographie de Mari Mahr

Le sacre du printemps

 

par Marie BATAILLE


Gong lancinant des frénésies latentes
dans l’aube de première haleine 
S’avance la Très Pure 
pâle et nue sous sa toge blafarde
Entrave des chevilles aux chaînes cousues d’or
S’avance la Très Pure… l’Intouchée…
offerte au Renouveau.
Harcèlement des crécelles sauvages et des tambours du bruit 
Folie de ronde en feu d’offrande
à l’autel du vertige
Le cœur de la vierge frappé 
et bu son sang par le grand prêtre des augures
Et autour d’elle, tout autour,
Tourne la danse hallucinée, 
danse abreuvée du sang versé,
miel incarnat en mille gouttes :
pavot éclaboussé sur toges de printemps.
Voilà le ciel voilé du Renouveau grinçant 
dans ses roues de carnage.
Et la rançon s’effeuille
aux tons de sucre du Printemps 
des mille fleurs cueillies 
dans la sève des vierges

Mais déjà 

Les Ménades s’en vont en fouettant leurs griffons 
rejoindre au loin le bleu qui scelle le rivage.

La vierge dans ses pleurs a rosi des fleurs d’eau. 
Marie BATAILLE