Éditorial

Fermentations Poétiques (recueil de J-M. Bongiraud présenté par Marie Bataille)

Quelques textes extraits de "Fermentations Poétiques":
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Coup de projecteur sur...

 

Jean-Michel Bongiraud

          

 

 

 

DEVOIR D'INGÉRENCE


" Les poètes, eux, ont le devoir d'appuyer 
sur l'interrupteur pour éclairer le cœur.
Et de redresser l'homme dans sa réalité " 
Jean-Michel Bongiraud

 

 

Dès son apparition dans le circuit de la poésie contemporaine, Jean-Michel Bongiraud a surpris par la densité et par la prolixité de ses productions. Avec Parterre Verbal, il s'est lancé dans la folle entreprise de revuiste à temps plein et, en moins de 10 ans, il s'est fait une place qui ne doit rien à personne. "Vivre soi-même tout en faisant respirer les autres", pourrait être sa devise s'il lui en fallait une. A partir de là, de cette ouverture aux autres et au monde actuel, c'est une passion fébrile qui va guider sa démarche. Ce sentiment exaltant et dangereux va le conduire à écrire de puissants éditoriaux pour sa revue ; ces textes valent pour leur lucidité et pour le puissant humanisme qu'ils véhiculent.
L'on retrouve ces qualités dans les poèmes disséminés dans une vingtaine de plaquettes parues chez de modestes éditeurs artisanaux. L'on pourrait craindre que cette dispersion affadisse le propos poétique, mais il n'en est rien car Bongiraud sait bâtir ses poèmes autour d'une solide ossature de mots et d'images. Il sait leur trouver la bonne colonne vertébrale. 
Après que la réalité l'ait boxé avec sa sauvagerie coutumière, le poète se relève et lutte contre l'indifférence générale. Cette recherche permanente d'un second souffle conduit Bongiraud à une implication corporelle qu'on ne trouve plus guère au fil des lectures ou des flâneries effectuées dans les recueils de poésie. En cela, on pourrait lui trouver une évidente parenté avec Jean Rousselot : même exigence lexicale, même tension vibrante autour d'emblèmes corporels et même vigueur d'écorché-vif.
Il y a fort à parier que Jean-Michel Bongiraud devienne bientôt l'un des poètes les plus en vue par l'originalité et par l'authenticité de sa démarche. Non, il ne sera pas l'un de ceux qui hantent les couloirs sinistres (et sinistrés !) des pseudo-grands-éditeurs ou des salons de ministres à la recherche d'une publication ou d'une subvention. On le retrouvera plus sûrement dans la mouvance d'une poésie qui aura su attaquer de front les réalités du monde actuel sans se laisser déborder par lui. Il débusquera les données singulières qui étaient alors l'apanage de petites élites aux réputations surfaites : les ténors de l'économie libérale, les philosophes bien-pensants, les journalistes à la petite semaine ; tous ces gens et bien d'autres qui tentent de conserver jalousement les privilèges de leur empire dérisoire ou de leur savoir spécialisé. Tout cela, Bongiraud l'aura intégré dans une poésie originale qui " échappe à tout contrôle poétique ".
Et même si " au bout du compte tout va à la benne ", on peut parier sur le cœur, cet " employé de service ", sur la pensée, cette " insurgée permanente " et sur la poésie, " cette employée fidèle " dont " l'atelier ne ferme jamais ". Jean-Michel Bongiraud s'y emploie avec passion et sincérité.

 Georges CATHALO, octobre 1999