La
peur, la peur, et peut-être encore la peur
Entrer dans le poème de Jean-Christophe ne sera pas synonyme d'un
voyage exotique de carte postale aguichante. Il habite le monde, il habite son appartement
et il habite son corps. Ces trois contrées, tour à tour évoquées, mènent dans un
voyage où le questionnement ne cesse, où le regard est distance et la réflexion jamais
rassurante. Pour moi qui suis sa compagne de route et donc du voyage, je puis dire qu'il y
a une sincérité d'écriture et simultanément une volonté de forcer les choses, les
pousser au plus loin par les mots, pour tenter d'approcher un aboutissement : une réponse
? Surtout pas, mais un questionnement aggravé.
Le rythme à trois temps - le monde / l'appartement / le corps - est
aussi rythme d'enfer dès les premières lignes avec deux axes très importants : nommer /
marcher. Il y a cette volonté : s'engouffrer dans l'espace et dans le temps, la
curiosité aiguisée et vouloir nommer pour s'approprier le monde. Y trouverait-on une
parcelle d'éternité à portée de main ? La sensation d'appartenir au monde et de porter
le monde en soi ?
Quand Jean-Christophe est dans son appartement, repère social et lieu
d'intimité, il ne peut s'empêcher d'adopter une froide distanciation. Il désigne alors
le réel - une énumération des lieux - et ce pour s'ancrer dans ce réel. De ce lieu, de
simples petites lorgnettes pointent vers le dehors. La fenêtre, l'oeil espion, la rue
juste à côté... Dans ce quotidien, Jean-Christophe tente de s'approprier sa propre
existence.
Or l'existence passe par le corps qu'il habite, qui lui est imposé et
surtout qui est en attente du pourrissement ultime. Le corps pue, est un amas de
viscères, de sang, de déchets, corps sans romantisme ni complaisance, machine
biodégradable. Jean-Christophe se heurte à l'inexorable, et la volonté de malmener ce
corps est une manière de pousser la machine dans ses retranchements ; défi lancé à la
mort.
Mais tuer la mort est-il possible ?
Décortiquer et creuser encore jusqu'au vertige.
Bon voyage !
Anne Brousseau
( postface au recueil poussière des longitudes, terminus ;
éditions Rafael de Surtis, 1999 )
|