L’essentiel de l’œuvre est construit de magnifiques récits de mer, emmenant le lecteur, avec les personnages de Vercel, au plus fort de la Fosse aux Vents, titre d’une trilogie battue par l’océan, mais aussi écho aux IIIe livre des Travailleurs de la Mer, où Victor Hugo rappelle que « la fosse aux vents est plus monstrueuse que la fosse aux lions »…
C’est qu’il ne s’agit pas seulement de récits d’aventure mais bien, au fond de la fosse, de regarder l’homme confronté à lui-même. L’isolement, le huis-clos, prôné comme technique littéraire pour se concentrer sur l’homme face à lui-même, est atteint par un moyen différent, en utilisant - pour obtenir le même effet de verre grossissant – le prisme du combat incessant .
La tourmente du Cap Horn, dans la Fosse aux Vents, isole par l’action et met en relief les combats, souvent frustres, de l’homme pour comprendre l’homme, quand si peu de son temps peut être diverti à cette futilité essentielle. Vercel n’a cependant jamais que cet objectif à son horizon, quand il fixe son cap à la première page de chacun de ses romans, et il ne l’abandonne jamais, quelle que soit la documentation admirable de ses récits qui lui fait trouver l’expression maritime juste, le détail de navigatinon précis, le jargon du marin.
En effet, relativement oublié, et injustement, au nombre des auteurs à retenir du vingtième siècle, Roger Vercel se distingue des narrations anecdotiques par cette même conscience qui, quel que soit leur style, distingue les auteurs de genre des écrivains d’eau profonde : il n’est de sujet que l’homme et la société des hommes.
C’est cette exigence – aller au bout de l’homme et des rapports qu’il entretient avec son pareil – qui haussa le roman, genre il y a quelques siècles encore tenu pour mineur, au niveau d’un art et d’une science, même s’il ne peut complètement ni ne doit se revendiquer de la seconde. Il s’agit d’un savoir regarder, en eaux troubles comme en eaux limpides, qui permet d’offrir, avec l’intérêt d’un récit, la vérité d’un regard.
Roger Vercel vous donnera cela. Dévorez sans hésitation n’importe lequel de ses romans.
Parmi les ouvrages maritimes, peut-être Remorques, un sauvetage de navire avec autant de vacheries que d’héroïsme, ou encore en Dérive, une histoire de mer qui, de la première à la dernière ligne, se passe à terre, ou Ceux de la Galatée encore et au Large d’Eden. Vous trouverez la qualité du style, la justesse du ton, le regard vrai et le mot qui dépeint l’homme.
A la lisière de l’oc é an, aux Pieds de l’Archange, hommage au Mont Saint-Michel, est empli de résonances et de vent.
Plus loin de la mer, Capitaine Conan évoque un capitaine d’infanterie, donc sans navire, mais trouvant dans les tranchées un affrontement aussi rude que celui des tempêtes. Vercel, aussi à son aise à la guerre qu’en mer, y fouilla encore dans le cœur et les tripes humaines, pour obtenir avec ce livre, bien avant sa mise à l’écran par Bertrand Tavernier, la consécration en 1934 d’un Goncourt.
Roger Vercel (né Roger Delphin Auguste Crétin puis ayant obtenu du Conseil d’Etat de prendre pour Etat Civil son nom de plume) naquit en 1894 dans la Sarthe mais écrivit son oeuvre de 1930 à sa mort (en 1957) à Dinan, où il s’était établi comme professeur de Lettres.
[ Editions Albin Michel ]
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