A l’abordage des religions

L’Ange de l’abîme
De Pierre Bordage
Editions au diable Vauvert, 2004

par Nicolas Jacomond

Le Diable publie ce mois ci, un roman plutôt noir futuriste et pamphlétaire qui cause d’ange. Tout un programme qui nous amène à tendre les pupilles.

L’Archange Michel et ses sections chrétiennes endoctrinées et sanguinaires gouvernent l’Occident. Elles traquent les Oussamas un peu partout en Europe. Un continent désolé d’être dévasté.
Ruines. Combats. Angoisses.

Stop. Flash back de l’auteur qui de façon inspirée nous poussent à réfléchir à la position malheureusement encore déterminante des religions. Fussent elles celles du livre (chrétiens– musulmans- juifs),
elles ne cessent d’en découdre.
Alors là, début XXIème, les fanatiques jubilent. Ils ont eu ce qu’ils voulaient…l’affrontement facial. Le monde n’en redemande pas !
Atrocités. Violences. Dogmatismes.

Aidé par un récit soutenu et crédible, il nous dépeint l’apocalypse tant attendue par les moutons serviles des légions de croyants.
Comment les hommes suivirent - ils cette voie ? Comment les démocraties devirent elles partisanes au nom d’une foi ?
Les guerres de religions ressortirent du passé pour revenir nous prendre à la gorge. Pourquoi ? La faute à qui ?

A force de parler de conflit des civilisations et d’obliger les habitants du monde à choisir leur camp depuis le 11 septembre : le chaos arriva.
Bordage explique comment les services secrets étasuniens détournèrent la vague terroriste extrémiste musulmane sur l’Europe.
Une pierre - deux coups pour les dirigeant belliqueux de l’impérialisme dollarisé.
Une vague qu’ils avaient déclenchée, entretenue, soutenue, formée bien avant.

Le lecteur croise des personnages glauques, et tellement humains qu’ils nous ressemblent plus que ceux des séries télé. Mal rasés et stressés comme dans la vrai vie, pas celle de la pensée unique des médias.
Puis le jugement des religions tombe sur les tombes vers la chute du roman :
« Il n’y en pas de meilleure que d’autres.[…]Elles se valent.[…]Machines d’exclusions, d’oppression, de destruction.[…]Elles sont toutes à enfermer dans un sac et à noyer dans des vallées de larmes. »

Un flot d’anticipation toute en analyse politique force la tension jusqu'au bout de l’ouvrage. Un immense avertissement post mortem.
Si l’on pouvait revenir en arrière après chaque erreur, l’univers serait moins dangereux. Bordage nous en prie instamment dans des liturgies humanistes et visionnaires.

« Comme si Dieu n’était qu’une excuse à la haine » chantait un groupe de rock parisien.
Maudit sois tu Dieu, quelque soit le nom donné par les tyrans humains, pour tes mensonges ancestraux.
Béni sois tu Diable Vauvert, pour la parole que tu octroies à ce brûlot de vérité.
Quand on referme le livre, on frisonne encore de peur.
Heureusement, ce n’était qu’un cauchemar irréalisable dans notre beau monde.
Puis, on regarde le journal télévisé et on pâlit…


 

Nicolas Jacomond