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Projecteurs
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Au fil tramé des jours
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| Sur la margelle du puits le temps pousse comme un lierre infini. Quelques moineaux s'approchent de la durée avec un poids de songes sur leurs ailes. Un vent de sable érode les cimes de la lumière. ***** L'argile façonne la vie avec la patience des astres qui s'approchent et s'éloignent de la nuit. De la pierre sortent nos muscles, des algues nos regards. Combien de champs nous séparent des racines de l'aube ? Combien sommes-nous le terreau et la graine du vent ! ***** Le bois des arbres se fendille dans la bouche de l'hiver. Ton corps pèse de tous ses sentiments sur l'autre corps des jours. Les gerçures dessinent des cartes sur tes lèvres. Le froid t'apporte les voyages du dedans. ***** Bientôt les mots s'échapperont de la prison des sens. Ils ne feront que du silence, et leurs couleurs peindront l'inexprimable. Ainsi le monde sera l'oiseau qui se libère du chant, de l'air, et de l'appel des continents. ***** Au pied de l'aubépine, le chat se love dans la distance. Ses yeux se brident et son corps s'éternise. Dans le sommeil de celui qui s'échappe, le chat devient le silence et le bond, la flèche et le regard du vent. Il habite alors la flamme et le feu est son miaulement. ***** L'Homme a perdu sa taille dans les hautes fougères qui se dressent à la portée de la nuée sauvage. Il s'est égaré dans cette vaste plaine qui sépare l'arbre de son feuillage. Il a franchi la braise, a camouflé son rire, et la première averse lui a séché les larmes. ***** Pour s'arracher de l'aube, que faut-il prendre aux limbes de la nuit ? Que faut-il emporter de limon et d'orgueil Pour traverser le jour sans heurter chaque instant ? Du poids de l'équilibre dépend ce que voyage veut dire. ***** Marcher au seul bruit des écorces qui crépitent sous la pluie. Manteau d'incertitude posé sur les épaules. Le froid évanescent retient encore hier. Ne pas se retourner sur les ondes nocturnes. Le regard pétri par cette fièvre que le fanal absout. ***** Entre le ficus et le philodendron l'espace est rongé de rêves. Un enfant parle de soubresauts et de tangages. Il veut dire combien sa vie est un voyage. Mais il part immobile. ***** Ailleurs est ici-même dans la gorge des oiseaux, dans le cercle de la voix. Le son -- qui éclaire la densité des choses - le son toujours t'emportera sur le tapis secret des alentours. ***** Dire n'est pas un privilège, mais une avancée ludique vers l'espoir ; vers le temps de rencontrer le double, l'étrange et l'étranger. Dire Apporte aux silencieux La liqueur ou l'absinthe, L'envol du regard Vers son cœur. (extraits de AU FIL TRAME DES JOURS, Editions La Vague à l'Ame) |
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| Daniel Leduc | |