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AGNES SCHNELL Indépendamment du comité de lecture en poésie et avec l'accord de ses membres,l'un ou plusieurs d'entre eux vous parle ici de son coup de coeur pour un auteur, une écriture, des textes que nous croisons ici, sur Ecrits... Vains ?
Guillaume Cingal vous présente son coup de coeur pour le poème d'Agnès Schnell : Une véritable "voix" dans la sélection de ce mois. Un beau poème, qui parfois se perd un peu dans ses propres méandres, mais ne s'y dilue jamais absolument. J'ai été séduit par le rythme, les choix lexicaux, souvent subtils. Poème
à crier ! à Simone et à toutes les femmes
Tant de fois tu as consolé écouté tant de fois tu as été le nid qui repose celle qui offrait la conque de ses mains pour protéger la flamme naissante pour élever la tige trop frêle ou redresser l'instable.
Tant de fois tu t'es tendue vers le manque vers
le vide vers ce qui t'effrayait tant tant de fois tu aurais aimé être bercée.
Voici de ta chair des fruits humains et tendres à protéger à
caresser toi qui cherches encore où faire halte. De ta chair des fruits secs aussi et morts et tous ces mots jetés expulsés par dérision alors que c'est le noyau que tu refusais et refuses encore..
Ce besoin de l'autre qui te prend malgré toi ce besoin qui te brûle les reins ou
le cœur ou l'âme quand tu y crois te submerge trop.
Un mot seul pour te dire, dénudée toujours et encore dépossédée envahie…
Ce n'est peut-être qu'illusion un voile
une buée un jeu dans le miroir un passage du dedans vers le fluctuant.
Ce n'est peut-être qu'une partie de dés contre soi-même une partie pour durer dans l'inhospitalier un jeu noir sur un damier vide une terrible partie avec l'absolu.
Tu vas ainsi à tous pareille tu vas ainsi que vont les hommes poussant lentement ce qu'ils espèrent eaux calmes et n'est qu'entraves et pièges. Arbres parmi les arbres puissants ils recherchent l'étreinte ils nouent leurs questions à d'autres questions. Ils ne sont parfois qu'une toute petite voix d'enfance toujours étonnée toujours apeurée.
Le poète se trompe ! Il n'y a pas de source dans les regards ni d'anges si ce n'est de pierre. Il n'y a pour toi que ce jeu infernal d'ombres et de lumière il n'y a que toi qui cherches et te déchires, ennemie de toi plus que les autres.
Déchirure les barbelés intimes déchirure la flamme que même l'eau avive déchirure la peau affolée et la faim comme un gouffre déchirures nos mots que nous glissons sous l'aile des oiseaux.
Un jour peut-être la nausée ne sera qu'oubli un peu de brume entachée que l'on rejette d'un souffle.
Alors se dévoileront toutes les fractures et les contraintes qui trop longuement s'opposèrent. Tu pourras révéler ta longue quête d'un lieu durable, un lieu humain à ta mesure.
Un lieu ? Là-bas sur la route… derrière le miroir peut-être où rien ne peut mentir un lieu, enfin !
Car ainsi vont les hommes d'un pas vers un autre pas jusqu'à l'enlisement jusqu'à l'épuisement toujours à la recherche de la terre promise.
Tu as bercé tant de fruits les tiens ou d'autres trop grands parfois pour tes mains, trop exigeants.
De nouveau si proche cette brûlure de l'absolu invasion fulgurante espérée qui te grandit et te porte qui mène ta main vers des calligraphies inconnues que tu ne voulais pas voir. Tu te replies vers ton silence vers tes secrets c'est là que tu habites le mieux.
A vif toujours et encore à vif à découvert, dénudée. Le chemin se traînait dans la lumière perdue le chemin s'égarait et tu l'ignorais.
Les voix se mêlent insoumises
taiseuses des voix se mêlent à la tienne tu n'es plus seule tu ne portes plus seule les mots arides et brefs que tu aboies quand tu aimes.
Entre les lignes entre les mots tu ne sais plus où est toi où est l'autre. Des mains s'offrent et vers les tiennes se tendent et t'invitent à t'apaiser. D'autres derrière ne sont que griffes prêtes à lacérer.
Il est des soirs où tu alignes tes pensées tu sais que cela est vain mais l'espérance te ravive et te montre où creuser. Tu comptes alors les jours où le soleil brillait jusqu'au dedans tu négliges tes saisons mornes où ce que tu touchais n'était que cendres et loques.
Il est des soirs où ta vie te parvient de si loin qu'elle semble un écho las de se répéter. Le familier devient alors étrange et si vide que fuir te paraît la seule façon de vivre.
Tu partages ton coin de désert avec l'étranger de passage. Il a su entendre en même temps que toi le bruit du ressac la mer lointaine. Tu partages avec celui qui te parle à peine. Sa langue à d'autres courbes et même des ailes que la tienne a oubliées.
Il sait ton besoin de silence il sait la vague qui brûle tes rêves il a connu la même. Il sait les ponts soudain traversés pour une touffe d'herbes sauvages parce qu'elle ressemble à une autre
d'une autre terre d'un autre temps. Il sait les cartes étalées et l'œil qui hésite qui ne peut reconnaître le lieu le murmure et l'impatience qui grandit dans l'oubli des origines.
Il devine alors que l'eau des sources et la terre et tous ces gestes multipliés sans cesse répétés couvrent à peine l'appel du fleuve qui bat en toi. D'autres n'ont pas résisté. Elles ont écouté l'appel elles ont répondu au fleuve.
L'étranger est trop présent déjà et son regard te dérange ainsi que sa voix.
Venue de nulle part tu rêvais d'un quai toujours désert toujours humide où rien ne t'attendait tu rêvais de branches mortes et de nids désertés. Tu rêvais… ce ne fut que rêve unique !
Tu as bercé tant de fruits trop froids pour toi. Ils n'ont pu te retenir ni retenir la menace de tes cyclones.
Le temps les portes se ferment les maisons se fissurent. Tu as longtemps cultivé tes abîmes tu attendais les soirs denses où seuls le silence et ton âme parleraient. Mais échappe t-on à soi-même ?
Ah ! Ne laisse pas se rompre ce fil qui relie sans appuyer ne laisse pas se perdre la voix qui appelle. Tant de fois tu as consolé écouté et voici que le manque te blesse et l'absence ivresse barbare pour ta soif toujours trop grande écrasante.
De ta voix appuyée tu cries pour dominer la marée. Avec le jour se lèveront d'autres évidences… Espoir que la nuit que ta nuit a une fin. Tu as toujours rêvé d'un pont ou d'un quai désert humide
maussade où malgré tout on t'attendait. Tu as toujours rêvé d'un pont dont tu ne voyais ni les piles
ni l'issue.
C'est de tes fonds lointains de ta terre sans étoiles que ta voix aux autres se mêle. Offrandes de lambeaux et de hardes offrandes de linge et de sang treize fois corrompu arraché à de trop humaines blessures. Offrande d'une voix la tienne qui n'a pour fin qu'un commencement un retour vers une aube nouvelle.
août 2003
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