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Coup de projecteur sur...

 

Jean-Christophe Belleveaux

par Anne Brousseau

Editorial du 13 mars 2000

Bio-bibiographie

 

 

 

Quelques textes de J-C Belleveaux, dont deux inédits  :

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La peur, la peur, et peut-être encore la peur


    Entrer dans le poème de Jean-Christophe ne sera pas synonyme d'un voyage exotique de carte postale aguichante. Il habite le monde, il habite son appartement et il habite son corps. Ces trois contrées, tour à tour évoquées, mènent dans un voyage où le questionnement ne cesse, où le regard est distance et la réflexion jamais rassurante. Pour moi qui suis sa compagne de route et donc du voyage, je puis dire qu'il y a une sincérité d'écriture et simultanément une volonté de forcer les choses, les pousser au plus loin par les mots, pour tenter d'approcher un aboutissement : une réponse ? Surtout pas, mais un questionnement aggravé.

    Le rythme à trois temps - le monde / l'appartement / le corps - est aussi rythme d'enfer dès les premières lignes avec deux axes très importants : nommer / marcher. Il y a cette volonté : s'engouffrer dans l'espace et dans le temps, la curiosité aiguisée et vouloir nommer pour s'approprier le monde. Y trouverait-on une parcelle d'éternité à portée de main ? La sensation d'appartenir au monde et de porter le monde en soi ?
    Quand Jean-Christophe est dans son appartement, repère social et lieu d'intimité, il ne peut s'empêcher d'adopter une froide distanciation. Il désigne alors le réel - une énumération des lieux - et ce pour s'ancrer dans ce réel. De ce lieu, de simples petites lorgnettes pointent vers le dehors. La fenêtre, l'oeil espion, la rue juste à côté... Dans ce quotidien, Jean-Christophe tente de s'approprier sa propre existence.

    Or l'existence passe par le corps qu'il habite, qui lui est imposé et surtout qui est en attente du pourrissement ultime. Le corps pue, est un amas de viscères, de sang, de déchets, corps sans romantisme ni complaisance, machine biodégradable. Jean-Christophe se heurte à l'inexorable, et la volonté de malmener ce corps est une manière de pousser la machine dans ses retranchements ; défi lancé à la mort.

    Mais tuer la mort est-il possible ?
    Décortiquer et creuser encore jusqu'au vertige.
    Bon voyage !

Anne Brousseau

( postface au recueil poussière des longitudes, terminus ; éditions Rafael de Surtis, 1999 )