Jean-François Roger. Un poète que je vous ai déjà présenté, il y a
quelques mois, à l'occasion de la parution de l'un de ses derniers recueils, aux
éditions Editinter : Résidents du soleil.
Je lis et relis les derniers poèmes inédits qu'il a bien voulu confier à
"Ecrits
vains ?"
Devrais-je dire que sa plume est toujours fidèle à elle-même ? Je le pourrais, mais ce
serait " mentir un peu " - oui, les guillemets s'imposent pour cette dernière
expression que j'emprunte sans vergogne à Claude Aubry, ou plutôt à
l'une de ses très belles chansons. - Ce serait "mentir un peu" parce que
l'écriture de Jean-François Roger s'est parée d'autres couleurs. S'il
était peintre, je dirais qu'il s'est composé une palette encore plus riche, plus dense,
plus originale, c'est-à-dire plus personnelle encore. Moi qui prends tant de plaisir à
pasticher les écritures, tant par jeu que par défi, je ne m'y risquerais pas. On n'imite
pas si facilement la beauté pure. Pourtant, la tentation est grande. On se
dit : "quoi ! il suffit de contempler la nature autour de soi ; d'entendre la voix du
vent avec une oreille neuve et plus attentive ; de regarder l'eau et les jardins avec un
regard plus intérieur ; de placer dans cet espace-source une figure féminine et de
ciseler finement l'exacte adéquation des âmes qui se traversent ; d'attendre que le
temps lève, comme dans une maie, des germes neufs, prégnants, pour enfanter du texte où
la musique se contenterait de porter l'aérien infime
."
Eh bien ! non. Cela n'est pas donné à tout le monde. Alors, on se console en se disant
qu'après tout, rien n'est perdu, puisqu'il nous le donne. Tout arrive porté sur des
ailes d'oiseau. La preuve : A peine un frémissement
d'aile / dans le verger rouillé / allume-t-il une première lampe.
Avec Jean-François Roger, c'est bien simple, on entre très naturellement dans la magie.
On se retrouve, sans y penser et sans en avoir soupçonné le plus petit bruissement, dans
le matin du monde. Sa poésie se cueille, mot à mot, secret après secret, et on se
surprend, comme la rose du Petit Prince de Saint-Exupéry, à s'étirer,
tous pétales ouverts, à se dire : "Oh ! j'ai dormi longtemps ? Je suis encore
tout ensommeillée
"
Juste le temps de passer d'une étoile à l'autre.
Il y a longtemps, je crois, bien bien longtemps, que je n'avais autant vibré.
Faut-il ajouter autre chose au risque d'obscurcir le chemin de sa poésie ? Bien sûr que
non. On gagne tellement plus à la lire. Alors, laissez-moi me retirer, tout simplement,
sur la pointe des pieds.
Marie Bataille
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