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Vincent Boitquin nous parle

d'Anne-Claire Cornet

 

Editorial

Projecteur

Extraits de "Aimer Marie" (roman) :

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Extraits de "Nacre et Ambre" (roman) :

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A quoi tient cette impression de précarité qui se dégage des livres d'Anne-Claire Cornet, lors même qu'ils constituent autant d'hymnes à la vie et d'invitation à la sérénité ? C'est que le bonheur qu'ils dessinent est d'abord synonyme d'apaisement, fruit d'un renoncement aux mirages de l'amour, c'est que ce même bonheur se concentre ensuite dans la sensualité de l'instant : il est donc à la fois " répit dans l'inquiétude " et sentiment fugitif de plénitude par exacerbation des sens.

L'amour, en effet, ne remplit pas ses promesses, il n'est pas le lieu de réconciliation de la femme avec elle-même. Qui a surmonté l'ambiguïté de Claire, soleil et lune, forte et fragile, profonde et multiple, nacre et ambre… ? Qui aimera vraiment Marie, pas seulement la femme - femme blessée, femme amante- , mais aussi la mère qu'elle est, la petite fille qu'elle a été ? Qui ira rejoindre Yol sur la tranche , dans cet entre-deux, cet espace insaisissable entre le dehors et le dedans, la nuit et le jour, le plaisir et la douleur ? Au fil de ces trois romans, la lumière de l'amour, aveuglante dans Yol, pâlit peu à peu; elle est étrangement tamisée à la fin de Aimer Marie…

Entre-temps, la femme meurtrie s'est repliée sur elle-même et réfugiée dans l'intensité du moment. Elle aura appris à mesurer la distance qu'engendre toute parole discursive, à élaguer le passé pour conjuguer le présent et l'avenir, à suspendre le temps pour reconstituer l'unité de son être dans l'harmonie des sensations… Intense et évanescente communion avec les autres et les choses, parfois partagée par l'amie, rarement par l'amant.


D'où l'importance des annotations temporelles, du jeu de miroir entre passé et présent, des passages poétiques, voire silencieux, qui imposent au lecteur de suivre l'héroïne dans les méandre de ses émotions/réflexions. D'où l'omniprésence aussi des touches sensuelles qui confèrent aux récits une charge de tendre érotisme : depuis les bruits du dehors jusqu'aux souvenirs odorants, en passant par le langage des peaux et le sourire de l'inconnu, tout est sens et fait sens. D'où enfin l'obsession du mot juste, celui qui traduit au mieux la vie dans sa prodigalité : passage obligé par l'écriture.    Passage réussi? Parler sépare… est-ce qu'écrire c'est encore parler ? Empressons-nous de rassurer l'auteur : ses livres parlent à l'âme.

Vincent Boitquin