LA
TENTATION DE L'OCCIDENT
Bien quil rêve de devenir un aventurier, ce nest pas le côté
esthétique de lOrient qui attire
André Malraux mais plutôt le côté financier. Il juge quil suffit uniquement de
dialoguer pour être reconnu. Il est vrai que cette méthode fonctionne de temps à autre
en politique. Cependant en littérature il faut être très habile pour laisser la
réalité au seuil de la raison. André Malraux va donc commencer par se bercer
dillusions puis par leurrer les autres. De ce fait son affabulation va prendre la
dimension dune spéculation. Nous avons déjà précisé quil était ruiné.
Mais il a déjà une certaine idée de la manière dont il va augmenter ses revenus.
Grâce à sa culture encyclopédique il sait par le biais du Bulletin de lEcole
Française dExtrême Orient, sous la plume dun grand spécialiste de
lart khmer, en loccurrence Henri Parmentier, que la Voie
Royale du Cambodge est balisée de temples encore inexplorés. Et bien entendu ces
sanctuaires abritent des statues dune grande valeur quil suffit de déloger
pour les négocier à bon prix à des négociants américains. Dans le texte de Parmentier il est fait
allusion au temple de Banteai-Srei, au nord-est
dAngkor-Thom,
lancienne capitale des rois Khmers entre le IXème siècle et le XVème siècle.
André Malraux très impatient, propose à Clara un voyage au Cambodge. Cette dernière
accepte. Cependant cette expédition exige non seulement des moyens financiers importants
mais aussi un certain nombre de laissez-passer. Grâce à son talent de persuader, à son
audace et à son instruction acquise dans les ouvrages, André Malraux parvient à duper
les conservateurs du Musée Guimet qui lui
remettent un ordre de mission officiel délivré par le ministre des Colonies Albert Sarraut et des lettres
de recommandation qui lui permettront dacquérir le soutien des spécialistes de
lEcole Française dExtrême-Orient. Le 13 octobre 1923 le bateau Angkor quitte
Marseille. André et Clara Malraux sont à bord en compagnie de Louis Chevasson et ils ne
possèdent pas de billet retour. André Malraux, sur le pont, laisse son esprit
vagabonder. Il est âgé de vingt-deux ans, sans argent mais avec lesprit
particulièrement encombré didées et de projets. Leur premier contact avec
lexotisme et la chaleur est lescale à Djibouti. Puis cest au tour de
Singapour, Saigon et enfin Hanoi. André Malraux est accueilli à lEcole Française
dExtrême Orient par le directeur intérimaire, Léonard Aurousseau qui est
particulièrement frappé par ses connaissances. Son argumentation et son ardeur lui
valent lautorisation de se procurer des
chars à buffles. Laventure démarre. Ils engagent Xa, un jeune
Annamite qui leur servira à la fois dinterprète et de cuisinier. Equipé
dune carte approximative de la zone, André Malraux pénètre dans la forêt
convaincu den surgir avec un trésor.
Dans La
Voie Royale il narrera son
interprétation de lexpédition :
« Lunité de la forêt
maintenant, simposait ; depuis six jours Claude avait renoncé
à séparer les êtres et les formes, la vie qui bouge de la vie qui suinte : une
puissance inconnue liait aux arbres les fongosités, faisait grouiller toutes ces choses
provisoires sur un sol semblables à lécume des marais, dans ces bois fumants de
commencement du monde. Quel acte humain, ici, avait un sens ? Quelle volonté conservait
sa force ? Tout se ramifiait, samollissait, sefforçait de saccorder à
ce monde ignoble et attirant à la fois comme le regard des idiots et qui attaquait les
nerfs avec la même puissance abjecte que ces araignées suspendues entre les branches,
dont il avait eu dabord tant de peine à détourner les yeux » ([1]). On notera le
génie de cet escamoteur de lhistoire qui remanie une expédition commerciale en
escapade sauvage.
Aux alentours
de Banteai-Srei nul ne
connaît lexistence du temple. Dailleurs Clara commence à douter des dires de
son époux. Mais ce dernier, convaincu que Parmentier est dans le
vrai désire aller jusquau bout de son expédition. Enfin, ils parviennent à
lendroit tant recherché. André Malraux sait que le temps est précieux et ne veut
pas le gaspiller. Lensemble de la population des abords du temple craint les mauvais
esprits. De ce fait ils laissent le soin à André Malraux et à Chevasson de découper
sept statues dune valeur inestimable. En somme ils ont récolté environ huit cents
kilogrammes de marchandises précieuses. Parvenus à Siem Reap ils embarquent
sur une vedette des messageries fluviales. Le 24 décembre ils aperçoivent Phnom-Penh mais la police
les attend de pied ferme. Découvrant le contenu de leurs caisses André Malraux soutient
quelles étaient vides au départ. Mais la police ne veut rien entendre. Ils sont
tous placés sous mandat darrêt et inculpés pour « bris de monuments et détournements de
fragments de bas-reliefs, dérobés au temple de Banteai-Srei du groupe dAngkor » ([2]). En somme
linstruction de leur affaire tourne mal car les témoignages sont accablants. La
presse locale agite lopinion publique contre ces pilleurs.
André Malraux cherchera plus tard à transformer cet épisode en exploit
légendaire. Le tribunal sera beaucoup plus indulgent envers Louis Chevasson. André
Malraux, quant à lui, apparaît comme le cerveau de lexpédition,
lartiste-fantaisiste, laventurier qui se dit homme de lettres et qui a
dilapidé tous les biens de son épouse. Tandis que ses avocats tentent de plaider
lirresponsabilité de la jeunesse, André Malraux proteste contre tout ce qui
laccable et démontre par-là même quil possède une excellente connaissance
de lart khmer. Il est condamné à trois années de prison le 21 juillet,
contrairement à Louis Chevasson, qui lui, est
condamné à dix-huit mois. Bien entendu André Malraux fait appel. Mais LImpartial, la gazette la
plus répandue à Saigon, dirigée par Henry Chavigny de La
Chevrotière, entame une
polémique afin dobtenir une sanction plus exemplaire des deux « vandales ».
Clara de retour en France, fait la
connaissance de Paul Monin grâce à un
amant mystérieux H.G. Paul Monin, un célèbre
avocat, est réputé pour son engagement contre les abus dun gouvernement corrompu.
A Paris, la presse glose ironiquement sur les prouesses dAndré Malraux. Quant à
Clara, rejetée par sa propre famille, elle trouve un réconfort certain auprès
dAndré Breton et du libraire
René-Louis Doyon. La solitude
de Malraux qui peut être tout intérieure, qui sest conquise aussi à laide
de léloignement dans lespace, ouvre dans le temps une possibilité de recul,
mais ce nest pas une rupture avec Paris et son « intelligentsia ». A partir de ce
moment-là, la défense dAndré Malraux et de Louis Chevasson se planifie.
En effet, Marcel Arland écrit une
lettre quil signe avec François Mauriac et qui paraît
le 6 septembre dans Les Nouvelles Littéraires.
« Les soussignés, émus par la condamnation qui frappe André Malraux, ont
confiance dans les égards que la justice a coutume de témoigner à tous ceux qui
contribuent à augmenter le patrimoine intellectuel de notre pays. Ils tiennent à se
porter garants de lintelligence et de la réelle valeur littéraire de cette
personnalité dont la jeunesse et uvre déjà réalisée permettent de très grands
espoirs. Ils déploreraient vivement la perte résultant de lapplication dune
sanction qui empêcherait André Malraux daccomplir ce que tous étaient en droit
dattendre de lui » ([3]). Cest
dailleurs cette lettre qui marque la naissance du mythe Malraux. Elle est signée
par un certain nombre dauteurs de lépoque : André Gide, François
Mauriac, Edmond Jaloux, Pierre Mac
Orlan, Jean Paulhan, Max Jacob, André
Maurois, Jacques
Rivière, François Le
Grix, Maurice
Martin du Gard, Charles du
Bos,
Gaston Gallimard Raymond
Gallimard, Philippe
Soupault, Florent Fels, Louis Aragon, Pascal Pia, Pierre de
Lanux, André
Harlaire, André Breton, Marcel Arland, André Desson, et Guy de Pourtalès. Cest
une véritable reconnaissance littéraire pour André Malraux. Cette lettre marquera
beaucoup les esprits et ce jusquen Extrême Orient.
Effectivement, dans LImpartial, au mois de
septembre, André Malraux fait paraître ses remerciements à toutes les personnes qui
lont soutenu. Le 28 octobre André Malraux et Louis Chevasson sont
acquittés et rentrent en France. Dès son
arrivée André Malraux reproche demblée sa conduite à Clara Malraux sur le plan
conjugal. Il en retracera les grandes lignes dans un passage de La
Condition Humaine.
De plus André Malraux estime ne pas avoir dit son dernier mot en Asie et par le
biais de lavocat Paul Monin il décide
dy retourner afin de régler ses comptes. Paul Monin a comme projet
la création dun journal indépendant, LIndochine, afin de
défendre la cause annamite. André, Clara Malraux et Paul Monin partent
ensemble pour Saigon. Le 17 juin 1925 paraît
le premier numéro de LIndochine. Sa parution
déchaîne son principal concurrent LImpartial.
Léditorial signé par André Malraux
et Paul Monin a la
particularité dêtre très clair :
« LIndochine est un journal libre, ouvert à tous, sans attaches
avec les banques ou les groupes commerciaux. Il se fera un principe de respecter le
tempérament de ses collaborateurs, que leur collaboration soit constante ou
occasionnelle. Les polémistes y écrivant avec âpreté, les modérés avec
modération ».
Sur le plan
géographique et historique, lIndochine était
divisée en quatre protectorats et une colonie, celle de Cochinchine, dont Saigon était
la capitale, car cétait une des villes les plus influentes de lempire
colonial français. Les quatre protectorats englobaient le royaume du Laos au nord-ouest,
celui du Cambodge au sud est, la province du Tonkin avec sa capitale Hanoi au nord et
lempire de lAnnam. Un mouvement nationaliste sétait fondé en
Cochinchine, en Annam et au Tonkin. Cest dailleurs ce mouvement qui coopéra LIndochine. André Malraux
et Paul Monin trouvèrent
des appuis financiers auprès de la bonne bourgeoisie annamite qui possédait une culture
certaine, et dans la communauté de Cholon, pour qui progrès de lémancipation
dun peuple voisin était synonyme dun soutien futur pour la libération
chinoise. LIndochine est donc un
journal de combat. Son siège social se trouvait au 12 rue Taberd ; une brochure
détaillée fut distribuée gratuitement à Saigon et donnait le programme de ce journal
et ses projets. Limprimeur était un métis citoyen français nommé Louis Minh. Le premier
numéro souvrait sur une interview de Paul Painlevé, nouveau chef
du gouvernement français, par Jean Bouchor. Painlevé disait que « la population indochinoise devait avoir une
voix consultative dans les délibérations concernant la colonie», «léducation étant le meilleur moyen
dassimilation entre les races », les Annamites devaient « avoir accès à notre enseignement, à tous les
degrés », « la presse française et indigène (devait) être libre ». En somme, toutes ces
revendications firent leffet dune bombe et dailleurs ne manquèrent pas
davoir tout de suite des répercutions puisque Lachevrotière tenta de jeter
le doute sur lauthenticité de ces déclarations. De même le directeur de LImpartial dénonçait LIndochine comme une
entreprise montée par des escrocs. La guerre entre LIndochine et LImpartial éclatait donc. LIndochine ripostait
aussitôt. Ce journal donnait une somme considérable dinformations internationales.
Malraux et Monin avaient choisi
daxer leur journal sur tout ce qui concernait les troubles sociaux. De plus Paul Painlevé faisait
remarquer ouvertement quil était en parfait accord avec les créateurs de LIndochine.
Le second numéro fut marqué par une attaque virulente dAndré Malraux vis-à-vis
de Maurice Cognacq, gouverneur
autoritaire de la Cochinchine. Cet éditorial faisait référence à uvre
dAnatole France, Les
opinions de Jérôme Coignard. Les autres
articles décrivaient laspect tyrannique de son contrôle sur la région. Bien
entendu, dautres journaux se rapprochaient hardiment de ce qui était écrit dans LIndochine
comme le journal libéral LEcho Annamite, dont le
directeur Nguyen Phan Long faisait
remarquer que LIndochine
donnait une importance capitale à la liberté de presse. De même Le Courrier
Saigonnais soutenu par le
gouvernement fut le premier journal non annamite de Saigon à saluer LIndochine.
La première campagne de LIndochine avait pour cible la
« Société Immobilière de Khanh-Hoi », constituée pour « développer le port de Saigon-Cholon »
et pour marquer de son empire le trafic portuaire et la manutention. Son directeur était
un des hauts fonctionnaires les plus proches du gouvernement, nommé Eutrope, ayant pour
fonction « inspecteur des affaires politiques » et lanimateur de cette
société était Labaste, Président de
la Chambre dAgriculture. Leur but était de faire financer par la mairie de Saigon
une opération daccaparement. Déjà le maire de Saigon, Monsieur Rouelle, élu en 1925,
face au candidat du gouverneur, sétait occupé de laffaire. Puis LIndochine
sen occupa par la suite. Quant à la seconde campagne de LIndochine,
elle visait à réduire voire à anéantir lexploitation des paysans annamites. Le
10 juillet 1925 des paysans sétaient plaints à des animateurs de LIndochine
qui voulaient faire cesser linjustice qui régnait autour deux. Le 11 juillet,
LIndochine
notait le scandale suivant : la mise aux enchères dun important lot de terres
récemment défrichées dans la région de Camau, au sud de la Cochinchine était truquée
et cétait une tentative pour saccaparer les terres des paysans. Tout ceci
était chapeauté par le gouverneur Cognacq. Monin avait
déclaré : « Nous irons jusquau
procès. Et nous aurons des interprètes sûrs, ce qui est rare » ([4]). Donc Cognacq
représentait la cible privilégiée de LIndochine et surtout le mauvais
côté de la colonie. Cognacq tenta de proposer plusieurs compromis à André Malraux, ils
furent tous rejetés. Mais alors quelle personnalité se cachait derrière le directeur
Cognacq ? Médecin sans grand talent, il ne manqua aucune occasion pour senrichir. A
la fin de la guerre, alors quil était très proche de lâge de la retraite il
obtint un poste dans le service colonial et notamment celui de gouverneur de Cochinchine.
Cest en 1922 quil fut nommé lieutenant gouverneur. Sa principale idée était
: tout lettré est un révolutionnaire en puissance. Cest donc pour cela quil
ne met aucun moyen à la portée des habitants de ces régions pour quils puissent
senrichir culturellement.
Par la suite un autre gouverneur est désigné : il sagit dAlexandre
Varesse, député
socialiste, vice-président de la Chambre. LIndochine le 31 juillet
salua larrivée de cet « ami de la
liberté », cet « adversaire de
larbitraire ».
Le 14 août 1925, André Malraux avait publié dans le dernier numéro de son
journal en train de séteindre un texte qui permettait de penser quil était
un parfait écrivain politique et moraliste. Ce texte faisait référence à une personne
nommée Lyautey : « Notre
politique en Cochinchine et en Annam est à lheure actuelle fort simple : elle dit
que les Annamites nont aucune raison de venir en France, et elle implique
immédiatement la coalition, contre nous, des hauts caractères et des plus tenaces
énergies dAnnam (...) des stupidités politiques de clans ou dargent
sapplique avec une rare persévérance à détruire ce que nous avons su faire, et
à réveiller dans cette vieille terre semée de grands souvenirs les échos assoupis de
plus de six cents révoltés (...) ». Il conclut en disant parvenons-nous à « dresser contre nous, grâce à un système
ingénieux, un des plus beaux, un des plus purs, un des plus parfaits faisceaux
dénergies qui puisse diriger contre elle une grande puissance coloniale »
([5]).
Cependant Malraux, Monin et Dejean de
la Batie et tous les
autres ne savouent pas pour autant vaincus. Ils savent quils ne leur manquent
que limprimerie pour recommencer. Les créateurs de LIndochine parvinrent à
obtenir ce qui leur manquait. Ce journal navait donc vécu que du mois de novembre
1925 à la fin du mois de février 1926, entrecoupées dinterruptions. En somme
vingt-trois numéros furent publiés.
Puis ce fut la naissance de LIndochine enchaînée. Ce nouveau
journal put accueillir Varenne, Malraux et
Monin qui
désiraient donner tout son sens et toute son importance à la venue dun gouverneur
socialiste. Mais tout ceci fut particulièrement décevant. En effet Varenne fut exclu du
Parti Socialiste pour avoir accepté le rôle proposé. Malraux et Monin publièrent
une lettre ouverte en notant que « le
gouverneur Cognacq a fait à ce pays autant de mal quun
gouverneur ». Mais Varenne nétait pas sensible à tout ceci, il décréta
ne pas soccuper « des réformes
annamites » mais des « réformes
sociales » et en parlant des abus, il disait quil fallait les oublier.
Dans le dernier numéro de LIndochine Enchaînée, au mois de
novembre, on pouvait lire :
« Socialiste hier, aujourdhui conservateur...
Encore une conversion sous le signe de la piastre ».
Avant son
départ, certains libéraux tentèrent dobtenir de la part de Varenne quelques
réformes, mais en vain. Monin et Malraux
furent si déçus que leur haine contre ce système grandit de plus en plus.
Ce processus éclaire la démarche de Malraux et se fortifia grâce à LIndochine. André Malraux
sait pertinemment que pour le renforcer il lui faut écrire. Cest à partir de tous
ces événements quil va créer son uvre à venir. Dès les premières lignes
de La
Condition Humaine, nous retrouvons
la tentative dassassinat au couteau de Paul Monin (qui mourut à
Canton en 1928).
Durant sa première période passée à Saigon André Malraux avait commencé à
noter quelques-unes de ses réflexions sur le thème de La
Tentation de lOccident. Mais cest
surtout pendant son retour en France quil
rédigea les tous premiers chapitres. A Paris, pour des raisons financières, il en publie
quelques extraits dans La Nouvelle Revue Française.
La Tentation de
lOccident paraît sous la
forme dun échange épistolaire entre un Français âgé de vingt-cinq ans nommé
A.D. qui entreprend
un voyage en Extrême-Orient et un jeune
Chinois, Ling W.Y. qui parcoure
lEurope pour la première fois. En réalité ces deux personnages ne sont
quune et même personne : André Malraux lui-même. La tentation est donc celle de
se contempler dans le miroir, de se dédoubler, de sobserver pour mieux se deviner.
On reconnaît pêle-mêle dans cet ouvrage tous les sujets qui seront éclaircis par
André Malraux plus tard comme celui de lart : « Lartiste nest pas celui qui crée
: cest celui qui sent » ([6]).
André Malraux
y aborde le thème de lEurope quil trouve bien surmenée, incapable
dambitions et dintérêts, une Europe des années vingt qui est la
reproduction de la nôtre et qui, dans le domaine de lart va passer de
lindignation à linsurrection.
André Malraux
est particulièrement sensible au nihilisme. Il en extirpe le principe qui sera toujours
au centre de sa réflexion : une interrogation qui ne cessera de la hanter.
« Il est au cur du monde
occidental un conflit sans espoir, sous quelque forme que nous le découvrions : celui de
lhomme et de ce quil a créé. Conflit du penser et de sa pensée, de
lEuropéen et de sa civilisation ou de sa réalité, conflit de notre conscience
indifférenciée et de son expression dans le monde commun, par les moyens de ce monde, je
le trouve sous chacun des sursauts du monde moderne » ([7]). A bien des
égards cette conduite est prémonitoire.
Dans La
Tentation de lOccident André Malraux développe le concept que la mort
de Dieu dans le monde occidental suscitera la mort spirituelle de lêtre humain.
Cependant dans les dernières pages il se refuse à accepter le christianisme, passage
trop facile selon lui dans lequel se sont déjà égarés Max. Jacob, Jacques
Maritain et Jean Cocteau :
« Certes, il est une foi plus haute :
celle que proposent les croix de villages, et ces mêmes croix qui dominent nos morts.
Elle est amour et lapaisement est en elle. Je ne laccepterai jamais : je ne
mabaisserai pas à lui demander lapaisement auquel ma faiblesse mappelle
(...) »([8]). André Malraux
na donc aucun rapports avec le christianisme. Il était beaucoup plus passionné par
les dieux morts que par les dieux vivants.
Quelques jours
après la mise en vente de son uvre La Tentation de lOccident |