CHARLES COLONNA-CESARI

Indépendamment du comité de lecture en poésie et avec l'accord de ses membres,l'un ou plusieurs d'entre eux vous parle ici de son coup de coeur pour un auteur, une écriture, des textes que nous croisons ici, sur Ecrits... Vains ?

 

Aglaé Vadet vous présente son coup de coeur pour le poème de Charles Colonna-Césari , auteur que nous avons souvent publié dans notre librairie:


 Amouramor

Arrêté l’amour

Sans faim ni soif

Sans la douleur

A mort

Cent fois dans la langue pillé

 Sans un mot

Sans autre fin

Usé

 « Tel qu’en lui-même enfin »

 

Dans mon sang qui n’est rien que la poudre à venir des drains de satin noir

Dans la rouille d’une terre égale à l’infini

Cet organe du cœur

De la pierre qui se donne sous le ciel sans égard

Le songe passager qui n’apporte qu’un gel

Que pluies et vents de rien

Vents de nuits de toujours à la fin parsemés

Parmi des heures qui comptent au mot à mot

Les mêmes  petits riens dans la marge tracée de nos rues funambules

Désertées d’âmes en peine  

Tranquilles  froidement

 Qui courent se damnent et déambulent et se déhanchent

Se tordent s’en torchent de nos mots

 Plus qu’elles n’en veulent  n’en volent  et s’en tapent et s’en tirent

 

Les pauvres âmes

 

Loin de nos nuits

Avides et térébrantes

 

Délaissées par les chiens qu’enrageaient les vivants

Tirant des longes de luxure d’étoile éteinte à quatre épingles

Vers la fosse où s’enlise un orchestre en fanfare

Qui joue des dieux d’argile à la tête trouée

Dans la bière et le fard des cuivres renommés

 Les rats chauve-souris mangent du cœur bouilli   

Sous les tôles funèbres d’un Port Aviation

Chauffées à blanc comme neige au soleil

 

Les masques pétrifiés des trouvères sans diaule

Recouverts d’un acide aux fringales du vent

Dans les cylindres noirs de nos tympans crevés

La mascarade ambrée d’une saison déterre

 

S’endorme le poète endormi dans sa mort

 

Damnez nos  âmes

S’il en reste quelqu’une

 

Pauvres soldats

Si nous ne sommes que de la merde

 

Qui comptera les jours

Près d’un fort militaire tous les chevaux crevés

Aux chenilles d'un temps qu’écrase l’ordinaire

Les beaux jours de mouchoirs qu’ensanglantent leurs mains

Dans les trains sans retour les derniers insoumis

 

Ne restait plus pour l’homme qu’un peu du pain pierreux

Le quart et la mesure d’un grand festin de boue

 Les moules de ferrailles extraites des litières

Et ce levain du soir de la haine rougeoie

Sur les brèches des dragues imbriquées de leur sang

 

S’endorme le poète endormi dans sa mort

 

Les vieux buveurs sont là tout tremblants de vermeil

Devant le festin froid des viandes au crâne lourd

 

Et de la coupe aux lèvres on bave

 

Levant le verre à des ethnies perdues

 

Et ce goût d’éternel aux lèvres de vos fiels

Marque le vrai sourire aux sourires d’enfer

 

Tout se joue sans férir sans jamais crier gare

Tout défile toujours à petits pas de chien

A petit pas de rien de la marche forcée

 

Qui comptera les jours

Ton sourire dans le froid juste avant le sommeil

Tout recommence toujours

D’un petit mot de rien à petits pas de chien

 

  Sanctuaire aux porchers de vos mânes de fiente

Recrachant un enfer aux ciboires initiés

 Messes noires

Des bas fonds de coursives

Les sigisbées les néophytes

Et  tous les sybarites en cortège royal

 S’encornent dans la nef

Au désir lancinant des gloires contenues

A force de gober dans le temps consterné

Tant d’espoirs en gelée

 

Tant d’escarres tant d’amères ventrées

De monuments de mots qui servent de tombeaux

De charrues de terroirs à l’Ankou rigolard

Tant de moissons d’aveugles chars

 

Des petits mots d’amour qui ne démêlent rien

 

Dedans son été noir et coloré d’or gris

Un nuage ou l’azur bientôt noir d’être noir

Cet étrange bonheur fatigué d’être nuit

Descendu d’un  vitrail d’un éden au tiroir

D’augures déjetés le tiède dégueuloir

 

Qui comptera les jours

 

A petits pas de chien

Qui n’ont  plus rien que rien

Que la mort de la mort

Tout recommence toujours

D’avoir mal d’être mal

D’être sans fin la mort