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Quel point commun peut il y avoir entre un skin head, un nain et une aveugle ? Aucun lien apparent, si ce n’est de faire partie d’une minorité à l’heure où la république récompense plutôt le consensus béat. Hormis peut être que l’auteur ne choisit pas une triplette de héros facile à manœuvrer, se cantonnant loin des clichés d’Hollywood, il est vrai. Mais à travers l’histoire d’une bande de néo-nazis abrutis par la haine et le manque de culture, Maud comme à son habitude nous propulse dans les bas fonds de la condition humaine pour aller voir si l’espoir pourrait repousser telle la fleur sur le fumier ou la mandragore sur le cadavre.
Le chef de la bande des fachos veut raccrocher et disparaître avec la jeune handicapée qui vit dans une roulotte avec son frère de petite taille. Comme dans un conte de fée… en somme ou plutôt un conte …de faits divers. Parce que le hic perturbateur c’est que la bande vient de balancer un noir sous un train, histoire de lui montrer la supériorité intellectuelle et physique de l’homme blanc.
Alors la police se demande forcement si le parti d’extrême droite local ne serait pas commanditaire du meurtre. A l’heure où les mouvements politiques d’inspiration fasciste ou nazi s’achètent une virginité électorale en niant leur modèle pour récupérer un nombre de votant plus large…cela fait désordre.
Le commissaire local ne semblant pas forcément loin des valeurs travail famille patrie, et les responsables du crime dénonçant leur chef pour se dédouaner …
La chasse à l’homme peut démarrer.
Les anciens amis deviennent des ennemis et les anciens ennemis des amis perdant le lecteur dans la complexité, la difficulté de la réalité du quotidien. En effet, les méchants ont leurs raisons et les gentils souvent les mains sales.
Le roman peut s’accélérer dans une spirale sans fin qui tourne comme un kaléidoscope frénétique. L’idylle naissant entre ces deux cassés de la vie va se poursuivre de planque en cache. L’ invalide de la vue et l’ infirme de l’encéphale unissant leur force sur le chemin caillouteux de la rédemption. L’orchestre se mettant à jouer pour notre plaisir une rafale d’armes automatiques, un crescendo de braquages alimentaires et des solos de coups de pelles…vers l’apothéose qui se dessine inéluctable et assourdissante.
L’atmosphère lourde nous confine dans des lumières mi laiteuses mi blafardes. Le lecteur s’arrête pour boire et il remonte à bord car l’accoutumance se révèle présente de la première à la dernière lettre. Il sait qu’il va se faire mal mais il ne peut refermer l’ouvrage tant il apprend sur lui même aussi.
Car Madame Tabachnik dans sa grande mansuétude nous renseigne au passage sur la capacités de l’Homme à s’élever et à progresser vers le mieux quand le bien n’est plus disponible. Quel bain de jouvence à une époque où le référence sociétale imposée s’enracine dans la régression mentale et le renoncement humaniste. Quand un crane rasé se rend compte qu’il se trompe de colère et que son adversaire ne se cantonne pas dans la couleur de peau mais dans la connerie élevée au rang de vertu. Puis quand il découvrira que l’argent -père de tous les vices- et l’intérêt personnel égoïste dirigent le monde en sous main, il remportera le droit s’affranchir de son statut d’animal mais peut être pas celui de survivre.
Par contre, nous, en refermant le bouquin…on sait ce qui nous reste à faire.
Nicolas Jacomond
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