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Projecteurs sur...


Marie Mélisou

par Jacques Teissier

 

 

 

L'éditorial de Marie Mélisou (12 juin 2000)

Bio-bibliographie de Marie Mélisou

Onze textes à découvrir :

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Écrire, dit-elle...

Je ne connais pas Marie Mélisou, je veux dire : je ne l'ai jamais rencontrée autrement que par ses textes et par quelques mails échangés, échanges brefs et toujours chaleureux. Mais à peine arrivé sur Internet, voici un peu plus de deux ans déjà, j'ai entendu très vite son nom, qui revenait souvent, très souvent. 
Les poètes (dont je ne suis pas mais que je fréquente), forment sur le net une communauté d'âme, ils finissent peu à peu par se connaître tous, par établir entre eux des rapports d'affinité dans lesquels la poésie tient, au moins au départ, une place essentielle. 
Ceux qui parlaient d'elle étaient unanimes : Marie Mélisou est une des grandes voix de la poésie d'aujourd'hui disaient ils en substance. Et tous avaient une raison d'aimer, d'admirer son écriture. 
Je recevais déjà beaucoup de textes. Par paresse, négligence, manque de curiosité, que sais-je encore ?, je ne lui ai pas écrit, je n'ai pas cherché à la contacter ni même à la lire, remettant toujours au lendemain selon une habitude solidement ancrée... mais le lendemain est parfois plus que lointain ! 
Un peu plus tard, j'ai appris incidemment que Marie Mélisou ne se contentait pas d'écrire de la poésie, elle était aussi romancière, avait publié des romans jeunesse, écrivait de la prose, des nouvelles. Mais... je n'avais toujours rien lu de ce qu'elle écrivait. 

Et puis, un jour, des poèmes me sont arrivés. Ils portaient la signature de Marie Mélisou. Et j'ai compris alors, les raisons de cette admiration unanime. Un des premiers que j'ai dû lire (mais je n'ai pas gardé la chronologie précise en mémoire), était sans doute : La songe-creux.
Elle s'y décrivait, s'y révélait de sa façon inimitable, avec des mots simples, une écriture toute de fluidité, et j'ai compris que l'écriture et sa vie étaient totalement imbriquées, associées, emmêlées : elle vivait par l'écriture et l'écriture vivait aussi par elle, ne pouvait faire autrement qu'écrire, de toute évidence. J'en ai eu d'ailleurs la confirmation aveuglante avec son éditorial.
Mais peut-être direz-vous : pas très original ça.  On peut en dire autant de tous les grands auteurs ! 
En effet, c'est une marque nécessaire bien que non suffisante, pour être un véritable auteur, pour arriver enfin à cette petite musique personnelle qui fait que l'on sait que c'est vous qui écrivez, et pas un(e) autre. Et Marie Mélisou possède incontestablement ce moteur d'écriture, sans quoi rien de vraiment bon ne peut se faire.

Que nous dit-elle, que se dit-elle, dans la songe-creux ?

Un jour je ne me déliterai plus dans le vulnérable de 
la vie et je n'oublierai pas de me prendre au jeu.

Un jour l'indéfinissable glauque des tombés de rideaux 
seront des tableaux uniques où les nouveaux ruisseaux en 
comédies sentimentales me contamineront en rayonnements.


Dans ce poème, comme dans tous ses autres poèmes, elle va à l'essentiel de la vie, de sa vie, et elle en tire ce qu'il faut de réflexions subtiles, d'ironie douce-amère, de distance affirmée par rapport à sa propre expérience, pour émouvoir, cerner, vaincre le lecteur.

Et que dire de ce texte, qu'elle m'a envoyé il y a moins d'une semaine tout spécialement pour ce coup de projecteur ? Tes yeux et tes mains en poitrine palpitante est un poème bouleversant d'émotion retenue, une émotion exprimée en touches ténues, mais si fortes qu'il s'est produit alors ce qui ne m'arrive que rarement : l'empathie entre le lecteur et l'auteur, un sentiment de fraternité qui s'installe et qui dure bien après la lecture… Lisez ceci, vous comprendrez aussi:

Dieu est mort en douceur
là où tu l'as posé d'un regard aiguisé
tu m'entourais et partais sans ciller
sans ciller tu me traçais et je te regardais 
tes yeux tes mains en poitrine palpitante
à éblouir les uns à lever les brouillards des autres
à offrir du miracle en si grande quantité que 
lorsque l'on me dit
tes yeux et tes mains en poitrine palpitante
jamais ne reviendront

Et puis, vous savez sans doute, lecteur attentif, que le comité poésie d'EV choisit parmi les poèmes qu'il reçoit ceux qui devront être publiés. Les noms des auteurs ne sont pas indiqués sur les textes, et lorsqu'un poème est jugé, c'est donc sans a-priori négatif…ou positif. Marie Mélisou a envoyé des poèmes il y a peu : trois d'entre eux ont été choisis et seront donc publiés bientôt. 
Parce que c'est plus révélateur que de longues analyses de textes, dont je suis par ailleurs incapable, je veux vous faire lire quelques extraits de commentaires donnés par certains membres du comité poésie à l'un de ses poèmes, qui sera dans une semaine le coup de cœur du comité : lettre pour être lue par quelqu'un
Vous comprendrez, à lire ces extraits (avant de lire le poème lui-même, mais pour cela vous devrez un peu patienter), que je n'ai pas exagéré en vous parlant de Marie Mélisou:

" Un jour, quelqu'un a acheté ce vase, pour son amour. Il l'a choisi
longtemps, l'a élu parmi un millions d'autre vases. Parce que ce vase
parlait leur langage, à eux, la langue de leur amour. Et puis, du temps
a passé. Et puis, un jour, elle, son amour, a écrit ce texte. Qui vaut
bien plus que le vase. C'est con, ça fait cliché mais... il y a des
textes-coeur. Des textes-amour. Qui parlent sans emphase, sans enflure
juste avec la voix de la pulpe du doigt, là où le bout du coeur bat.
Avec finesse, et ce que j'appellerai un "humour de larmes", qui honore
autant celle qui écrit que le "quelqu'un" à qui est écrite la lettre et
qui la lit, peut-être.... Il y a dans ce texte, une intelligence de la
vie et de l'amour, une grâce, qui me feraient écrire des heures. " (S.M.)


· * * * * * 

Lettre pour être lue…mon préféré. Une progression inéluctable d'une émotion juste et pourtant ciselée vers une chute élevante. Un vase qui mène au ciel. Beauté sans faille.
Séduite. Sans plus de commentaire que l'émerveillement. (F.N.)


* * * * *
" Lettre pour être lue par quelqu'un : émotion incroyable, en lisant ça. c'est avec le corps qu'on écoute ces textes-là. " (M.B.)

* * * * *
" neuf étoiles sur un vase bleu ..... grains de peau. " et aussi " d'une nuit chaude à musique de moustiques " ce début m'a donné envie d'entrer. 
J'aime le rappel des neuf étoiles sur le vase bleu. (A.)


* * * * *

Lettre pour être lue par quelqu'un : J'aime ! Les mots se répondent et s'entremêlent et s'appellent dans un chant profond. Le toucher danse dans les mains.
" neuf étoile sur un bleu nuit étendu
à épandre ses grains de peau " :-)))) 
(…) ça ressemble a une lettre-cadeau, une lettre-étoile en constellation interne. (J.S.)

* * * *

Chaque mot touche exactement à l'essence de ce qu'il exprime (A.B.)

Nous vous présentons aujourd'hui onze textes de marie Mélisou, poèmes ou nouvelles. S'ils vous plaisent, vous en trouverez d'autres sur EV, dans la partie " Librairie ". Vous aurez aussi les références qui vous permettront de trouver ses romans publiés aux éditions Batsberg, puisque Marie Mélisou est aussi un auteur-jeunesse. 
Peut-être fera-t-elle partie des voix qui vont compter pour vous, si ce n'est déjà fait. En tout cas, je vous le souhaite !

Jacques Teissier