
Quelques
lignes sur "Océane"
de Laurence de Sainte Mareville
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-- Océane ou le corps des mots --
Il est certains textes
qui sont des êtres vivants. En les lisant, on éprouve l'insistante
sensation qu'ils ne sont pas "quelque chose", mais "quelqu'un".
Chaque strophe est
placée comme un des organes d'un même corps; Elle peut se
lire séparément, comme on peut porter son attention sur
une main, une oreille, un cou. On peut y trouver des extraits très
parlants à mettre en avant, comme ce "en mon premier visage",
vrai poème dans le poème que ces quelques mots. Ou ces "lèvres
à colorier de craie vive". qui provoquent des strates
de lecture, des collusions et collisions de sens. Images où la
face interne de ce texte semble presque palpable. Et puis soudain, s'esquisse une Terra ou plutôt une Mare Incognita, un récif de mystère, où s'arrête le geste de lecture, silhouette nocturne, ombre sous-marine projetée par ces mots. Là, nos plus fins sonars, eux-mêmes se taisent. Et de clé d'écume, le poème se fait alors serrure d'abysses. Ce mystère donne encore du relief à Océane". Car, en littérature comme en d'autres domaines, comme l'écrivait Henri Michaux, "c'est de réponses que l'on meurt". Dans cet instant suspendu de silence de lecture réside aussi une des forces du texte.
"À chaque effondrement des preuves, le poète répond par une salve d'avenir", écrivait René Char. Les mots d'"Océane" m'ont fait faire quelques pas dans l'eau, et rarement, à la lecture d'un poème, j'ai ressenti qu'écrire et lire ne sont pas seulement actes, mais aussi mouvements. Une immersion de mots peut-elle aussi être un envol ? A cette question, "Océane" me semble répondre : "Oui". Stéphane Méliade |
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