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Egotisme, par nicolas saez |
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Il ma toujours paru que la conviction était nécessaire à la rédaction de pensées ; être convaincu pour pouvoir convaincre ; la beauté du sophisme et lhomme-mesure de Protagora. Etre convaincu et vouloir convaincre ; le pouvoir manifeste de la rhétorique - mais la certitude me manque... Je nai aucune envie de vous persuader de quoi que ce soit. Vrai, mes pensées ont perdu de leur universalité. Dostoievski prétendait être meilleur écrivain que Gogol - et il ne mentait pas ; il a préféré lindividu à lhomme : et puis voila, mes mots ne mappartiennent plus ; ils me reflètent, cest tout. Et lironie veut que jécrive, aujourdhui, mon point de vue sur lécriture. Certaines de mes connaissances me montrent parfois leurs textes, et me disent " Quest-ce que tu en penses ? Sois sincère, sois sincère, je ten prie" et il y a dans ces mots comme un grand désespoir - et je me souviens alors que, parfois, sois sincère signifie mens-moi. Mais tout plein dapathie, je suis sincère et je critique ; cest peut-être pour ça quils se fient à l'honnêteté de mon propos ; il faut croire que mon indifférence les satisfait, dune manière ou dune autre. Parler pour moi est un de mes nombreux tours ; je suis égocentrique, égocentrique et indifférent ; jaccepte le sois sincère tel que je le reçois. Jadmets que je ne vous connais pas. La littérature est à mes yeux une question de sentiments, rien de plus que cela : la certitude na pour sens que de servir ce but et ni Hesiode ni Deleuze ny échappent. La mort dIvan Ilitch ma fait pleuré, Crime et Châtiment ma rendu fou, et jai ri comme un enfant en retrouvant mes idées que les philosophes les plus illustres sétaient appropriés - le poids de la frustration au creux du ventre pourtant. Jaime le livre parce que cest moi que jy lis ; je ne my découvre pas, cest ma vie que je veux y voir. Ma douleur et ma folie, mes amours nervaliens et mes humiliations grotesques qui ont suivi ; le regard que jai sur les autres, mon apathie, mon arrogance, ma haine et mon mépris ; mes larmes et mes rires tendus - il ny a que moi. Voila pourquoi, en partie, jécris. Personne ne me comprend mieux que moi : je me projette et je me reçois. Lharmonie et la joie de la conscience unique, dirait Sartre. Jai perdu la faculté daimer, il y a peu ; et lorsquécrire est devenu un besoin, jétais déjà tombé dans un petit solipsisme grotesque. Aujourdhui, je méprise ces activités qui obscurcissent mon temps et mempêchent de penser ou décrire. Catharsis ? Non, écrire ne maide en rien ; cest futile, cest une torture - torture divine, certes - que je minflige régulièrement. Ecrivain constipé, frappé de diarrhées chroniques, je nen retire aucun plaisir. Jai mal lorsque jécris et repenser à ces épisodes absurdes et grotesques de ma vie, les décrire, soigneusement, avec un sombre souci du détail, presque pointilleux, cest comme un couteau que je remuerais dans mon propre dos. Oui, jai mal en écrivant, et mes cris, je les relis avec dégoût - probablement parce que " les tragédies des autres sont toujours d'une banalité désespérante"... Jécris pour apprendre à écrire, voila tout. Alors, on découvre le perfectionnisme désespérant ; cette amitié haineuse envers ce que ce moi-autre a écrit - désespérant. Ce sentiment absurde de haine et de culpabilité ; je ne suis pas parfait, jai échoué. Les nouvelles et la poésie que cet autre a écrit finissent au fond de la corbeille : je me déteste, je me vomis - je ne suis pas parfait, jai échoué. Perfectionnisme... Cest un mouvement de bras quand on montre aux autres le peu quon a écrit ; la critique qui fend le coeur, (parfois qui réjouit ? Les compliments ont toujours sonné faux dans mon oreille) et qui semble juger les sentiments. Jai abandonné la poésie aussi. Manque de liberté. Du reste, je suis fatigué de ce neo-romantisme qui use de la métaphore pour obscurcir plutôt que pour expliquer ; de ces alexandrins comptés et de ces mots recherchés et donc jolis. Le joli nest pas beau. Je mégare, excusez-moi. Ecoutez : jécris pour moi, accessoirement pour vous ; oui, je lai dit, mes textes, je les fait lire. Apathique, je me contredis ; cest ma richesse - je contiens une multitude. Non, la réponse est simple ; jécris pour moi, accessoirement pour vous : jexiste, cest cela qui doit être compris et vu et qui est juste et bon. Jécris et jai des sentiments. Je veux être connu, être aux yeux de lAutre, être tout simplement : lindividualisme nest pas une solution. Je mécris et je me dégoûte ; quand vous me lisez, cest par pure ironie - lhomme que vous aimez haïr ? Le désespoir décrire : ami imaginaire quon utilise pour se faire savoir. Alors voila ; écrire pour être, écrire comme respirer, ça se résume à ça. Il aurait sans doute été plus romantique de parler dun besoin obscur, inconnu, guttural et fabuleux - cest-à-dire tiré des fables - mais non. Tout juste moi. Moi et mon Ego. Jécris parce que je nexiste que très peu, et le lecteur est mon jouet ; vous mavez lu, vous me méprisez peut-être, mais peu importe ; le lecteur est mon jouet, et maintenant que jachève ce texte, je souris et je suis heureux - quelque part, jai comme un petit peu plus vécu. nicolas saez |