DADA s'en va-t-en guerre

 par Tristan Tristan

Points de vue sur l'écriture

 

 On m’a sollicité pour écrire un article sur la genèse du mouvement DADA.

Si fait.

Comme je ne suis pas généticien, et que le mouvement DADA, je ne l’ai pas vécu, étant de 1916 à 1923  absent du village planétaire, je vous rapporte ce que j’ai appris par les traces écrites des DADA et par les DADALOGUES, qui ne courent pas les rues et les bois.

 

DADA : petit cheval de bois.

Ce petit cheval, aux apparences bien calmes, et  selon les versions, à roulettes ou à bascule, s’est emballé dès 1916 (date officielle de l’origine du nom) en vociférant montagnes de glossolalies et imprécations excentriques, tout en tapant sur des casseroles.

Cette cavalcade hardie  allait bouleverser l’art, donner naissance au surréalisme, et hennir l’art moderne que nous contemplons tous (enfin j’espère, avec un sourire osé).

 

Ce n’était pas une révolte, mais une révolution !

 

Il y a un avant et un après DADA.

 

L’AVANT DADA :

Cet avant (la genèse) était constitué de deux parties bien distinctes et antagonistes : le futurisme et les mentalités de la guerre de 14.

 

-    Le futurisme : La première édition du manifeste du futurisme est publiée dès janvier 1909 par Marinetti en Italie.

On y trouve ceci :

« 3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif , l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing ».

 

Premiers assauts de la citadelle des beaux esprits…

 

-         Les mentalités de la guerre de 14, un peu plus tard, la guerre allait soit consacrer pour la « foultitude » l’esprit d’avant, soit confirmer ce mouvement d’annihilation de la pensée et de l’art qualifié de Bourgeois par l’invention du mouvement DADA par une poignée d’intellectuels réfugiés.

 

Cet esprit d’avant on peut l’illustrer par quelques vocalises de l’époque :

 

-         un soldat inconnu : « je suis décidé à être un bon soldat très brave et j’ai la prétention de m’être déjà bien comporté au feu parce que c’est mon devoir et par amour de l’idéal ………Je me suis mis au service de l’idéal……../……. On doit être heureux et fier de pouvoir défendre sa patrie ».

 

-         Autre soldat : « La mort de l’enfant est accablante et stérile, celle du père, une mort noble comme toutes les morts d’aujourd’hui, apparaît bien exaltante et féconde. »

 

-         Autre soldat : « J’aime le combat, la douleur, le feu, autant que je t’aime et que j’aime la vie… car c’est l’amour qui nous donne des forces !….mais je veux en être digne, je veux passer par l’épreuve du feu pour le mériter ».

 

 

-         Autre soldat : « Je suis sergent et cité à l’ordre du jour. Je vais avoir la croix de guerre, aussi vous pensez si je suis heureux ! »

 

Ce bonheur là, les futurs héros allaient y goûter avec délectation.

 

Maréchal Joffre, le 6 septembre 1914 : « Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place, plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée ». Le Saint-homme ! Futur vainqueur de la bataille de la Marne, et perdant aussi de plusieurs autres (tiens, on l’avait oublié), remplacé par Nivelle : autre Saint-homme à qui nous devons la joyeuse randonnée pédestre sur le chemin des Dames, ce Saint doit reposer au Panthéon, assis à la droite de Dieu, le Père tout puissant… vous connaissez la suite.

 

C’est vrai que d’autres hommes de l’époque étaient plus réservés, mais chut ! le peloton n’est pas loin.

« Qu’est-ce que c’est un Allemand, un français », lit-on dans une lettre de poilu, mais chut !

« Je ne peux pas croire que c’est le fumier qui fait la rose et que notre pourriture acceptée par le camp et la tranchée, que notre révolte, que notre douleur feront de la justice et du bonheur ».

Comment ? Des doutes ?

 

ENFIN DADA !

 

C’est évidemment loin de ce panache frénétique que des insoumis, des insurgés allaient créer le mouvement DADA, contre le patriotisme ronflant mais sanglant, contre la franchouillardise, contre la déshumanisation de l’esprit

Tout simplement parce que c’était nécessaire, parce que c’était indispensable, primordial, essentiel, obligé, inévitable, inéluctable, obligatoire.

 

On peut citer les sources, bibliographie et commentaires suivants :

 

Article de Michel Polac du 10 janvier 2001 paru dans Charlie Hebdo ; extraits :

« En 1916, Ball et H (il s’agit de Huelsenbeck co-fondateur ), écoeurés par la connerie patriotique sanglante, s’installent en Suisse et fondent le cabaret Voltaire à Zurich (à deux pas de Lénine !) : ils inventent le chahut protestataire ; ils gueulent des poèmes « nègres » fondent le bruitisme, tapent sur des casseroles et des tambours parce que le bruit, c’est la vie ».

 

Huelsenbeck, dans son livre réédité récemment « En avant DADA, l’histoire du DADAÏSME », ( à se procurer obligatoirement, aux éditions ALLIA ) dit ceci en première page : DADA a été fondé au printemps 1916 à Zurich, dans une petite taverne, le Cabaret Voltaire, par Messieurs Hugo Ball, Tristan Tzara, Hans Arp, Marcel Janco et Richard Huelsenbeck. Hugo Ball y avait monté, avec son amie Emmy Hennings, un spectacle de variétés auquel nous avons tous participé. La guerre nous avait projetés par-dessus les frontières de nos patries……… /……….nous êtions tous d’accord : la guerre avait été fomentée par les différents gouvernements pour les raisons les plus platement matérialistes………/………Aucun de nous n’avait ce genre de courage, qui consiste à se faire fusiller pour les idées d’une nation qui, dans le meilleur des cas, n’est qu’un consortium de trafiquants de fourrures et de peaux et dans le pire, une association de psychopathes………….. ».

 

 

Tzara, dans un recueil de textes :

Et Voici… (comme dirait Péguy) le merveilleux livre qui ne me quitte jamais, et que vous pouvez acquérir avant les œuvres complètes de Jean d’Ormesson. : le recueil de textes de Tzara  « DADA est tatou. Tout est DADA ». C’est en livre de poche que vous pouvez vous  procurer chez Garnier Flammarion. Figure une excellente préface d’Henri Béhar, et des textes vifs et rebelles, qui me mettent en émoi.

 

 

Conférence sur DADA. Tristan Tzara :

 

«  Je sais que vous vous attendez à des explications sur Dada. Je n’en donnerai aucune. Expliquez-moi pourquoi vous existez. Vous n’en savez rien. Vous me direz : j’existe pour créer le bonheur de mes enfants. Au fond vous savez que ce n’est pas vrai. Vous direz : j’existe pour sauvegarder ma patrie  des invasions barbares. Ce n’est pas suffisant.  Vous direz j’existe parce que Dieu le veut. C’est un conte pour les enfants. Vous ne saurez jamais pourquoi vous existez mais vous vous laisserez toujours facilement entraîner à mettre du sérieux dans la vie. Vous ne comprendrez jamais que la vie est un jeu de mots, car vous ne serez pas assez seuls pour opposer à la haine, aux jugements, à tout ce qui demande de grands efforts, un état d’esprit plane et calme où tout est pareil et sans importance ».

 

Texte tiré de la première aventure céleste de M. Antipyrine :

 

« DADA est notre intensité ; qui érige les baïonnettes sans conséquence la tête Sumatrale du bébé Allemand ; DADA est l’art sans pantoufles ni parallèle ; qui est contre et pour l’unité et décidément contre le futur ; nous savons sagement que nos cerveaux deviendront des coussins douillets que notre anti-dogmatisme est aussi exclusivité que le fonctionnaire que nous ne sommes pas libres et que nous crions liberté Nécessité sévère sans discipline ni morale et crachons sur l’humanité. Dada reste dans le cadre européen des faiblesses, c’est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses, pour orner le jardin zoologique de l’art, de tous les drapeaux des consulats bo do bong hiho aho hiho aho. Nous sommes directeurs de cirque et sifflons parmi les vents des foires, parmi les couvents prostitutions théâtres réalités sentiments restaurants hohohohihihioho Bang Bang. Nous déclarons que l’auto est un sentiment qui nous a assez choyé dans les lenteurs de ses abstractions, et les transatlantiques et les bruits et les idées. Cependant nous extériorisons la facilité nous cherchons l’essence centrale et nous sommes contents pouvant la cacher ; nous ne voulons pas compter les fenêtres de l’élite merveilleuse car DADA n’existe pour personne, et nous voulons que tout le monde comprenne cela car c’est le balcon de DADA, je vous assure. D’où l’on peut entendre les marches militaires et descendre en tranchant l’air comme un séraphin dans un bain populaire, pour pisser et comprendre la parabole DADA n’est pas folie – ni sagesse- ni ironie regarde-moi, gentil bourgeois.

L’art était un jeu, les enfants assemblaient les mots qui ont une sonnerie à la fin, puis ils criaient pleuraient la strophe, et lui mettaient les bottines des poupées et la strophe devint reine pour mourir un peu, et la reine devint baleine et les enfants couraient à perdre haleine.

Puis vinrent les grands Ambassadeurs du sentiment qui s’écrièrent historiquement en chœur

Psychologie hi hi

Science Science Science

vive la France

nous ne sommes pas naïfs

nous sommes successifs

nous sommes exclusifs

nous ne sommes pas simples

et nous savons bien discuter l’intelligence

Mais nous DADA, nous ne sommes pas de leur avis car l’art n’est pas sérieux, je vous assure, et si nous montrons le Sud pour dire doctement : l’art nègre sans humanité c’est pour vous faire du plaisir, bons auditeurs, je vous aime tant, je vous assure et je vous adore. »

 

ET L’APRES  DADA ? :

 

Chez les écrivains amateurs ou professionnels d’aujourd’hui, on lit souvent du chasse-pêche-tradition, du « bel marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ». Il semble que ce mouvement d’intellectuels ne plaise plus, se soit évaporé dans les limbes des pensées  commerciales  (j’aurais bien aimé plaisasse, mais ce n’est pas français) . Les nouveaux scribes appliqués  nous jouent de la littérature comme avant. Zécrivent tous comme la Pompadour ! La grande duchesse de Gérolstein ! Si la littérature c’est le style, eux, nennontpas ! !

Ptête bien qui croient que DADA est une pantalonnade, une chamaillerie de collégiens attardés, une agacerie intempestive ? Va savoir ?

Il faut donc choisir son côté en décidant qui est fou ? Les DADA ou les gouvernements, les va t-en guerre ?

Pour ma part, je n’hésite pas une seconde et prend partie pour DADA.

Et si DADA n’a pas de sens, le monde en a-t-il un ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?

Dans un article paru dans mon site, au chapitre : textes courts. Cet article intitulé « Les poignants, Joffre m’a tué ».

J’écris : « Et puis… Pendant ce temps là, (à partir de 1916) à Zurich, des insoumis fondaient le mouvement DADA …/…Ils voulaient détruire l’art en tant que dérivatif d’un monde ignoble.

On allait pouvoir chavirer les vieilles idoles, chahuter les déclamateurs de la pensée narcissique, culbuter les grandes vertus, pouffer sur le champ d’honneur qui n’est qu’un champ de destruction qui attire les corbeaux, railler la gloire outrageante, ridiculiser la dignité de l’homme dans l’affliction, l’inviter, avec persuasion, au supplice ».

Parce que je me sens DADA jusqu’au fond de mes tripes, j’ai écrit  un nouveau manifeste en 1998 pour les 80 ans de DADA (le premier manifeste a été écrit en 1918 par Tzara). Ce manifeste existe sur mon site. Vous pouvez le consulter, l’emporter, le vanter, en toute gratuité !

En voici le sommaire et des extraits, qui n’ont bien évidemment pas le souffle de l’authentique :

 

SOMMAIRE :

 

1)PROLOGUE

 

2) BIG ET BANG

 

3) TOUS A BERLIN

 

4) QUELQUES CONSEILS PRATIQUES

 

5) LA VERITE VRAIE REVELEE

 

6) LA CABALE AU CANON

 

7) LES EXPERIENCES DE DADA

 

9) A QUOI SERT DADA ?

 

10) DADACONTRE

 

11) DADAPOUR

 

12) DELIRE TRES MINCE

 

13 )PRIONS MES FRERES

 

14) HOMMAGE A DADA

 

15) APPENDICES et APPENDICITE

 

EXTRAITS :

 

BIG ET BANG

 

Dada naquit en 1916 à Zurich d'une éjaculation

cosmique que l'on appelle vulgairement « voie

lactée »

Dada fut proclamé en 1918 par Tristan Tzara.

Le Dadaïsme enfanta le surréalisme et mourut le

troisième jour.

0 racle, 0 mystère il ressuscita d'entre les morts

quatre vingts ans après sa naissance.

Je suis l'unique témoin, et je vais par ce livre

satisfaire (je l'espère) votre curiosité.Tel un phénix

renaissant  de  ses  cendres  ce  livre  revient

proclamer aux hommes sa dubitation, son ironie

insolente, sa verve déclamatoire.

Hosannah à Dada ! Afin que nul ne meurt

complètement idiot.

J'ai l'immense privilège de vous faire parvenir cette

petite voix parmi un océan de poncifs aliénés par le

mystère qui les dépasse.

Je me souviens très bien du côté de chez Swan,

cette épopée quand j'étais enfant  de « coeur »

sur les genoux de Tristan Tzara, il me susurrait «

à DADA, à DADA).

 

 

TOUS A BERLIN

 

  ( OU AILLEURS)

 

A DADA, à DADA, Tristan Tzara en 1918, après la

der des der, joue  à Dada  avec moi assis à

califourchon sur son pied.

A DADA à DADA !

J'hurle de joie.

Quand soudain un flash de lumière ardente vient

l'auréoler, l'éblouir, le terrasser comme Saint Paul.

Une voix caverneuse, tonitruante, tombée du ciel

l'apostrophe  « DADA  EST TATOU, TOUT EST

DADA , VOICI RESUMEE LA TABLE DE LA LOI

UNIVERSELLE »

Maintenant, il suffit de le suivre.

Et pour les aveugles, qu'ils me tiennent la main,

Dada, leur montre le chemin.

 

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DADA essaima à Paris et aussi à New-york, puis se saborda.

 

Finalement, on peut déjà admettre que le mouvement DADA, forme agitée du nihilisme, est le fruit d’une époque guerrière ayant  entraîné une réaction salutaire de la part de quelques intellectuels.

Puis par, manque de carburant sitôt finie  la guerre, on s’efforça de l’oublier. Le DADAÏSME empêtré dans ces contradictions, ces abus, ces conflits internes se désagrégea pour passer le relais au surréalisme.

Aujourd’hui, on peut le chercher, mais on ne le trouvera que très difficilement vivant encore. j’ai peut-être créé le seul site où il demeure toujours vivant, à mon échelle bien-sûr…

Cherchez DADA, votre requête est impossible.

Alors passez me voir, lui dire bonjour !

 

TRISTAN TRISTAN, le 26 février 2002.

Mon site : www.nihile.fr.st

Ma boîte à coucou : jubilons@wanadoo.fr