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Projecteurs
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Silence des pierres
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L'hiver s'éveille dans la porosité des pierres. Des pas gèlent sur des chemins bourbeux. Le temps s'émiette dans ses propres fractures. On se retient de vivre pour exister encore. Soulèvement des voix dans la lumière. Les paroles frémissent comme autant de voiles sur l'océan. L'hiver est un mot surréel. ***** Marcher dans la forêt reconstruit son être autour des pas et des légendes et des jours sans soleil. Les sentiers conduisent encore au mystère pour peu qu'on les emprunte à l'orée du crépuscule. Quelques craquements sous les pieds formulent réminiscences tant il est vrai qu'un son appelle un autre son et qu'en notre vie l'arbre est le silence planté dans le cri. ***** " Il n'y a pas plus de rêve que de réalité dans ce que nous sommes ", disait le bûcheron de l'automne. " La branche tient à l'arbre par le fil de l'aurore ; elle s'en détachera par le poids des ténèbres. Tout ce qui passe revient à la lumière ; tout ce qui se consume brillera de mille feux. Le bois mort sera l'étincelle ; et l'étincelle : l'hiver, la nuit, l'ailleurs, le chant de la terre sous le gel. " ***** Chaque fois que la terre tremble - là-bas ou ailleurs - un imperceptible souffle au cœur de l'être vient raviver l'obscur. J'ai croisé le regard de millions d'hommes et mes yeux n'en sont que plus verts et plus bleus et plus ensoleillés. Rien de ce qui paraît ne s'éloigne vraiment ; tout ce qui se cache palpite dans le futur. Je connais l'hiver pour ce qu'il est déchirure du printemps, fleur que la nuit recouvre de ses ailes. ***** Que recouvre la neige sinon d'autres neiges, d'autres glaces de feu, d'autres paroles de terre. Au-dessous de soi-même c'est encore soi-même qui veille et qui demeure. Le passé est l'ombre qui profile la lumière et de l'aube proviennent le crépuscule du soir, le crépuscule de l'aube (parfois il me semble préfigurer l'enfant que je fus, non le vieillard que je serai.) Attendre près de la nuit les feux de glace sur la terre des paroles. ***** Au fond de la nuit la femme se recueille pour survivre à l'hiver. L'âge n'est qu'un miroir sans tain qui reflète la clarté de nos ombres. La femme n'oublie pas ce qu'elle aime, elle aime ce qu'elle oublie. Son regard, par la fenêtre, touche le regard des hommes, ceux qui sont hors du paraître. L'hiver refoule le corps dans le corps des pensées. Au loin, y a-t-il un ailleurs ? (extraits de SILENCE DES PIERRES, Editions La Bartavelle) |
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| Daniel Leduc | |