Projecteurs sur...
Daniel Leduc

 

 

Au fil tramé des jours

 

Sur la margelle du puits
le temps pousse
comme un lierre
infini.

Quelques moineaux
s'approchent
de la durée

avec un poids de songes
sur leurs ailes.

Un vent de sable
érode

les cimes
de la lumière.


*****


L'argile
façonne la vie

avec la patience
des astres
qui s'approchent et s'éloignent
de la nuit.

De la pierre
sortent nos muscles,
des algues
nos regards.

Combien de champs
nous séparent
des racines
de l'aube ?

Combien sommes-nous
le terreau
et la graine du vent !

*****



Le bois des arbres
se fendille
dans la bouche de l'hiver.

Ton corps pèse
de tous ses sentiments
sur l'autre corps
des jours.

Les gerçures
dessinent des cartes
sur tes lèvres.

Le froid
t'apporte

les voyages
du dedans.


*****


Bientôt les mots
s'échapperont
de la prison des sens.

Ils ne feront
que du silence,
et leurs couleurs
peindront
l'inexprimable.

Ainsi le monde
sera l'oiseau

qui se libère du chant,
de l'air,

et de l'appel
des continents.


*****





Au pied de l'aubépine,
le chat se love
dans la distance.

Ses yeux se brident
et son corps s'éternise.

Dans le sommeil
de celui qui s'échappe,

le chat devient
le silence et le bond,
la flèche
et le regard du vent.

Il habite alors
la flamme

et le feu
est son miaulement.


*****


L'Homme a perdu
sa taille
dans les hautes fougères
qui se dressent
à la portée
de la nuée sauvage.

Il s'est égaré
dans cette vaste plaine
qui sépare l'arbre
de son feuillage.

Il a franchi
la braise,

a camouflé
son rire,

et la première averse
lui a séché les larmes.


*****





Pour s'arracher de l'aube,
que faut-il prendre
aux limbes de la nuit ?

Que faut-il emporter
de limon
et d'orgueil

Pour traverser le jour
sans heurter 
chaque instant ?

Du poids de l'équilibre
dépend
ce que voyage
veut dire.



*****



Marcher
au seul bruit des écorces
qui crépitent sous la pluie.

Manteau d'incertitude
posé sur les épaules.

Le froid évanescent
retient encore hier.

Ne pas se retourner
sur les ondes nocturnes.

Le regard pétri
par cette fièvre
que le fanal absout.



*****






Entre le ficus
et le philodendron

l'espace
est rongé de rêves.

Un enfant
parle
de soubresauts
et de tangages.

Il veut dire
combien sa vie
est un voyage.

Mais il part

immobile.



*****



Ailleurs
est ici-même
dans la gorge
des oiseaux,
dans le cercle
de la voix.

Le son
-- qui éclaire
la densité des choses -
le son
toujours t'emportera
sur le tapis
secret
des alentours.


*****






Dire
n'est pas un privilège,

mais une avancée
ludique

vers l'espoir ;

vers le temps
de rencontrer le double,
l'étrange et l'étranger.


Dire
Apporte aux silencieux

La liqueur ou l'absinthe,

L'envol du regard

Vers son cœur.



(extraits de AU FIL TRAME DES JOURS,
Editions La Vague à l'Ame)

Daniel Leduc