La liberté du poète,

par Nath

Je fais partie de ces "apoètes autodidactes" dont la bibliothèque est vide d'encyclopédies du langage, de dictionnaires de poétique, de manuels de réthorique, et autres traités de poésie.
Dans mon voyage en amour des mots, je n'ai pour compagnons que des recueils mille fois feuilletés, des levers et des couchers de regards, des impressions
partagées en touches légères, au hasard de l'encre et du temps, sur un tableau qui n'en aura jamais fini d'être peint.
C'est à la fois ma force et ma faiblesse, ma chance et mon erreur, de vouloir et de croire la poésie ouverte à tous les chants.
Grâce ou à cause de cela, je peux d'un même désir de "plus d'écrire" accepter la critique et renier les censeurs.

Je dois bien l'avouer, je me suis toujours méfiée de ceux qui avancent en "territoire de poésie" avec des certitudes et des évidences plein leur valise.
La poésie me semble ne pouvoir exister que sur le fil du rasoir. Chaque "il faudrait", chaque "il n'y a qu'à" offre un regard à prendre ou à laisser, à questionner, à faire chemin.
S'interdire certaines images sous le prétexte qu'elles sont éculées est du même arbitraire réducteur que cette idée qu'il y aurait des mots et des formes "poétiquement corrects", et d'autres qui ne le seraient pas.
Si au hasard d'un poème je rencontre des blés qui sont encore dorés, des étoiles à cueillir, ou des fleurs qui me parlent au plus profond, alors que vivent les fleurs et les étoiles, et que les blés restent dorés tant qu'existeront les poètes !

J'entends partout ou presque déplorer "la mort de la poésie", et je ne peux m'empêcher de me demander si ce n'est pas nous qui la tuons chaque fois que nous prétendons avoir compris, chaque fois que nous l'enfermons dans des chemins conclus d'avance - qu'ils soient d'hier ou de demain.

Comme le disait fort justement Robert Desnos : "ce n'est pas la poésie qui
doit être libre, c'est le poète".

Nath